Instrumental : Discussions politico-musicales 


Après avoir passé un an dans une salle de répétition, Heartbeat Parade s’apprête à sortir son nouvel album « Some Sort of Naked Apes » – rencontre.

Un groupe, mais aussi une ronde de discussions politiques : Heartbeat Parade.

Un groupe, mais aussi une ronde de discussions politiques : Heartbeat Parade.

Dans le hall derrière les salles de répétition désertes de la Kulturfabrik, où l’on n’entend que les gouttes de pluie marteler la tôle, les trois membres de Heartbeat Parade sont affalés sur les fauteuils d’occasion qui meublent la pièce en béton. Pour Vincent et Vinch (guitare et claviers, batterie) et Félix (basse), ce complexe fait en quelque sorte office de deuxième foyer. Pas uniquement parce qu’ils y répètent depuis la création du groupe en 2009, voire bien avant avec d’autres formations, mais aussi parce qu’ils y ont passé une année de hiatus créatif, dédiée à l’écriture de leur nouvel album.

« En fait, on aurait assez de matériel pour en sortir un deuxième », raconte Félix. « Ce qu’on a fait, c’était improviser de nouvelles parties, en garder certaines pour en faire des chansons complètes et en laisser de côté d’autres. Mais ça ne veut pas dire que ce qu’on n’a pas utilisé restera aux oubliettes pour toujours. » L’évolution du son du groupe est en tout cas difficile à ne pas remarquer. L’utilisation du piano surtout, même si déjà présente sur le prédécent album, a changé et est devenue plus naturelle. « En effet, après notre session unplugged à l’Exit07, dans le cadre des sessions de music :lx, on avait projeté de sortir tout un album avec uniquement des claviers. Mais finalement on ne l’a pas fait », explique Vincent, qui a repris le piano après de longues années de gratte uniquement.

Puis on remarque que, même si les rythmiques sont toujours aussi pointues et hystériques, une sorte de maturité s’est quand même glissée dans les nouvelles compositions. « C’est parce qu’on a pris tellement de temps pour le faire, même si finalement on est toujours à la bourre quand les choses deviennent concrètes », rigole Félix. Pourtant, c’est peut-être aussi dû aux conditions dans lesquelles « Some Sort of Naked Apes » a été enregistré – totalement en Dyi avec quelques potes. « On ne voulait pas dépenser des tonnes d’argent dans un studio », explique Vincent. « Et d’un autre côté on ne touche pas, par principe, les subventions pour musiciens qui ont beaucoup évolué ces dernières années. C’est notre façon de ne pas faire de compromis. Et d’exploiter le paradoxe de ces dernières années : il n’y a jamais eu autant de subventions, au moment même où les moyens techniques pour enregistrer soi-même n’ont jamais été aussi accessibles. ».

Ce qui fait que l’album a été enregistré partiellement dans des lieux quelquefois insolites: « Pour la batterie, on a essayé beaucoup d’endroits différents. Mais finalement, rien n’a mieux sonné que la cage d’escalier de l’ancien Carré Rotondes », explique Vinch. Cela donne au nouvel opus un son moins lissé et moins bombastique que d’autres nouvelles productions luxembourgeoises – tout en restant d’une clarté et d’une force remarquables.

Finalement, la question qui revient dans presque chaque interview de Heartbeat Parade – « Pourquoi vous n’avez pas de chanteur ? » – appelle toujours la même réponse : il y plus de place pour les instruments sans chanteur, et puis ça permet plus de liberté dans l’écriture. Nonobstant, Heartbeat Parade n’est pas un groupe muet, vu que les chansons sont toutes ponctuées de samples vocaux, provenant de l’énorme médiathèque de documentaires amassée par Vinch. Ce qui donne des chansons toujours aussi politiques : « En fait, pendant un tiers du temps de répétition on discute de politique et de phénomènes sociaux », raconte Félix. « Parfois même avec controverse. Et puis quand on s’est mis d’accord sur un thème, on cherche la chanson adéquate pour y mettre des samples. » Il y a juste une exception sur l’album : « Nakba », un titre sur le conflit israélo-palestinien, où le groupe a directement travaillé avec un acteur israélien qui a enregistré les passages juste pour eux. Ce qui constitue aussi une piste à suivre à l’avenir. En tout cas, le groupe est resté fidèle à ses convictions politiques et musicales des débuts – même s’il refuse de faire la morale et préfère déclencher des discussions -, ce qui est assez rare au grand-duché. Ajoutez-y le fait que leur maîtrise instrumentale est d’un niveau ultraprofessionnel et vous avez toute la collection d’arguments pour vous rendre aux Rotondes ce samedi pour la présentation de leur album – controverse exclue, bien entendu.

Aux Rotondes, ce samedi 10 octobre.

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