Trump et le climat : Mauvais présage

Les effets directs du décret présidentiel anticlimat sont limités. Mais les forces à l’œuvre en faveur d’énergies plus propres suffiront-elles pour contrecarrer les facteurs qui poussent les émissions de CO2 à la hausse ?

(Photo : Phprevet, CC-BY-SA 4.0)

Annoncer la fin d’une guerre ne vaudra pas à Donald Trump le prix Nobel de la paix. En effet, c’est à la « guerre contre le charbon » que le président des États-Unis va tenter de mettre fin à travers un décret – pas de quoi susciter l’enthousiasme de l’opinion publique mondiale. Contrairement à son prédécesseur Barack Obama qui avait raflé le prix en question grâce à son beau discours de 2009 sur le désarmement nucléaire – discours d’ailleurs suivi d’aucune avancée concrète par la suite.

En matière climatique par contre, Obama s’était montré très actif, allant jusqu’à court-circuiter les organes législatifs afin que les États-Unis puissent tenir un rôle de leader lors de la conférence de Paris en 2015. Une manière de procéder pas forcément très démocratique, ce qui relativise les reproches faits aujourd’hui à Trump. Ainsi, le très conservateur « New York Post » en profite pour écrire que le décret du nouveau président est aussi « un pas vers la restauration du système constitutionnel, dans lequel le Congrès décide des lois – et non pas un président dictateur ». Cela rappelle en tout cas que, si la communauté scientifique est largement unanime sur l’urgence d’agir en matière climatique, on ne pourra pas se dispenser pour autant d’en convaincre une large majorité de la classe politique et de la population.

Alors, l’action climatique à l’échelle mondiale va-t-elle succomber au « blitzkrieg » de Trump, comme l’appelle le « Guardian » ? Les raisons pour se consoler ne manquent pas. Ainsi, même le géant pétrolier ExxonMobil – bête noire de Greenpeace – a, dans une lettre au président, appelé à ne pas désengager les États-Unis de l’accord de Paris. En effet, alors que le candidat Trump avait promis un tel désengagement, une bonne partie de l’entourage présidentiel milite désormais pour le respect de l’accord, ne fût-ce que pour des raisons diplomatiques.

D’autres observateurs, comme l’expert allemand Stephan Klasen, notent que les politiques climatiques de pays comme la Chine et l’Inde sont sans doute moins motivées par un élan de solidarité internationale que par les « cobénéfices ». En passant des énergies fossiles aux renouvelables, ces pays réduisent en effet la pollution de l’air et améliorent leur indépendance énergétique. Lors d’une conférence à la Banque européenne d’investissement mercredi dernier, Klasen a également critiqué une approche purement économique de la lutte contre le changement climatique. En ne considérant que la solution économiquement optimale – un marché mondial du carbone strictement réglementé – on ne tiendrait pas compte du fait que ce sont des solutions moins efficaces mais politiquement réalistes qui permettent de s’attaquer aux émissions de CO2. En ce sens, le décret de Trump ne serait qu’un grain de sable de plus.

Tout n’a pas été encourageant dans ce qu’a présenté Klasen. Ainsi, les pays émergents continueraient à imiter le modèle de développement des pays industrialisés, avec une forte corrélation entre niveau de vie et émissions de CO2. De surcroît, les inégalités croissantes à l’intérieur des pays prospères pousseraient vers le haut ces émissions. Une situation pas vraiment compatible avec le genre d’évolution considéré comme indispensable par les scientifiques si on veut maintenir l’accroissement de la température en dessous de 2 degrés, voire 1,5. La plus récente proposition en ce sens date d’une semaine : diviser par deux les émissions de CO2 tous les dix ans, à partir de 2020.

La lutte pour le climat achoppe sur l’égoïsme des acteurs économiques, mais aussi celui des États-nations.

Comment faire ? Ce n’est en tout cas pas le récent enthousiasme d’Exxon pour l’accord de Paris qui nous sauvera. Car selon le « Guardian », dans la lettre à Trump, une des raisons données par la compagnie pour continuer à négocier au niveau international était de s’assurer que les marchés énergétiques « restent aussi libres et concurrentiels que possible ». Et au-delà de l’égoïsme évident des acteurs économiques, la lutte contre le changement climatique est aussi conditionnée par celui des États-nations. Les « cobénéfices » mentionnés par Klasen incitent à des baisses des émissions de CO2… jusqu’au jour où d’autres solutions se révèlent éventuellement plus avantageuses pour les pays en question.

Le geste de Trump est dangereux avant tout dans cet ordre d’idées. Si l’idée du chacun pour soi fait son chemin, l’accord de Paris, fondé sur une convergence des intérêts et des bonnes volontés, volera en éclats. L’élection de Trump, avec le Brexit et la montée des droites populistes en Europe, augure un mouvement de démondialisation. Difficile d’imaginer une humanité luttant efficacement contre le changement climatique alors que, divisée en pays ou blocs, elle serait engagée dans d’interminables conflits commerciaux voire guerriers.


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