COMMISSION EUROPÉENNE: Le système Juncker

Mis en cause par les Luxleaks, confronté par un vote de défiance tout en proposant un plan risqué pour sauver l’Europe, Juncker reste en selle malgré la crise – et peut-être même grâce à celle-ci.

(Photo : © flickr_EPP)

« Si vous voulez que je parte, dites-le ! » Cette réponse de Jean-Claude Juncker à ses détracteurs de l’extrême droite et des populistes, dont Marine Le Pen, devant le Parlement européen ce lundi n’est pas sans rappeler quelques souvenirs. En effet, les fins connaisseurs de Juncker – la population entière du grand-duché donc, même si parfois un peu malgré elle – penseront peut-être au chantage de 2005, lorsque le premier ministre avait menacé de démissionner si le pays votait « non » au référendum sur la Constitution européenne. C’est une vieille tactique junckerienne : dès qu’il est le dos au mur, au lieu de se défendre à tout va, il choisit d’aller de l’avant, de donner de sa personne. Une stratégie non dénuée de pathos, mais qui semble toujours fonctionner.

Mais cela veut dire aussi que Juncker estime que l’heure est grave, si, alors que son mandat ne fait que commencer, il se sert déjà d’une de ses armes rhétoriques les plus puissantes. Et cela même si la motion de censure instiguée par l’extrême droite au Parlement européen a été pour Le Pen et consorts la bérézina qu’on leur avait prédite – la fraction de gauche ne voulant pas suivre cette initiative.

Le système Juncker, ce n’est pas les tax rulings, mais bien son habileté à imposer ses solutions comme sans alternatives crédibles.

Pourtant, avec le plan d’investissement qu’il vient de présenter, Juncker remet encore une fois en jeu le succès de sa « Commission de la dernière chance » – encore un pathétisme stratégique dont lui seul connaît le secret. Alors que personne ne doute que l’Europe a besoin de nouveaux investissements, tant industriels qu’infra-structurels, c’est la méthode qui pose problème. En effet, en y injectant que très peu d’argent frais – 21 milliards composés de 16 du budget européen et 5 de la Banque européenne d’investissement sise au Kirchberg -, il remet les clés de la croissance dans les mains des investisseurs privés et table sur un rendement fou : pour chaque euro investi par l’Europe, il attend une contrepartie de 15 euros des investisseurs. Et cela pour arriver à la somme prévue de quelque 315 milliards d’euros.

De surcroît, le plan d’investissement Juncker n’est pas tellement nouveau. Comme le rappellent justement les collègues de Mediapart, sur lui plane le fantôme du fameux « pacte de croissance ». Mais, à la différence de celui-ci, la proposition de Juncker est plus habile sur les leviers actionnés ; et surtout : grâce à la tactique du Luxembourgeois, il sera vite inévitable. Car il faut bien comprendre ceci : le système Juncker, ce n’est pas les tax rulings, mais bien son habileté à imposer ses solutions comme sans alternatives crédibles.

En ce sens, il ne diffère – au niveau de la rhétorique du moins – nullement des politiciens à la Reagan ou Thatcher, qui finalement sont responsables des déséquilibres économiques mondiaux. Mais Juncker ne serait pas lui-même s’il n’essayait pas de réconcilier finance et social. Ainsi, il présente son plan comme étant la seule alternative à l’austérité qui ravage le Sud – autre idée habile. Mais dont le succès n’est pas garanti.

De toute façon, les politiciens et parlementaires européens sont déjà en train de se déchirer sur le plan Juncker : pour certains il va trop loin, pour les autres pas assez. Alors que, en même temps, d’autres solutions existent. Comme l’a écrit le très libéral Financial Times cette semaine, les seuls partis à proposer des plans crédibles et pragmatiques pour la sortie de crise sont ceux… d’extrême gauche.


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