PHOTOGRAPHIES: Snapshot Lamento

Des sciures et des poussières se dégagent de la veste de Philippe Nathan. Pourtant, le jeune homme – ancien chanteur de la combo hardcore Do Androïds Dream of Electric Sheep ? (Dadoes) et reconverti en architecte – revient juste du plateau télé de RTL, où il était invité pour présenter son exposition, dont le vernissage est prévu ce vendredi. « Mais, entre deux pubs et quelques blagues, je n’ai pas vraiment réussi à en placer une », admet-il, « Qu’importe, les gens auront du moins capté que quelque chose se déroule à la Kulturfabrik. C’est déjà ça ».

C’est même plus que ça. Pour Philippe Nathan, la Kulturfabrik est un lieu magique, qui exhale toutes les créations et manifestations qui y ont eu lieu. C’est un temple et en même temps un lieu de travail. Et du boulot, il en a, des tonnes mêmes. Pour son exposition « Snapshot Memento », il a concipé une construction oblique en panneaux de bois qui rappelle un peu une pipeline dans un skatepark, où se côtoieraient textes et photos. En bon adepte de la méthode Do-It-Yourself, il a fait le gros du travail lui-même et sacrifié ses journées dans la petite galerie entre planches, scies et clous.

Loin de s’en plaindre, on pourrait même croire que ce travail manuel lui fait du bien. Que c’est en quelque sorte une catharsis de ses dernières années de vie personnelle. Une période plutôt difficile comprenant ruptures et réorientations. « A un certain moment avec Dadoes, nous avons bien dû constater le clivage entre ce que nous prêchions dans nos textes et la vie que nous menions. C’en est devenu tellement inacceptable que nous avons préféré lâcher l’affaire et arrêter le groupe », raconte-t-il. Et Dadoes n’était pas n’importe quel groupe. Pendant des années, ils étaient une des formations les plus actives du pays – même sans jouer trop de concerts au grand-duché. Car leur grande spécialité, c’étaient les tournées à l’extérieur en Europe, mais aussi en Asie.

« Snapshot Memento » sera donc une exposition en hommage au bon vieux temps. L’occasion de célébrer une dernière fois cette rage qui vous vient aux tripes quand vous êtes jeune, révolté et assourdi par les mitraillettes que sont les guitares des adeptes de hardcore. Pour Philippe Nathan, un concert de hardcore c’est bien plus que de l’entertainment. Pour lui, cela tient plus d’une cérémonie religieuse où l’on célèbre la rage et la jeunesse. Où l’on se purifie de tout ce qui est mal et où l’on est uni – le temps d’un concert – avec des personnes totalement inconnues. Pourtant, l’exposition n’est pas uniquemement consacrée à son ancien groupe. Il y a des photos d’autres formations luxembourgeoises, de groupes étrangers avec lesquels ils ont partagé des tournées, des photos prises dans les
salles de répétition ou dans les backstage de clubs pourris et enfumés. Il y aura même une petite publication avec photos et textes qui sera disponible dès le vernissage dans la galerie Terres Rouges.

« J’aime l’idée que les visiteurs pourront entendre les groupes qui répètent à la Kulturfabrik tout en regardant l’exposition », raconte-t-il, « Cela donne un plus d’authenticité à l’affaire ». Et peut-être même que cela encouragera l’un-e ou l’autre à se plonger soi-même dans l’aventure hardcore. « Les jeunes ont des temps difficiles devant eux. Les bons groupes luxembourgeois se font de plus en plus rares. Chaque année, une ou plusieurs formations arrêtent de se produire, car leurs membres n’ont plus l’énergie et en plus il faut gagner de l’argent, prendre soin des gosses, etc. Il y a beaucoup de boulot encore pour les générations après nous », dit-il avec un brin de mélancolie dans la voix. Et tout à coup, on ne peut s’empêcher de penser qu’on a affaire à quelqu’un qui a pris un sacré coup de vieux. Mais qui sait le transformer en art. C’est déjà ça.

A la galerie Terrse Rouges,
jusqu’au 4 juillet.


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