«Project For Unsuccessful Gathering » est une exposition mi-formaliste, mi-provocatrice qui démontre qu’on n’a pas besoin de grands moyens pour exprimer des idées intéressantes.
Le spectateur qui, dans le hall du Casino, se déplace vers la droite en direction du Project Room, est parcouru par un doute : « Me suis-je trompé d’expo ? Sont-ils déjà en train de la démonter ? » ? Et puis en tournant encore une fois, il voit que ce mur noir devant lui est bel et bien une oeuvre d’art, identifiable au panneau explicatif qui y est accollé. « Absorbing Monochrome », tel est son titre, pourrait bien être une installation performative, dans le sens où elle tient ce qu’elle promet : d’absorber le spectateur par sa masse monochrome et noire – surtout que le « tableau » n’en est pas un. La surface noire est composée de mousse en plastique mou qui absorbe les bruits, une matière familière pour qui s’y connaît un peu en musique et en studios. Ainsi, l’installation d’Igor Eskinja déjoue l’attente du spectateur tout en réalisant sa promesse. Un principe qui s’applique aussi aux autres oeuvres exposées.
« Street Display », par exemple, évoque une atmosphère de manifestation, les revendications en moins. Les panneaux ne font qu’indiquer une direction. Le détail pourtant révèle la vraie teneur du message d’Eskinja : rien n’est comme il semble. Car, si on n’enlevait qu’un seul tableau de l’ensemble, le tout perdrait son sens. Encore une fois, un double-sens introduit par les moyens les plus simples. Autre trouvaille astucieuse, la grande photo, qui donne son nom à l’exposition « Project For Unsuccessful Gathering ». Ici, un alignement de chaises en plastique, du même type que celles que vous trouverez sur chaque deuxième balcon de votre voisinage. Banal, si on décidait d’ignorer les couleurs. Celles-ci correspondent – bon, il faut avoir lu le catalogue pour le savoir exactement, mais on le suspectait – à celles de la mire, l’image test que diffusaient jadis les stations-télé pendant la nuit et qui servait à ajuster les couleurs. Mais aucune des chaises n’est monochrome. Au contraire, il semble plutôt que les couleurs de la mire se soient transposés sur les chaises vides. Ici, c’est la figure de la solitude – qu’on éprouvait chaque fois qu’on se réveillait devant le poste et que tout ce qu’on voyait étaient ces mêmes couleurs tous les soirs – qui est transfigurée et ajoutée à la dimension sociale. La dernière pièce « Meeting in a Remote Place », fait aussi dans la métaphore sociale. Sur un tapis, constitué de bleus de travail cousus ensemble trouvent deux cubes blancs. Pour renforcer encore plus l’idée d’abandon et d’isolation, une empreinte révèle qu’un troisième cube a été auparavant placé sur le tapis.
En tout, une exposition minimaliste et astucieuse qui fonctionne à merveille – on aimerait voir plus d’Igor Eskinja et peut-être, vu qu’il travaille avec un matériel peu coûteux, a-t-il lancé une tendance?
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