Faïences : Moustiers revisité


L’exposition « Les faïences de Moustiers » de Jean-Marie Biwer combine hommage à une tradition ancienne et réinterprétation moderne.

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Faïences trop belles pour manger dessus… (Photo : Gery Oth)

On serait tenté d’utiliser la formule archiconvenue « entre tradition et modernité » pour décrire les œuvres de Jean-Marie Biwer que le Mudam expose en ce moment. Et pourtant, son geste est tout autre. Il jongle entre le respect d’une tradition centenaire et la réinterprétation, voire la personnification de celle-ci. Un geste que l’on pourrait aussi voir comme situationniste, dans le sens où ce courant appelait aussi à se réapproprier des médias – comme la bande dessinée – pour les subvertir.

Mais si subversion il y a – ou s’il y avait – celle-ci est restée très discrète. La tradition de la faïencerie de Moustiers date de la fin du 17e siècle. Selon la légende, un religieux venu de Faenza en Italie aurait appris à un potier local le secret du bel émail blanc qui, grâce au contraste avec le « bleu de Moustiers » produit sur place, allait faire le bonheur de ce village du département Provence-Alpes-Côte d’Azur. En réalité, cet homme, ou plutôt sa famille, avait un nom – Clérissy – et sa venue d’Italie datait déjà de 1550, même s’il reste possible que ce soit à lui que le secret de l’émail ait été confié par le mystérieux moine. En tout cas, ce n’est qu’en 1679 qu’un Clérissy devient « maître potier ». Le business s’est largement agrandi tout au long du 18e siècle, comptant au moment de sa plus forte activité douze fourneaux et ateliers. Au temps du règne de Louis XIV, les faïences de Moustiers connaissaient un boom sans égal – puisque le roi avait décidé de faire fondre toute sa vaisselle en or pour renflouer son trésor de guerre.

Pourtant, cette période passée, le déclin acheva vite l’industrie locale et Moustiers redevint vite une communauté comme les autres – à l’exception du fait qu’elle hébergeait une loge maçonnique déjà avant la Révolution française, un fait extrêmement rare. Il faudra attendre les années 1920 pour qu’un four soit rallumé et que la tradition reprenne. De nos jours, la commune de Moustiers compte – selon son office du tourisme – une vingtaine d’ateliers de faïencerie. Donc plus qu’à l’apogée de cette industrie…

C’est sans doute dans un de ces ateliers que Jean-Marie Biwer s’est initié à l’art de la faïence moustiéraine pendant l’hiver 2014. Les 22 pièces qu’il a créées – et qui sont exposées au Mudam – ne donnent pas vraiment l’impression de vouloir rompre radicalement avec les traditions du village blotti entre les rochers surplombant la Côte d’Azur. On sent plutôt la délicatesse avec laquelle cet artiste luxembourgeois s’est approché des techniques traditionnelles. Et ce n’est qu’au deuxième, voire troisième regard qu’on reconnaît ses influences personnelles. Parti de croquis sur le vif de paysages magnifiques – Moustiers fait partie des « plus beaux villages de France » -, il a transformé ceux-ci en utilisant des techniques qui rappellent très bien, comme le dit le texte de presse, l’iconographie du cinéma, voire l’esthétique numérique.

Une petite exposition à voir donc, le temps d’un passage au Mudam – surtout parce qu’il reste tout de même rare que le musée d’art moderne consacre un espace exclusivement à un artiste grand-ducal.

Au Mudam, jusqu’au 15 novembre.

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