TRANSPARENCE: Hypnotisés

Tandis que la coalition en formation ne fait pas de zèle pour montrer quel est le fameux « nouveau style » avec lequel elle veut rétablir la confiance dans la politique, les nouvelles de l’implication du Srel dans le scandale NSA effritent encore davantage ce qui reste de foi dans l’Etat de droit.

Enfin, il y avait un parallèle à tirer entre les volte-face surréalistes du procès « Bommeleeër » et la réalité : en publiant cette semaine un témoignage obtenu sous hypnose, le tribunal a tapé dans le mille. Car hypnotisés nous le sommes aussi, pas besoin pour cela d’être témoin dans un procès qui s’embourbe dans la confusion – et peut-être bientôt la fatigue – générale. Il suffit juste de voir avancer les travaux de la coalition : on nous parle d’ambiance excellente malgré de mauvaises nouvelles quant au déficit, au chômage ou aux stations d’épuration manquantes. Mais tout comme ces dernières, nous, le grand public, manquons toujours d’informations concrètes sur ce que sont exactement ces chiffres et les conclusions que vont en tirer les coalitionnaires.

Déi Lénk l’a rappelé à juste titre : en 2009, c’étaient les libéraux et les Verts qui demandaient des comptes au CSV et au LSAP pendant qu’ils siégeaient à huis-clos pour discuter de l’accord de coalition. Mais une fois que ces messieurs – et les quelques dames – se trouvent de l’autre côté du levier du pouvoir, ils et elles ne semblent plus ressentir le même besoin de transparence. Pourtant, une des justifications de monter cette coalition à trois sans les conservateurs était d’en finir avec l’Etat-CSV secret à souhait – l’Etat qui, par le biais de son lider maximo, se réservait même le droit au mensonge, si cela s’avérait nécessaire. Quoi qu’il en soit, si les coalitionnaires croient qu’ils peuvent continuer à mener les affaires de l’Etat comme le faisait le CSV, ils se trompent. Les gens qui ont voté pour un changement, les fameux deux tiers qui ne voulaient plus du CSV, ne le leur pardonneront pas. Car il y a un vrai besoin de changement dans la manière de gouverner.

Le Mouvement écologique a lui aussi mis le doigt sur la plaie en début de semaine, en vouant aux gémonies le projet de loi sur l’accès à l’information pondu par Jean-Claude Juncker. Pour le Méco, ce projet de loi ne vaut même pas d’être amendé, mais il faudrait tout simplement le remplacer par un autre – qui montrerait un vrai esprit et une vraie volonté d’ouverture. Car ce ne sont pas seulement les hommes et femmes politiques qui doivent changer de mentalité, ce sont aussi les administrations auxquelles il faudrait rappeler que ce sont elles qui sont au service du citoyen et non pas l’inverse.

Alors que, en Allemagne, on discute sur comment profiter au mieux des révélations d’Edward Snowden, le Luxembourg ne s’est pas montré impressionné par la révélation que la NSA collaborait bel et bien avec le Srel.

Ne pas en faire une priorité est un mauvais départ, car le temps presse sur tous les fronts. Alors que, en Allemagne, on discute sur comment profiter au mieux des révélations d’Edward Snowden, le Luxembourg ne s’est pas montré impressionné par la révélation que la NSA collaborait bel et bien avec le Srel. Ce qui implique que Jean-Claude Juncker ainsi que le directeur du Srel ont menti en niant une éventuelle collaboration. Mais peut-être que ces deux-là se raviseront lorsque Juncker sera aussi à la tête de la commission de contrôle du service de renseignement?

Certes, la transparence gouvernementale et étatique n’ont à première vue pas grand-chose à voir avec l’espionnage états-unien, voire britannique. Pourtant, les deux sont liés dans le rapport qu’entretient le citoyen avec les autorités. Tandis que ce dernier devient de plus en plus transparent, l’Etat s’estompe progressivement dans l’opacité totale. Entre-temps, c’est la confiance qui s’effrite, alors que pour un vrai nouveau départ, celle-ci est essentielle.


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