Peinture : Doigt dans l’œil

La galerie Clairefontaine consacre une exposition au peintre autrichien Oscar Bronner – un homme à la biographie et à la technique exceptionnelles.

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Formes et fond se mêlent dans une harmonie presque surréaliste.

La vie d’Oscar Bronner est faite d’allers et de retours. Non seulement entre différents lieux, mais entre différentes vies – il serait en effet difficile de ne parler que de « carrières » dans son cas. Né en 1943 à Haïfa en Israël, Bronner est élevé dans la bohème viennoise. Sa première incarnation est celle d’un journaliste à succès. En 1970, il fonde les titres « trend » et « profil », qui provoquent un tel enthousiasme que, en 1974, la concurrence du « Kurier » lui fait « une proposition qu’il ne peut pas refuser », comme il l’a décrite lui-même. Fort d’un portefeuille bien garni, Bronner part alors pour New York afin de se consacrer à la vie d’artiste. Ses peintures se distinguent déjà à l’époque par une technique particulière : au lieu d’utiliser des pinceaux, Bronner n’utilise que ses doigts. Une méthode fastidieuse et très physique, ce qui se voit dans ses tableaux, qui en quelque sorte transpirent l’effort de l’artiste pendant la création. Pourtant, en 1986, il retourne dans la cité impériale autrichienne, cette fois pour fonder un quotidien de référence qui existe encore de nos jours : « Der Standard » – pour, dit-il, donner enfin une presse de référence au public autrichien.

Pourtant, même ce succès ne l’empêche pas de revenir sur ses pas et de renouer avec la peinture. Depuis 2010, Bronner est revenu sur le marché de l’art. Alors que dans sa première phase new-yorkaise il se consacrait à des thèmes plus figuratifs – souvent des femmes, d’ailleurs -, le Bronner nouveau donne dans l’abstraction. Mais toujours avec la même technique tactile, juste avec plus de spontanéité. Une raison suffisante pour que les tableaux ne portent pas de titre, juste les dates de leurs créations respectives.

Dans l’exposition monographique que propose la galerie Clairefontaine, les formes voluptueuses prévalent. Toujours peintes sur un fond sombre, elles explosent carrément à l’œil du spectateur et retiennent son attention. Mais c’est surtout au détail qu’on reconnaît la touche originale de Bronner : de petites taches de couleur, tels des caillots de sang, presque invisibles à distance, mettent en évidence toute la complexité qui se cache derrière l’apparence et la composition plutôt simpliste des peintures.

Si certaines formes sont plutôt anthropomorphes, évoquant des êtres humains debout ou en train de faire l’amour, d’autres rappellent des fréquences radio, voire des galaxies lointaines. C’est clair : le spectateur est libre de voir ce qu’il veut dans les tableaux de Bronner. Ce qui compte, c’est l’esthétique et le savoir-faire unique d’un artiste qui a fait son chemin et qui a réussi à se construire une marque de fabrique reconnaissable entre toutes.

À la galerie Clairefontaine, 
jusqu’au 25 juillet.

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