Exposition collective : Histoires, histoires

L’exposition collective « Just so Stories » à la galerie Nosbaum & Reding veut rendre compte du « narrative turn » dans l’art contemporain – une expérience plutôt réussie.

Réunissant pas moins de 11 artistes aux horizons et pratiques très divers, « Just so Stories » est déjà remarquable par son éclectisme. Certes, il n’y a pas d’art vidéo ou multimédia – ce qui est aussi une bonne chose si on veut éviter la surcharge qui étouffe parfois certaines expositions au Mudam ou au Casino –, mais des approches et des techniques très différentes. Selon le texte accompagnateur, l’idée était de montrer que nous arrivons à la « fin d’un axiome conceptuel : dans un contexte où les vieux et les nouveaux médias sont en compétition pour gagner notre attention, les artistes ne cherchent plus une punch line mais essaient de laisser de la place à la complexité du monde et de trouver une base commune pour le dialogue avec les autres ».

Donc, plus d’art hermétique se basant sur des affirmations, mais une pratique artistique qui ouvre le chemin vers de nouveaux questionnements, en dialogue avec le monde extérieur. S’il y a une œuvre qui correspond exactement à ces critères, c’est bien « Thrown on the Rocks in an Unfamiliar Place » d’Emma Talbot. L’artiste anglaise, dont certaines œuvres figurent tout de même dans la célèbre collection Saatchi, a peint quatre bâches en soie qui pendent du plafond. Sur celles-ci, elle raconte une histoire de deuil ou de séparation en quelques cases de bande dessinée, entourées de couleurs vives mais sombres. Les ratures dans l’écriture et les différentes variations montrent simultanément l’émotion de l’artiste qui cherche à définir son émotion, à la capturer pour mieux y survivre.

Plus drôles, les sculptures de l’artiste sarrois Stephan Rinck, qui miment une fausse attribution tribale pour s’attaquer à des thèmes contemporains, comme « The Shopper » : il a l’air d’un guerrier ancien, mais gagne ses batailles dans les rayons de supermarché.

Sur un registre plus léger aussi, on trouve les peintures de la Suissesse Sophie Ullrich. Elle combine des figures aux traits simples, presque issues de la bande dessinée, avec des objets quotidiens et insolites, comme un poisson ou une tasse de thé – ici, c’est au public de se faire une idée de ce que ces combinaisons peuvent bien vouloir dire, au-delà de l’esthétique de l’œuvre en elle-même.

Plus sombre, le tableau « In the Realm of the Senses » de l’artiste new-yorkais Paul Gondry. De dimensions monumentales, l’œuvre évoque des réminiscences de Klimt, par la posture du personnage et les couleurs choisies. Pourtant, le ton n’est pas à la jouissance, mais plutôt tourné vers le morbide. Une dimension dans laquelle évoluent aussi Gert et Uwe Tobias, des frères jumeaux d’origine roumaine mais travaillant à Cologne. Leurs peintures au format portrait classique montrent des figures mi-humaines, mi-squelettiques avec des accents souvent démoniaques. Des détournements d’une pratique courante vers l’horreur que ne renierait pas un groupe de death metal pour la pochette de son album.

On le voit, l’idée derrière « Just so Stories » est louable et pleine de bonnes intentions. Mais un petit coup de pouce au public aurait été le bienvenu pour mieux l’expliquer à travers les œuvres. Certes, une galerie privée n’est pas un musée et celles et ceux qui visitent et potentiellement achètent sont normalement des amateurs et amatrices averti-e-s. Mais tout de même, cela aurait aidé à mieux comprendre le postulat.

À la galerie Nosbaum & Reding, 
jusqu’au 18 janvier.

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