PHOTOGRAPHIE: Sexe, fétiche et…

Les photographies de Marla Rutherford, qui sont exposées en ce moment à la galerie Clairefontaine I sous le titre évocateur de « Submit », sont à prendre avec caution. Non seulement qu’elles pourraient choquer quelques visiteurs plus conservateurs que les autres, mais elles pourraient aussi induire en erreur plus d’un-e appartenant à la frange de la population qui se dit progressiste. Sur chaque image, on trouve au moins une femme dans une pose toujours équivoque. De loin elles ressemblent toutes à des poupées gonflables, des personnes dépersonnalisées et réduites à leur unique rôle d’objet sexuel, n’incarnant que le désir qu’elles susciteront chez le spectateur. Il faut remarquer que dans ce domaine, Marla Rutherford n’est pas sans expérience. Ses travaux commerciaux pour des magazines de société et mêmes les photos érotiques qu’elle a faites pour le « légendaire » calendrier Pirelli, en témoignent.

Pourtant, la vision de l’artiste Marla Rutherford est différente de celle qui remplit les pages plastifiées aux belles courbes. C’est que les femmes visibles dans « Submit » sont deux choses : lointaines et si proches en même temps. Lointaines et froides par leurs postures stéréotypées. Leurs visages immaculés rappellent les femmes comme les peignait Paul Delvaux : froides, inaccessibles et appartenant au domaine des rêves. D’autant plus qu’elles semblent toutes relever du monde des fétichistes et des sado-masochistes : tous les costumes sont en latex et certains visages sont même couverts par des masques.

En même temps, elles nous semblent étrangement proches, ces femmes-objets, ce qui est dû aux environnements dans lesquels les photos ont été prises : totalement banaux, ils semblent contredire absolument ce qu’ils sont censés encadrer.

Nous approchons donc du « message » de Marla Rutherford : la normalité de la « deviance » sexuelle, sa totale banalité, qui pour une fois s’accorde avec le contexte. C’est pour cela, ce rapprochement entre extrêmes qui ne sont peut-être pas tellement étrangers l’un à l’autre, que l’exposition de Marla Rutherford est intéressante et même recommandée.

A la galerie Clairefontaine I, jusqu’au 10 janvier 2009.


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