Post-hardcore : Du cru

La bonne surprise du mois de juin vient des Rotondes : en programmant La dispute, elles invitent un des meilleurs groupes de post-hardcore, unique dans son genre.

Pas grand monde ne peut lui disputer sa place au panthéon du post-hardcore : La dispute. (Photo : Chew Rawhoof CC BY 2.0)

Pour aimer La dispute, il faut avoir la fibre dramatique… et romantique aussi. Un groupe qui choisit de se donner le nom d’une pièce de Marivaux sur fond d’inconstance dans l’amour et d’expériences psychologiques ayant recours à l’isolation d’enfants, ce n’est pas anodin. L’attrait pour la littérature s’explique pourtant par la personne et la personnalité du chanteur : Jordan Dreyer ne s’était jamais vu comme vocaliste en montant le groupe avec son cousin Brad Vander Lugt en 2004, à Grand Rapids dans le Michigan, mais plutôt comme écrivain et poète. Ce qui explique aussi son style vocal : proche du spoken word, Dreyer récite ses textes avec émotion, pouvant à chaque instant partir dans des cris. Ce qui a aussi pour conséquence que les chansons de La dispute ne sont jamais structurées selon des schémas alternant les strophes et les refrains – mais elles constituent de longues pièces qui suivent fidèlement l’intonation du chanteur, mais aussi le sens des paroles.

Il en découle que la voix de Jordan Dreyer est la marque de reconnaissance du groupe. Celui-ci est certainement un des chanteurs les plus charismatiques du mouvement post-hardcore (où le groupe figure parmi les plus influents, à côté d’At the Drive-In ou encore Touché Amoré). La liberté musicale que procure la spécificité du chant est d’ailleurs totalement explorée par le groupe, qui démontre à chaque nouvel album qu’il sait associer aussi bien du hardcore, du screamo, du post-rock que du rock progressif, voire du jazz et du blues, pour soutenir les saillies lyriques de Dreyer.

Un autre aspect de La dispute est son engagement direct et le soutien à la scène alternative dont il a toujours fait preuve. Ne serait-ce qu’en appelant aux dons pour des ONG locales en échange d’un téléchargement « gratuit » de son catalogue chaque année à Noël, ou encore en travaillant avec des organisations internationales – utiliser la musique pour faire du bien est pour le groupe plus qu’une simple déclaration.

Dans les lyrics de Dreyer se retrouvent aussi des textes particulièrement engagés, comme « King Park », qui décrit une fusillade au volant (« drive-by shooting ») qui tourne mal – au lieu de la personne visée, un enfant meurt sous les balles. Une scène malheureusement quotidienne aux États-Unis, mais de laquelle La dispute a tiré un monument fort en émotions.

Avec le temps, le groupe s’est donc constitué une base de fans considérable – aussi parce qu’il est toujours resté terre à terre dans son attitude, tout en évoluant musicalement sans pourtant jamais trahir son style. Une chanson de La dispute reste reconnaissable parmi celles de tonnes de groupes dans la même mouvance. Cela tient aussi au fait que les albums sont plutôt rares. En effet, jusqu’ici quatre disques ont trouvé le chemin des bacs : « Somewhere at the Bottom of the River between Vega and Altair » en 2008, « Wildlife » en 2011, suivi en 2014 de « Rooms of the House » et du dernier, « Panorama », sorti en mars dernier. C’est sûrement la promotion de cet album qui amène les Américains déjà pour la deuxième fois au grand-duché.

Une bonne occasion donc de rencontrer un groupe extraordinaire, reconnu aussi pour ses performances en live remarquables.

Aux Rotondes, le 21 juin.

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