Terrence Malick
 : Chrétien sous kétamine

« Knight of Cups » n’est – malgré des images impressionnantes – qu’un ramassis ésotérique qui manque surtout de matière.

1337kino

Un blabla ésotérique sous acide que le spectateur implore de se terminer enfin pour abréger ses souffrances.

La machine Hollywood s’abat sur un scénariste à succès. Entouré de personnes jalouses de sa réussite, voire de businessmen qui veulent une part du gâteau, il se perd en conjectures et dans la décadence droguée de fêtes qui ne semblent avoir ni début ni fin. De plus, la relation avec son père n’est pas au beau fixe depuis le suicide d’un de ses deux frères – et le frère qui reste est en train de gâcher sa vie, ne supportant pas le poids du passé.

Voilà en somme tout le film de Terrence Malick en quelques lignes. Ce serait certes suffisant pour en faire un court métrage, mais le réalisateur américain – qui avait déjà soit agacé, soit émerveillé le public et la critique avec « The Tree of Life » en 2011, récompensé d’une Palme d’or – en fait un film de presque deux heures. Deux heures qui peuvent paraître bien longues si on se trouve être de ceux qui s’attendent à un contenu quand ils ont pris place dans un fauteuil de salle obscure.

Si l’on compare « Knight of Cups » et « The Tree of Life », on constate que l’esthétique de Malick est restée similaire. Une caméra fonctionnant comme un œil autonome, qui enferme le spectateur dans sa vision, et qui à chaque instant peut se concentrer sur des détails qui sont à la fois des fétiches visuels – les plantes, qu’est-ce qu’on en voit des plantes dans ce film ! -, voire des symboles religieux ou ésotériques, ou encore des décors naturels grandioses. Le tout porté par des voix off qui « structurent » le film, pas la narration, puisqu’il n’y en a pas vraiment. Un trip LSD, voire de kétamine, pris juste après une lecture biblique, c’est un peu ce à quoi ressemble ce long métrage.

S’y ajoute que Terrence Malick est un véritable metteur en scène dictatorial. Même s’il suggère une certaine liberté d’interprétation avec son langage cinématographique aussi inhabituel que cryptique, on sent que c’est lui qui tient fermement les rênes de son film et qu’il ne laisse rien au hasard. Cela s’applique tout autant à sa belle brochette d’actrices et d’acteurs – Christian Bale, Cate Blanchett, Natalie Portman et Antonio Banderas pour ne nommer que les plus connus. En effet, les dialogues qu’ils récitent sont souvent interrompus ou disparaissent derrière la toute puissante voix off. L’implication sur leur jeu est évidente : pour Christian Bale, par exemple, on a l’impression qu’une des seules indications qu’il ait reçues était de regarder la caméra de façon triste et apathique.

Mais c’est surtout le point culminant du film, la fin avec le prêche archiconvenu délivré par un prêtre à l’accent germanique (Armin Müller-Stahl) qui dévoile la morale chrétienne, pudibonde et rétrograde qui se cachait depuis le début derrière ce flot d’images mystiques. Cela fonctionne pour que l’on comprenne pourquoi on a passé deux heures d’ennui sur son siège, mais ne soulage pas vraiment.

D’autant plus que, question film cryptique sur la machine endiablée hollywoodienne, il reste impossible de détrôner « Mulholland Drive » de David Lynch – qui lui au moins fait assez confiance au spectateur pour relever le défi des énigmes qu’il lui lance. En d’autres mots : si vous n’avez pas aimé « The Tree of Life » et si vous n’aimez pas spécialement le cinéma expérimental, allez plutôt manger une pizza en famille, vous ne ratez absolument rien.

À l’Utopia.

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