Art contemporain : Le ciel n’est pas la limite

Le Centre Pompidou-Metz présente depuis peu l’expo « Le ciel comme atelier. Yves Klein et ses contemporains ». Une expérience éthérée autour de l’emblématique artiste d’après-guerre.

Photo : J. Paul Getty Trust

Si vous vous attendiez à une simple exposition de peintures d’Yves Klein (1928-1962), détrompez-vous ! Le visiteur et la visiteuse y verront une myriade d’artistes gravitant autour du Français, à travers plusieurs approches artistiques qui vont de la peinture à l’architecture, en passant par le dessin, la photo, la vidéo, l’électronique ou encore les croquis futuristes.

L’expo débute par une authentique apologie du bleu, un bleu qu’Yves Klein lui-même nomme International Klein Blue (IKB) à partir de 1957. Ce bleu marin se voulait représentatif de la pureté de l’espace et des valeurs immatérielles. En 1961, Klein se réjouit ainsi du retour de Youri Gagarine, qui explique au monde entier après son voyage dans l’espace que « la Terre est bleue, d’un bleu intense et profond ».

D’ailleurs, pressentant cet exploit orbital, Klein effectue son célèbre « Saut dans le vide » en octobre 1960 (voir photo), se revendiquant ainsi l’un des premiers à envoyer un homme dans l’espace. Le saut et l’endroit sont bel et bien réels, mais il s’agit d’un photomontage qui omet plusieurs personnes tenant une bâche afin d’amortir la chute de Klein. Toutefois, la performance se veut une recherche autour des forces de l’invisible et de la gravité.

Il est logique et compréhensible de s’imaginer que, dans un contexte d’après-guerre, les artistes rechignant à regarder autour d’eux les immenses dévastations se soient tourné-e-s vers le ciel. Un ciel désormais sans éclats belliqueux, à partir duquel l’on revenait à l’essentiel, et surtout à un nouveau point de départ. Ainsi, plusieurs groupes et courants artistiques se formèrent après la Seconde Guerre mondiale : le groupe ZERO en Allemagne, les spatialistes en Italie, le groupe NUL aux Pays-Bas ou encore le mouvement Gutai au Japon. Les curateurs ont le mérite d’avoir su retracer tous ces mouvements artistiques autour de la personne d’Yves Klein. L’expo se visite ainsi de façon très linéaire, chronologique, thématique et aérée dans l’espace architectural du Centre Pompidou.

Elle se divise en neuf sections à travers 14 salles. Dans l’une d’elles, intitulée « Architectures de l’air », nous ne pouvons nous empêcher de confronter la vision de Klein à celle de Walter Gropius, éminent fondateur du Bauhaus pendant la période de l’entre-deux-guerres. Dans le domaine de l’architecture, Gropius prônait le fonctionnalisme, même si à l’époque ses créations étaient résolument avant-gardistes. Klein cherche tout simplement à décloisonner l’habitat humain, avec un toit d’air qui remplace le toit fermé. Les projets de Klein et d’autres artistes offrent des résultats édéniques à partir d’éléments naturels comme le feu, l’air et l’eau. Ces mêmes esquisses s’inscrivent ainsi dans les utopies architecturales de l’après-guerre et sont encore de nos jours purement futuristes.

Inévitablement, certaines parties de l’expo plairont subjectivement plus que d’autres. Néanmoins, la section « Visions cosmiques » clôt avec brio l’exposition. À travers une multitude de jeux de lumière, visiteurs et visiteuses sont plongé-e-s dans des ambiances purement féeriques. Dans sa « Pièce lumineuse avec mur de Mönchengladbach », Otto Piene (1928-2014), contemporain de Klein, estimait que « l’espace aérien est le seul qui offre à l’homme une liberté quasiment illimitée ». Yves Klein, lui, préconisait que « le peintre de l’espace doit aller effectivement dans l’espace pour peindre, mais il doit y aller sans trucs, ni supercheries, ni non plus en avion, ni en parachute ou en fusée : il doit y aller par lui-même ». Bon voyage aux concerné-e-s et aux intéressé-e-s !

« Le ciel comme atelier. Yves Klein et ses contemporains », jusqu’au 1er février 2021 au Centre Pompidou-Metz.

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