Installations
 : La mécanique 
politique


Dans son exposition « Inertia of the Real », Serge Ecker démontre qu’on n’a pas besoin de se montrer grossier pour provoquer – et que la subtilité peut être une arme efficace.

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Les avions de guerre dormant dans le désert de l’Arizona.

Ce n’est pas parce qu’il a gagné le concours pour la statue de Mélusine, qui sera installée près de l’Alzette, que Serge Ecker est un artiste convenu, voire patriotique. Dans son exposition « Inertia of the Real », il dévoile son côté politique et provocateur, tout en ne forçant pas ses vues sur le spectateur. S’intéressant depuis longtemps aux connexions entre création artistique et technologie, il fait usage de procédés techniques particuliers pour nombre de ses œuvres.

Comme la première pièce qui ouvre le bal : « Soft Borders » – une série de tissus qui pendent sur un mur. Sur eux, Ecker a fait imprimer des images satellite de plusieurs frontières, qui sont parmi les mieux gardées et les plus controversées – comme entre l’Égypte et Israël, la Syrie et la Turquie, les États-Unis et le Mexique, le Maroc et l’Espagne et la Hongrie et la Serbie, pour rester dans l’actualité. De façon générale, les drames récurrents qui se jouent aux frontières européennes ont une grande répercussion sur la création de Serge Ecker. Ainsi, l’installation « Forget the Names, Let’s Talk About Numbers II », où une tente en tissu isotherme pend du plafond, sous laquelle une poche de perfusion également pendue se vide petit à petit sur une pierre (rouge, issue du Minett) chauffée. Chaque goutte qui tombe s’évapore dès qu’elle touche la pierre. Une façon d’évoquer les dizaines de milliers d’anonymes qui sont morts en voulant accéder à l’Union européenne – tout en transcrivant mot pour mot le dicton de la « goutte d’eau sur une pierre brûlante ». Juste que la pierre sur laquelle brûlent les anonymes est issue de notre terre.

Dans le même registre : les travaux sur Lampedusa. Sans s’y rendre, Ecker a pris et a retravaillé des photos de barques de migrants dénichées sur Google Street View. Il en a tiré des clichés panoramiques, une vidéo et des impressions en trois dimensions – un procédé que l’artiste semble apprécier. Les autres installations apportent une touche plus humoristique. Comme « Burkho », version masculine de la burqa afghane, donc pourvue d’une braguette pour que les hommes qui la portent puissent toujours pisser comme des vrais mecs. Et puis il est difficile de contourner « In Between » – un obstacle antichar en inox. La version glamour, donc, d’un outil qu’on retrouve de plus en plus dans les conflits qui encerclent notre continent.

S’y ajoute qu’Ecker montre aussi l’autre partie du conflit, avec ses montages d’images satellite de cimetière d’avions de guerre – le célèbre « Boneyard » dans le désert de l’Arizona. Un motif qu’il décline aussi au premier étage de la galerie en y ajoutant encore des impressions en trois dimensions.

Au premier étage également, on peut retrouver des travaux qui, bien que n’appartenant pas au même complexe thématique, font le lien avec un côté plus personnel de l’artiste. Comme cette photographie prise derrière une vitre d’un gratte-ciel à Tokyo pendant qu’une pluie diluvienne s’abat sur la mégalopole nippone, qui témoigne du grand intérêt de l’artiste pour l’archipel, qu’il visite régulièrement. Ou comme les photos de friches industrielles imprimées soit sur du tissu, soit sur de la pure soie – qui évoquent le sud du pays, où se trouve notamment la galerie qui accueille cette exposition…

C’est avant tout l’intelligence subtile de ses installations qui fait le charme de l’œuvre de Serge Ecker. Il construit des assertions, elles-mêmes faites de constructions digitales, et invite ce faisant le spectateur à une réflexion sur comment nous construisons notre appréhension et notre vision du monde.

À la galerie Dominique Lang à Dudelange, jusqu’au 29 octobre.

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