Social : L’ère des bipartites

von | 18.09.2025

En coupant court aux négociations tripartites, le 3 septembre, Luc Frieden a repris la main sur les dossiers des pensions et des heures d’ouverture des commerces. Mais il ne satisfait ni les syndicats ni le patronat, dont il n’a pas su rapprocher les positions. Avec le risque de tendre le climat social, avertissent les syndicats.

Les syndicats prédisent un durcissement du climat social en accusant Luc Frieden d’avoir tué le modèle du dialogue tripartite. Sur les pensions, ils affirment avoir évitér le pire. (Photo : Giulia Thinnes)

Luc Frieden a-t-il tué le modèle social luxembourgeois ? À entendre les syndicats, la réponse est affirmative. En décrétant unilatéralement, dans l’après-midi du 3 septembre, la fin des négociations engagées en juillet, le premier ministre chrétien-social a rompu avec une méthode éprouvée de dialogue tripartite, qui a permis de dégager des compromis acceptables pour chaque partie depuis 50 ans. « La tripartite a été enterrée par le gouvernement », ont lancé la présidente de l’OGBL, Nora Back, et son homologue du LCGB, Patrick Dury, lors d’une conférence de presse tenue une semaine après ce troisième round de négociations qui a tourné court.

Le dossier des pensions figurera au centre de la campagne des législatives en 2028. Au moins le débat démocratique aura-t-il cette fois lieu, contrairement à 2023.

S’ils se défendent de vouloir jouer la stratégie de la chaise vide dans les négociations à venir, OGBL et LCGB ont cependant annoncé qu’ils ne participeront plus aux réunions du CPTE, le Comité permanent du travail et de l’emploi. Ils affirment ne pas vouloir « servir d’alibi » à des décisions écrites d’avance par le ministre du Travail, Georges Mischo, dont ils disent pis que pendre. Les négociations sur le temps de travail sont donc dans l’impasse. En tout état de cause, les deux syndicats ne prévoient pas, pour l’instant, de nouveaux échanges avec le patronat, alors que leurs divergences restent entières. « La faute à Luc Frieden », accuse Nora Back, reprochant au premier ministre son incapacité à concilier les positions des uns et des autres. Les deux responsables syndicaux estiment que le seul interlocuteur possible est dès lors le gouvernement, puisqu’il décide seul, « sans prendre en compte les positions des partenaires sociaux », insistent-ils. C’est ainsi que l’on passe de la tripartite à la bipartite.

Lors de la manif du 28 juin.Lors de la manif du 28 juin.

Avertissant que la période qui s’ouvre sera marquée par un climat social plus tendu, les syndicats promettent de changer leur façon de travailler et d’imaginer de nouvelles formes d’action, qu’ils n’ont pas encore détaillées. Une autre manifestation nationale est-elle à l’ordre du jour ? S’ils ne s’interdisent rien, ils se montrent néanmoins prudents dans l’immédiat, ne voulant pas prendre le risque d’une mobilisation moindre que celle du 28 juin.

Le succès de la manif a pesé sur les décisions de Luc Frieden, affirment-ils. Cela paraît assez juste sur les pensions, pour lesquelles l’augmentation des cotisations comptait parmi les revendications des syndicats. Dans les semaines à venir, ils devront toutefois s’atteler à expliquer à leurs membres la baisse de salaire de 0,5 % que ceux-ci subiront du fait de cette hausse, l’État et le patronat mettant l’équivalent dans la caisse. La mesure vient aussi heurter l’engagement de Luc Frieden, qui avait promis aux classes moyennes davantage de salaire net par rapport à leur brut.

Quoi qu’il en soit, l’interminable débat sur les pensions a finalement accouché d’une souris. Rien n’est réglé à long terme et le premier ministre a reporté la suite des négociations à 2030. Les pensions figureront donc au centre de la campagne des législatives en 2028. Au moins le débat démocratique aura-t-il cette fois lieu, contrairement à 2023. En revanche, sur les horaires de travail et sur l’ouverture dominicale dans le commerce, le patronat est mieux servi, même s’il se garde bien de le claironner sur les toits.

L’absence d’accord à l’issue du 3 septembre n’est cependant pas tout à fait pour déplaire aux syndicats. Ils estiment sortir de l’épreuve en position de force, leur capacité à critiquer les positions du gouvernement restant entière, puisqu’ils ne sont pas liés par leur signature. Le bras de fer se poursuivra donc, car le résultat est loin de les satisfaire, tant sur la forme que sur le fond. « La détérioration est moins pire que prévu  », reconnaît Nora Back.

Mais il n’y a effectivement pas de quoi faire rêver les salarié·es.

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