AFFICHES: La dissidence illustrée

La Galerie Terres Rouges, située au beau milieu de la Kulturfabrik à Esch, expose des affiches qui témoignent des luttes sociales et sociétales des années 68 et après.

Même l’époque pré-68 est prise en considération, car les premières émanations d’un esprit critique apparaissent bien avant cette date. Mais avant, il faut bien se recadrer dans le contexte des années 60 au petit Grand-Duché de Luxembourg. C’est que de cette époque on a tendance à retenir les jeunes gens portant des T-Shirts avec des logos de paix, une fleur attachée aux longs cheveux etc? On oublie souvent que ces années étaient aussi une période extrêmement morne. L’évolution morale de la société était en suspens, toute dissidence était vite étouffée par la peur du Russe, les machinations idéologiques de la presse catholique et le repli identitaire des Luxembourgeois.

Un atout de l’exposition est de ne pas expliquer le contexte dans lequel les images étaient produites, mais de les laisser parler, même si certains panneaux auraient besoin d’une explication supplémentaire à l’adresse de celles et de ceux qui n’étaient pas encore nés à l’époque. Mais l’histoire y gagne. En défilant devant les panneaux, on peut vite identifier les thèmes récurrents : l’anticléricalisme semble avant tout avoir été un facteur mettant tout le monde d’accord. Ce qui peut étonner, car de nos jours, les choses en matière de séparation de l’église et de l’Etat n’ont pas tellement évoluées, alors que l’anticléricalisme de base n’est plus vraiment à la mode. Un signe qu’à l’époque, la société était peut-être un peu plus sur le qui-vive et ne rechignait pas à s’engager. Car l’engagement est un des facteurs-clés de l’exposition et aussi un des points où l’on remarque vraiment que les temps ont changé et que mai 68 est une époque plus révolue que certain-e-s ne le prétendent. Un autre thème qu’on trouve dans presque toutes les illustrations est l’anti-américanisme, vu à travers les bombardements au Vietnam.

Mais l’on s’en prend aussi à coeur joie au capitalisme, tandis que et contre certaines attentes, le communisme, s’il n’est pas traité de la même façon, n’est tout de même pas glorifié non plus. C’est surtout la naissance d’un nouvel esprit critique qui est bien documentée dans cette exposition. Les dessinateurs, dont certains sont bien connus du public pour d’autres travaux, comme Pit Weyer ou ceux qui continuent toujours leurs « méfaits », comme Guy W. Stoos, témoignent d’une époque où le rêve de construire une nouvelle société était une urgence joyeuse. Une leçon à retenir.

A la galerie Terre rouge de la Kulturfabrik encore jusqu`au 30 novembre.


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