EXPULSIONS: Une nouvelle qualité

En faisant expulser des enfants scolarisés et parfaitement intégrés, le ministre Schmit introduit une nouvelle qualité dans la dure réalité des expulsions.

En commençant un énième éditorial sur les expulsions, on peut se demander combien de fois encore il faudra évoquer ce thème douloureux qui met en question l’humanité de notre Etat et de notre société entière. La réponse semble être : encore beaucoup, beaucoup de fois. Car la pente est raide et nous sommes en train de prendre de la vitesse. Destination : une Europe forteresse, où les droits de l’homme n’existent que sur le papier, tandis que la réalité parle une autre langue.

En rompant l’accord tacite entre les ONG qui s’occupent des immigré-e-s et son ministère, qui prévoyait de ne jamais expulser des enfants pendant l’année scolaire, Schmit durcit le ton et persiste dans sa politique inhumaine en se cachant derrière la bureaucratie. L’Union européenne, une fois encore, doit servir d’alibi à une politique qui est pourtant contestée par d’autres hautes autorités comme le Conseil de l’Europe ou encore le haut commissariat aux réfugiés des Nations Unies. Mais Schmit préfère s’en remettre à d’autres instances plutôt douteuses comme l’office international des migrations (OIM) – qui est accusé par certaines ONG d’empêcher les migrations plutôt que de les encadrer (voir woxx 971) – ou encore l’Etat du Kosovo même, qui n’accepterait les expulsé-e-s que sous la pression politique de l’Ouest, comme l’a rappellé Thomas Hammarberg, commissaire aux droits de l’Homme du Conseil de l’Europe. Quelle image de l’Europe ces enfants et ces jeunes retiendront-ils ? Plutôt négative, voire traumatisante pour celles et ceux qui ont goûté à la répression policière de l’immigration.

En agissant de la sorte, l’image de l’Europe dans le monde entier ternit. Les expulsions forcées – qui n’ont pas lieu toujours à l’aube pour rien – sont, surtout pour des enfants, des expériences traumatisantes qui les hanteront toute leur vie. L’Europe ne se rend aucun service en expulsant à tour de bras celles et ceux qui ont cru à ses chants de sirène sur les droits de l’homme et d’une société sans discriminations.

Mais le pire c’est l’hypocrisie de nos dirigeants et de notre société. Tandis que des mineurs sont forcés avec violence de regagner leurs patries meurtries où les attend un futur incertain, nous nous amusons à fêter la diversité et à vanter les apports des migrations, comme par exemple avec le festival des frontières et des Hommes qui a lieu actuellement. C’est ce décalage qui fait mal. Nous nous décorons de toutes les bonnes volontés en faisant le contraire.

Une proposition au gouvernement: s’il n’est pas capable de faire preuve d’humanisme, alors qu’il s’engage du moins à ce que le Luxembourg se retire de toutes les conventions et chartes sur les droits de l’homme qu’il a signées. Ainsi, du moins on saura où on en est.


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