Visite d’État au Japon : Branding and Understanding

Première journée pour la visite grand-ducale au Japon. Même si elle était remplie de rendez-vous importants, on reste en surface en ce qui concerne les vrais aléas de cette opération de charme.

Les allées de l’université Sophia

Après le passage officiel au palais d’Akihito ce lundi matin, auquel le woxx n’a pas participé, place aux séminaires économiques et aux rencontres formelles et informelles entre les représentants de deux pays. Le « Japan-Luxembourg Business Forum » a été officiellement lancé par le grand-duc, au quatrième étage de l’Imperial Hotel Tokyo – une ville dans la ville et un des plus vieux hôtels du pays, construit sur ce qui fut jadis un quartier de nobles qui avaient dû faire place à la modernité sous l’ère Meiji. Le but de l’exercice étant la signature d’un « Memorandum of Understanding » entre la Chambre de commerce du Luxembourg et la Chambre de commerce et d’industrie du Japon. Ce type de document, dont le contenu est souvent banal, vise avant tout à s’assurer mutuellement de la bonne volonté des partenaires en question. Et de l’assurance, il en a fallu dans la salle bien remplie par la délégation économique luxembourgeoise (presque 80 personnes) et leurs homologues japonais.

Dans son discours, le ministre des Finances Pierre Gramegna a su mettre en avant ses expériences nippones et a pu charmer l’audience avec quelques phrases de bienvenue, avant de plonger dans ce qui est un sujet d’inquiétude, pas seulement pour les marchés asiatiques : les instabilités que connaît en ce moment l’Union européenne. D’un ton rassurant, Gramegna a tenté de relativiser l’importance du Brexit en mettant en avant l’effet rassembleur déclenché par la décision des Britanniques : « Si on considère les élections récentes aux Pays-Bas, en France ou en Allemagne, on voit clairement que les mouvements proeuropéens ont le vent en poupe », a-t-il estimé, avant de renchérir : « Nous sommes persuadés que le vide politique en Allemagne en ce moment n’est que provisoire, et que le pays va bientôt retourner à la stabilité qu’on lui connaît depuis tellement longtemps. » Prenant aussi le Brexit à bras-le-corps, le successeur de Pierre Gramegna à la direction générale de la Chambre de commerce, Carlo Thelen, a évoqué le fait que le Japon avait été un des premiers pays à réagir au Brexit dans une note qui avait eu du mal à cacher sa déception et son inquiétude quant à la stabilité de l’Union européenne.

Le grand-duc, l’empereur et la princesse. (© SIP / Jean-Christophe Verhaegen, tous droits réservés)

Des séminaires spécialisés ont eu lieu après, réunissant les professionnels luxembourgeois et les potentiels investisseurs nippons. Les thèmes abordés étaient le tourisme – entre 2012 et 2016, le nombre de touristes japonais au Luxembourg a crû de 5,7 pour cent -, l’ICT et la logistique. Nous reviendrons plus tard sur les détails des résultats de ces rencontres, mais selon un officiel luxembourgeois, les discussions autour du tourisme surtout auraient étaient fructueuses.

Pas de répit pour la partie officielle, vu que le début de l’après-midi était consacré à la remise, au grand-duc, d’un doctorat honoris causa de l’université Sophia à Tokyo. Cette université privée catholique entretient plus d’un lien avec le grand-duché. Cofondée en 1913 sous l’ordre jésuite, entre autres par un certain Joseph Dahlmann (originaire de Coblence mais d’origine luxembourgeoise), elle a aussi accueilli l’actuel archevêque Jean-Claude Hollerich, qui fut un de ses vice-recteurs à l’époque où il résidait encore au Japon (1995-2011). Mais l’histoire des jésuites au Japon, convertisseurs tenaces face au refus des Japonais d’abandonner leurs croyances, est beaucoup plus longue, complexe et sanglante – elle a notamment récemment été mise à l’écran par Martin Scorsese. Autant dire que cette remise de doctorat honoris causa pour les « engagements sociaux et pour la préservation de la nature », selon Yoshiaki Terumichi, président de l’université, est aussi le résultat d’une longue lutte entre différentes traditions. Actuellement, les chrétiens représentent environ 2,3 pour cent des habitants de l’archipel, contre 51 pour cent d’adeptes du shinto et 35 pour cent de bouddhistes.

Une pancarte nation branding : apparemment, on veut cacher l’existence du sud du Luxembourg aux touristes nippons.

La journée s’est terminée sur une note plus légère avec l’inauguration d’un « pop-up café » au Hama House, dans un quartier plutôt chic qui arborera pendant quelques semaines une déco « nation branding » luxembourgeoise. Une étagère avec des produits « typiquement luxembourgeois », comme un pot de moutarde, du miel, mais aussi des marques plus récentes de gin et de whisky sont au centre de cette opération de charme, qui a du moins permis aux journalistes et officiels épuisés par le décalage horaire de souffler un peu.


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