Union européenne : Sociale, socialiste, ou rien ?

Le LSAP a des propositions à faire pour rendre l’Europe plus sociale. Un peu moins de chômage, un peu plus de justice, mais n’en faisons pas trop !

(Photo : woxx)

« Le triple A social devrait être considéré au même niveau que le triple A financier. » Quand il s’agit de faire de grandes déclarations, les sociaux-démocrates ne sont jamais en reste. Lundi dernier, le LSAP a présenté sa position par rapport à une consultation de la Commission européenne sur un futur « socle des droits sociaux ». Le parti estime que « les critères sociaux devraient être intégrés dans le Semestre européen au même titre que les critères économiques et financiers », et devraient même être « contraignants et assortis de sanctions ».

Harmoniser – vers où ?

Sans se gêner, le LSAP fait aussi dans l’autosatisfaction : la garantie d’emploi pour jeunes sur initiative du ministre socialiste Nicolas Schmit, le niveau élevé des prestations sociales au Luxembourg, la culture du dialogue social. Mais le grand-duché, avec un LSAP présent dans les gouvernements depuis 2004, est-il si bon élève ? Le parti reproche à la Commission de vouloir se contenter de « consulter » les partenaires sociaux plutôt que de prescrire des négociations.

Hélas, au Luxembourg, depuis 2010, l’échec des tripartites a régulièrement conduit à des négociations bilatérales voire à des diktats gouvernementaux. De surcroît, les bilans en matière de pauvreté, d’éducation, ou de logement sont loin d’être glorieux. Sans parler du coût social pour nos voisins de notre politique des niches, du tourisme à la pompe à l’évasion fiscale, en passant par le déséquilibrage de la Grande Région.

Les sociaux-démocrates ont beau se prononcer pour « plus d’Europe sociale », cela ne fera pas oublier leur responsabilité historique dans le grand tournant libéral des années 1980. Qu’ils « oublient » d’en parler la plupart du temps ne contribue pas à la crédibilité de leurs propositions actuelles. Propositions du reste assez sages : utiliser les moyens indirects puisque le « social » est de la compétence des États membres, sensibiliser les populations sur ce sujet tout en évitant de trop leur promettre, et surtout, éviter qu’une harmonisation entraîne un nivellement vers le bas dans les pays qui peuvent se payer des standards sociaux élevés.

Interrogée par le woxx, la députée européenne Mady Delvaux a pourtant fait part de ses doutes : « Ces 20 dernières années, la convergence des niveaux de vie des États membres qu’on attendait n’a pas eu lieu. » Elle a rappelé que le modèle des sociaux-démocrates consistait à favoriser les investissements du capital, afin de pouvoir redistribuer les fruits de la croissance. « Mais pour cela, il faut inciter à investir dans les pays à la périphérie de l’UE, c’est aussi dans notre intérêt. »

Sera-ce possible sans une augmentation des transferts de fonds vers ces pays et un élargissement des compétences de l’Union en matière sociale ? Delvaux a admis qu’il faudrait pouvoir aider plus ces pays avec de l’argent et du savoir-faire. Tout en donnant raison à son collègue Marc Angel pour dire qu’une modification des traités n’était actuellement pas envisageable. En fin de compte, face aux grands défis européens, la social-démocratie opte pour une politique des petits pas.


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