Bill Condon
 : Jeu de mémoire

« Mr. Holmes » de Bill Condon utilise le personnage du célèbre détective pour évoquer la problématique du vieillissement – une œuvre aussi raffinée qu’intelligente.

Sacré Holmes : il a pris plus d’une ride.

Sacré Holmes : il a pris plus d’une ride.

Cela fait trois ans que le docteur Watson est mort, et plus de 35 ans que le célèbre détective Sherlock Holmes s’est retiré du business. Âgé de 93 ans, il vit à la campagne avec sa gouvernante Mme Munro et Roger, le jeune fils de celle-ci. Au lieu de démasquer des meurtriers ou de chasser des criminels, Holmes s’occupe dorénavant d’apiculture et de botanique. Notamment pour trouver un remède contre la sénilité.

Car le cerveau brillant commence à faillir et n’arrive plus à se rappeler son dernier cas – qui l’a pourtant poussé à abandonner son travail. Entre les cures de gelée royale et la recherche au Japon d’une plante miraculeuse – Zanthoxylum piperitum – pour ramener les souvenirs, Holmes tente de reconstruire ce fameux dernier cas, impliquant une jeune femme qui s’est jetée sous les roues d’un train après avoir été démasquée par lui. Car voilà : les célèbres récits de ses exploits, qui l’ont rendu populaire, ne correspondent pas tout à fait à la vérité. Écrits par son fidèle Watson, ils comportent des simplifications, voire des mensonges, sur les aventures du fameux duo. Et Holmes tente d’ajouter un dernier livre à la saga, sans les fioritures fantasmées par son bras droit. Ainsi, il n’a jamais porté le chapeau dont Watson l’a affublé ; de plus, il préfère de loin les cigares à la pipe qu’il arbore dans tous les romans et les films. En parallèle, une profonde sympathie se développe entre Holmes et le petit Roger qui donne des coups de main dans la maison campagnarde et devient vite une aide irremplaçable pour le vieux détective dans la recherche des éléments perdus de sa mémoire.

Disons d’emblée que celles et ceux qui s’attendaient à une nouvelle aventure mettant en scène les deux intrépides de la fameuse « Baker Street » à Londres seront déçus. Si la fiction originale est évoquée, ce n’est qu’au profit de celle mise en avant dans ce film. Car, si dans les « vrais » Sherlock Holmes il est clair que le personnage est fictif et sorti de l’invention d’Arthur Conan Doyle, « Mr. Holmes » – tout comme le roman de Mitch Cullin sur lequel le film est basé – suggère que le détective a vraiment vécu. Un vrai jeu de poupées russes qui se déploie sur tout le film.

Un film qui cependant se concentre sur le thème de la vieillesse et de la sénilité. Sur la perte des souvenirs, de la mémoire et finalement de soi-même – et pour un esprit aussi brillant que vif tel celui de Sherlock Holmes, c’est bel et bien une catastrophe.

Raconté du point de vue du protagoniste, « Mr. Holmes » est tout sauf avare de retours en arrière, ce qui complique la narration d’un côté, mais crée une forte empathie avec le personnage de l’autre. Ainsi, le spectateur est témoin des tentatives de se souvenir de Holmes et il vit le même « flash-back » que celui du détective proche de l’âge de Mathusalem.

À part le metteur en scène – Bill Condon, qui surprend, vu que deux de ses derniers exploits étaient des volets de la saga « Twilight » -, il faut aussi saluer les acteurs. Avant tout Ian McKellen, qui plante la légende Holmes en déperdition de façon très crédible et intelligente, tout comme Laura Linney, qui joue la gouvernante déchirée entre son boulot et l’amour pour son fils.

En tout, « Mr. Holmes » est un petit joyau cinématographique qui fait du bien à voir, surtout en pleine saison estivale et donc plutôt creuse.

À l’Utopia.

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