MOVEMENT FOR A GLOBAL CHANGE: « Pas d’alternative à l’optimisme »

Jean-Marc Scheer est un nouveau venu dans le monde du militantisme luxembourgeois. Cet infirmier est l’un des animateurs du mouvement « Real Democracy » qui organise ce vendredi 11 novembre la version luxembourgeoise de la mobilisation mondiale pour le changement.

Et pourquoi ne pas tenter
de faire de la terre un paradis ? Pourquoi se résigner à accepter
le système marchand capitaliste comme horizon indépassable ?
Jean-Marc Scheer ne fait pas partie
de ceux qui gobent ce qu’on leur répète à longueur de journée.
Et préfère s’engager.

woxx : Comment avez-vous débuté votre engagement ?

Jean-Marc Scheer : Tout a commencé avec les printemps arabes. Même nous, qui allons prétendument bien, avons des raisons de faire la révolution. Cela vaut pour toutes les nations du monde. J’ai donc créé un « event » sur facebook sous l’acronyme « European Revolution ». Après l’Espagne, beaucoup d’évènements du genre ont été créés. Ensuite, j’ai découvert que « Real Democracy » avait également déjà créé un évènement. Cela arrive souvent : des individus créent des choses et constatent par la suite que quelque chose de similaire existe déjà.

Etes-vous quelqu’un de politique ?

Je ne m’intéresse pas du tout à la politique.

Mais cet engagement est bien politique ?

Je le qualifierais plutôt d’humanitaire. La politique, c’est trop réducteur. Ce qu’il faut rechercher, c’est un changement des structures sur lesquelles se base le mode de réflexion des gens. Ce n’est pas que la politique, c’est aussi la culture, l’économie, la santé, c’est l’éducation. La politique, c’est aussi trop local. Les problèmes sont globaux, même s’il faut agir de manière locale. La politique ne décrit pas l’aspect global. Quand on regarde les politiques et leurs programmes, ils se réduisent trop aux intérêts directs de leurs électeurs.

Mais le fait de s’organiser peut faire pression sur les politiques.

Cela ne m’intéresse pas. Ma priorité, c’est de rassembler encore plus de gens, que chaque individu constate que nous avons des intérêts communs, de changer le fait que les gens n’ont même pas le courage de penser qu’ils peuvent changer quelque chose. Il faut que nous constations que nous avons tous la même vision du monde, que ce qui nous manque, c’est la masse critique.

Dans l’invitation pour la manifestation du 11 novembre, vous déclarez être contre le système politique en place. Qu’est-ce que ça veut dire ?

Il a été rédigé de manière collective, moi j’aurais employé d’autres termes. Mais cela veut dire que la politique telle qu’elle est menée actuellement ne reflète pas les revendications des gens.

Mais tous les gens n’ont pas les mêmes revendications.

Certes, mais nous essayons, à travers cette union globale, de savoir quel est notre problème fondamental. Quel est le problème quand on descend à la racine ? C’est l’état du monde. Mon exemple préféré, c’est celui de l’enfant qui meurt toutes les quatre secondes. Et si tu tentes de résoudre un de ces problèmes, tu les résous tous.

Tout le monde est d’accord pour être contre la misère, la mort et la guerre. Mais le problème, c’est de savoir comment parvenir à éradiquer ces fléaux. Où sont les leviers d’action ?

Dans notre attitude face à la vie. Chaque individu tente de résoudre la question du sens de la vie de manière individuelle, et cela comprend toujours la sécurité matérielle pour finalement mourir dans un lit chaud. Mais nous n’avons pas une vision globale en tant qu’humanité. Une de ces visions pourrait être la construction sur cette planète d’un système égalitaire. Et nous aurions tous le même sens de la vie. Quel est ce sens de la vie sur notre planète ? Pourquoi ne serait-il pas de faire de cette planète un paradis ? Ce qui nous en empêche, c’est la croyance que l’être humain serait foncièrement mauvais. Et, d’après moi, c’est un effet secondaire du système marchand. Parce que nous sommes tous dans cette lutte quotidienne pour nous assurer ce lit chaud pour y mourir.

Vous critiquez le système marchand, donc le capitalisme ?

Le capitalisme n’est qu’un symptôme de la maladie dont est atteinte l’humanité dans le regard qu’elle porte sur elle-même. Parce qu’elle n’a pas le courage de penser librement au-delà de l’esclavage de l’argent. C’est quand même fou que l’étalon principal pour nous mesurer les uns aux autres soit l’argent. Ce n’est pas la joie de vivre, ce n’est pas la tentative de créer de l’égalité, c’est uniquement la vision de l’argent qui est perçue comme un élément naturel. « Global change » veut tout dire : c’est un changement dans la perception de la vie.

Faut-il abolir ce système marchand ?

