Neutralité du net: Comment Trump a tué le web

La FCC (Federal Communications Commission), l’autorité de régulation des télécoms américaine vient de mettre à mort la neutralité du net, autorisant les fournisseurs à varier les vitesses de téléchargement ou à bloquer des sites concurrents.

Il a bonne mine : Ajit Pai, le fossoyeur de la neutralité du net américain. (© Wikimedia)

Ajit Pai est un drôle de gus. Catapulté à la tête de la FCC par Donald Trump, il n’est pas étranger à la maison, puisqu’il a commencé à y travailler sous l’ère Obama (sur une recommandation du républicain Mitch McConnell, le Majority Leader au Sénat américain). Depuis sa nomination, il n’a pas cessé de prôner qu’abolir la neutralité du net serait une bonne chose pour la compétitivité américaine, n’hésitant pas à se ridiculiser dans une vidéo douteuse, où il danse avec une blogueuse connue pour ses théories conspirationnistes et d’autres personnes aux réputations sulfureuses pro-Trump.

Le problème avec cette vidéo est évident : elle ne réfute nullement les critiques bien fondées de cette décision. Selon les réglementations adoptées par l’administration Obama en 2015, la FCC devait garantir un accès égal et sans discrimination au net pour tout le monde. Ainsi, les opérateurs de télécommunications n’avaient pas le droit de réduire ou de manipuler la vitesse du trafic en fonction de la formule choisie par leurs client-e-s, ni de bloquer ou de cacher certains sites appartenant à la concurrence. Sans le principe de la neutralité du net, des géants comme Facebook ou Google n’auraient pas pu se faire remarquer et grandir pour devenir les multinationales qu’ils sont de nos jours. Démolir la neutralité du net revient donc à arrêter le progrès et la créativité dans l’anarchie du net. Le thème peut donc paraître ennuyeux, mais même des stars du « late night » américain, comme John Oliver, s’y sont collées pour expliquer les enjeux énormes qui se cachent derrière les manigances de la FCC.

Pour les États-Unis, c’est donc cuit. Et en Europe ? Ce n’est pas comme si nos opérateurs n’avaient aucun appétit à réduire les libertés des consommateurs et consommatrices : la Telekom allemande est par exemple toujours en train de tester les limites. De l’autre côté, des activistes et des médias engagés comme « La quadrature du net » en France et « netzpolitik.org » en Allemagne se mobilisent pour sensibiliser le public et faire pression sur les politiques pour qu’ils ne se laissent pas embobiner par les fournisseurs d’accès à l’internet.

De même au Luxembourg, où pas moins de trois organisations (Chaos Computer Club Lëtzebuerg, Frënn vun der Ënn et Freifunk Lëtzebuerg) viennent de publier un communiqué dans lequel elles rappellent entre autres la prise de position de la Commission européenne sur Twitter, où celle-ci s’engage sans conditions à soutenir un internet libre et accessible à tous. Pourvu que ça dure !


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