L’exposition « Phares » au Centre Pompidou de Metz promet une déambulation à travers l’art du 20e siècle – mais reste très en surface.

Un grand classique de l’art moderne : « Infiltration homogen für Konzertflügel » de Joseph Beuys.
Les amateurs d’art moderne qui râlent incessamment sur le Mudam à cause de ses expositions « trop » contemporaines trouveront au rez-de-chaussée du Centre Pompidou de Metz largement de quoi se rassasier. L’exposition « Phares », qui reprend en partie des œuvres déjà montrées lors de l’ouverture – « Chefs-d’œuvre ? » – comporte en effet quelques-unes des plus belles pièces de la maison mère parisienne du musée.
Ça commence avec les « Personnages et oiseaux dans la nuit » de Juan Miró, pour continuer avec les célèbres « Survivants » de Yan Pei-Ming, avant d’enchaîner sur « Infiltration homogen für Konzertflügel » et « La peau » de Joseph Beuys. Et ainsi de suite. L’idée derrière « Phares » était d’éliminer la chronologie de l’art du 20e siècle et de montrer ensemble des œuvres qui ne sont unies ni par l’époque, ni par le mouvement artistique, ni non plus par l’école dont elles sont issues.
Si le pari peut paraître intéressant, sa réalisation déçoit tout de même. Ainsi, « Phares » a plutôt l’air d’une démonstration de force des collections du Centre Pompidou de Paris que d’une exposition vraiment sensée. De fait, pour les aficionados de l’exposition permanente dans la capitale française, une visite ne vaut vraiment pas le coup – car la plupart des pièces exposées, comme la « Composition aux deux perroquets » de Fernand Léger, où les grandes toiles de Frank Stella et les abstractions de Pierre Alechinsky, Pierre Soulages ou encore Jean Degottex sont de vieilles connaissances.
« Phares » manque tout simplement d’un concept qui dépasserait la volonté d’exposer autant de pièces maîtresses que possible. C’est d’autant plus dommage qu’on sait le Centre Pompidou de Metz absolument capable d’organiser des expositions surprenantes, comme « 1917 » qui réunissait histoire et art de cette année de guerre, parvenant ainsi à changer la perspective sur certaines œuvres qu’on connaissait déjà.
Mais « Phares » reste bien en dessous d’une telle programmation. En plus, les curateurs ont aussi partiellement tenté de saupoudrer l’exposition de quelques positions bien franchouillardes, comme c’est le cas avec l’accent mis sur Sam Francis et Joan Mitchell. Les légendes illustrant les tableaux de ces deux artistes, venus des États-Unis, insistent très lourdement sur leur éducation française auprès des grands maîtres de l’Hexagone. Ce qui est un brin chauviniste…
Un autre manque de l’exposition, c’est qu’elle omet totalement d’introduire l’art contemporain du 21e siècle. On n’y trouve que quelques rares pièces, dont le miroir d’Anish Kapoor qui figurait déjà dans l’exposition « Chefs-d’œuvre ? ». Alors que l’occasion – une exposition grand public particulièrement légère – s’y prêtait vraiment bien. Ce faisant, « Phares » enferme l’art moderne du 20e siècle dans un vase clos et fait comme s’il témoignait d’un « bon vieux temps » définitivement passé. Et laisse cependant de côté toutes les rébellions, toutes les voix discordantes et tous les questionnements qui ont imprégné ce siècle artistique extrêmement riche et qui sont encore pertinents de nos jours.
Ainsi, les spectateurs avisés qui veulent voir une belle exposition au Centre Pompidou de Metz feraient mieux de se déplacer au premier niveau, où les accueille « Warhol Underground » – ça pourrait bien les réconcilier avec la maison messine.