Il faut construire une société qui fonctionne sans argent. Où l’humanité se charge d’assurer les besoins fondamentaux – et pas seulement ceux-là – et permet à chaque individu de s’épanouir dans ses domaines d’intérêt et de développer ses talents, afin d’en faire bénéficier la société et de s’intégrer en elle.

C’est ce qu’on appelle le communisme.

Peut-être, mais on ne peut plus utiliser ce mot. Ceux qui nous appliquent ce terme, c’est afin de délégitimer le mouvement, car il est associé à une société autoritaire et pyramidale. Mieux vaut laisser de côté toutes les appellations trop connotées.

Comme vous dites : nous sommes 99 pour cent, et les autres un pour cent. Mais ce un pour cent qui domine le monde, il ne va pas lâcher son pouvoir facilement.

Quand tu vas en Afrique et que tu parles à une personne là-bas, elle va te dire « nous sommes les 99 pour cent et vous êtes le un pour cent ». Il ne s’agit pas de diaboliser ce un pour cent afin de le lapider. Ce pour cent est tout aussi perdu, car il idolâtre le système capitaliste. Nous sommes tous victimes de notre propre développement.

Mais peut-on convaincre ce pour cent ?

Il ne s’agit pas de cela. Si les 99 autres pour cent ne veulent plus aller dans la même direction que ce pour cent, alors ceux qui restent devront suivre. Le mécanisme de masse critique est une réalité. A partir d’un certain moment, l’être humain découvre qu’il tient son destin entre ses mains. Il n’y a pas de fatalité.

Le 15 octobre, il y avait entre 350 et 400 personnes, ce qui est beaucoup pour le Luxembourg. D’où venaient-elles ?

Nous avions beaucoup de chance à cause de la présence des « Homens da luta ». La communauté portugaise le savait et elle est venue en masse. Et les « Homens da luta » représentent une idée. Une idée qui fédère, car il y avait aussi bien des grands-mères que des jeunes.

Pour beaucoup de personnes, ce mouvement est encore assez obscur. On ne sait pas vraiment qui est derrière, comment ça fonctionne, combien de personnes il y a, comment cela a commencé.

Au début, il y avait une jeune volontaire européenne espagnole qui travaille actuellement au Luxembourg. Elle avait des contacts avec des Espagnols qui participaient aux manifs et a absolument voulu faire la même chose au Luxembourg. Elle est entrée en contact avec « Attac Luxembourg ». Elle a ainsi apporté au Luxembourg « Real Democracy », qui est notre version de « Democracía ya ». Désormais, la communication passe surtout par courriels et par facebook.

En Espagne, il y a des assemblées générales qui adoptent des listes de revendications. Est-ce pareil ici ?

Nous n’y sommes pas encore.

Quelles sont les prochaines étapes au Luxembourg à part la manif du 11 novembre ?

Pour l’instant, nous sommes une demi-douzaine à travailler sur les documents et à organiser. Notre priorité, c’est de croître en nombre et de pousser les individus à faire des propositions. Pour l’instant, les fourmis sont en train de se retrouver peu à peu. Il n’y a pas de grand plan préétabli. Sinon, nous deviendrions un parti comme les autres ! Nous voulons en premier lieu nous mettre d’accord sur le fait qu’il y a un problème.

Combien êtes-vous actuellement ?

Dans le groupe Google, il y a 65 personnes d’inscrites qui participent en fonction de leurs champs d’intérêt et de leur degré de motivation. Nous avons avant tout besoin de personnes qui veulent participer mais qui sont surtout convaincues. Et d’ailleurs : avons-nous vraiment le choix, à part d’avancer et d’essayer de rendre réelle l’utopie ?

Avez-vous des contacts avec des Grecs ?

Oui, il y a un Grec chez nous qui est très actif. Pour lui, c’est une chose très émotionnelle. L’émotion, c’est un mot-clé.

Il y a une dizaine d’années, il y avait également de grands mouvements qui ont donné naissance aux forums sociaux. Et puis cela s’est essoufflé.

Mais entre-temps, la situation s’est dégradée. Aussi bien d’un point de vue économique qu’environnemental. Nous sommes un peu la réaction du système immunitaire global.

Vous êtes optimiste quant aux développements futurs face à la crise ? Et si l’armée intervenait en Grèce, comment certains le craignent ?

L’armée, ce sont des soldats, et tôt ou tard, ils constateront qu’ils font eux aussi partie des 99 pour cent. De toute façon, il n’y a pas d’alternative à l’optimisme.

 

En quelques mots
Jean-Marc Scheer, 41 ans, marié et père de deux enfants, a mis un certain temps avant de militer, tout comme il en a mis avant de s’engager dans le monde du travail. A 18 ans, ne sachant trop ce qu’il voulait faire, il a parcouru le monde et a vécu de petits boulots dans la réparation de véhicules ou la restauration. Ce n’est qu’à 30 ans qu’il est devenu infirmier (« un métier utile »). Ce sont les révolutions arabes qui ont constitué le déclic pour cet activiste désireux d’être utile à la société.


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