EXPOSITION: Voyage vers la foi

L’exposition « Glaubenssache – Question de foi » qui ouvrira ses portes au public ce vendredi au musée d’histoire, répond à un besoin de plus en plus actuel : savoir comment articuler sa foi ou l’absence de celle-ci.

Objets de culte incongrus: à chacun sa croix…

Deux portes ont été installées devant l’entrée en verre du musée. Deux portes par lesquelles les visiteurs peuvent entrer et qui déterminent déjà ce qu’ils attendent de l’exposition « Glaubenssache – Question de foi ». Pourquoi ? Parce que la porte de droite porte l’inscription « Non-croyants », tandis que les croyants sont invités à prendre celle de gauche. Une première décision à prendre, avant même de commencer le parcours didactique et interactif que le musée propose en cette fin 2008.

« Cela fait déjà partie du concept », explique Marie-Paule Jungblut, historienne au musée et une des instigatrices de l’exposition. « Les visiteurs doivent décider tout de suite de l’angle sous lequel ils verront ce qui suivra. Nous voulons proposer à tout un chacun la possibilité de se confronter à ses croyances ». Faire de l’entrée le point de non-retour est une bonne initiative, qui force la confrontation. Une confrontation qui le plus souvent est éclipsée. « La question de la foi, parce qu’elle appartient pour beaucoup de personnes à la sphère privée, n’est que très difficilement abordable en public. Souvent, les gens l’ignorent. Ici, on les force à montrer aux autres et à soi-même ce qu’ils sont et ce à quoi ils croient ».

Pourtant, l’entrée en matière n’est pas tout. A la réception, chaque visiteur reçoit une clé-USB qu’il portera autour du cou durant l’exposition et qu’il introduira à différentes étapes dans des bornes. Sur les touch screens dernier cri, il devra répondre à des questionnaires sur sa foi personnelle, pour qu’à la fin du parcours, l’ordinateur lui dise dans quelle catégorie de croyance ou de non-croyance il tombe.

Mais d’abord il faut passer par les différentes étapes. Premier chapitre : confrontation aux chiffres officiels. Près de 80 pour cent des Luxembourgeois-e-s se désignent toujours comme catholiques, d’après les dernières estimations du Sesopi. C’est beaucoup, mais si on considère qu’en 1970 ce groupe était de 97 pour cent, tout se relativise, surtout qu’il semble bien que les brebis égarées se déclarent sans appartenance religieuse, car c’est le chiffre qui a le plus augmenté. La religion est peut-être immobile – c’est selon – mais le fait religieux ne cesse de bouger. Cela est démontré aussi par les chiffres concernant les autres religions : les musulmans, les néo-apostoliques et autres fois ont toutes progressées. « Le Luxembourg est en voie de devenir une société multireligieuse. Il faut garder cela en tête. Cette exposition veut montrer le fait religieux tel qu’il est », commente Marie-Paule Jungblut.

Après cela, le visiteur a droit à un premier questionnaire, truffé de questions-piège comme « A quelle église appartenez-vous ? » – Le quidam luxembourgeois est bien sûr tenté de répondre par catholique, croyant ou non. Et déjà une révélation sur notre façon d’envisager la religion?

Puis viennent les profils religieux – des vidéos de personnes qui révèlent leur foi ou les raisons de leur athéisme, et en même temps peut-être aussi un – sinon le seul – point faible de l’exposition : c’est qu’elle est importée de Suisse. Point faible non pas parce qu’une exposition entièrement luxembourgeoise aurait été mieux faite – tout au contraire, le concept élaboré par le Stapferhaus à Lenzburg est très pertinent – mais parce que le visiteur luxembourgeois est immédiatement arraché de son profil d’identification avec la question. L’exposition au Stapferhaus, une maison d’art publique, était d’ailleurs un grand succès, comme le confirme Beat Hächler, présent au montage de l’exposition. « Nous avons seulement dû changer la première pièce », ajoute-t-il, « en Suisse, nous avions un panneau par confession et la taille correspondait au nombre d’adhérents. Au Luxembourg, on a abandonné cette idée, quand on a su que 80 pour cent des gens se disaient catholiques, cela aurait donné des panneaux trop minuscules pour les autres confessions ».

La vierge sans habits.

« D’un autre côté, cela ouvre des perspectives », argumente Marie-Paule Jungblut, « car la Suisse est un pays multireligieux et le Luxembourg du futur y ressemblera. Ainsi, en s’identifiant avec les Suisses on pourra entrevoir à quoi ressemblera notre société dans une bonne dizaine d’années ». Ce qui est vrai aussi, d’autant plus que les vidéos sont sous-titrées : pas besoin de comprendre le schwyzerdütsch pour poursuivre.

Les stations suivantes sont toutes dédiées aux pratiques spirituelles : la prière, la coutume et les services religieux. Du plus intime au plus public, on peut suivre différents personnages dans leurs pratiques. Et les résultats sont souvent étonnants. Découvrir le réveil d’une famille suisse qui appartient à une croyance genre new-age, où la mère réveille ses enfants avec des sons de flûte pour qu’ils « sentent l’énergie qui est dans tout », peut vous faire oublier les mauvais souvenirs des pieds gelés sur les bancs d’église et même regretter les chuchotements incompréhensibles de votre curé local.

La dernière partie du parcours est par contre axée sur notre petit pays. D’abord, un mur illuminé par derrière montre des objets de foi. Il s’agit de dons ou de prêts anonymes de personnes appartenant ou non à une religion. On y trouve une bûche de bois, beaucoup de kitsch catholique en plastique, des croix, des corans, des ménorot et même un bouquin de L. Ron Hubbard, le fondateur de la secte de la scientologie. La diversité de ces objets, les différents degrés d’usure, les matières plus ou moins nobles, l’importance qu’on peut leur donner reflète la réalité du fait religieux : qu’il est beaucoup plus complexe que ce que nous croyons.

Finalement, le visiteur a droit aussi à des pièces qu’il n’a probablement jamais vues d’aussi près : les habits et cadeaux qu’ont offert les croyant-e-s à la vierge Marie au cours des six derniers siècles. « C’était une bonne occasion pour nous de montrer ces pièces historiques, sans que l’on puisse nous reprocher d’être un musée diocésain », commente Jungblut. Le culte de la vierge, la consolatrice des affligés, a gagné le Luxembourg au 15e siècle suite aux guerres religieuses de la Réforme et tient une place importante dans la définition du culte jusqu’à nos jours. A part les objets, on a aussi droit à un vrai défilé de mode. Sur des mannequins automatisés circulent en rond les différents habits de la statue de la vierge, vénérée chaque année par les fidèles lors de la procession de l’octave. Pour celles et ceux qui ne s’intéresseraient pas à ce spectacle : c’est aussi l’occasion unique de voir une réplique de la statue originale? sans vêtements !

La toute dernière partie est reservée aux querelles religieuses du moment. Trois thèmes ont été invoqués : l’enseignement des valeurs à l’école contre la prépondérance du catéchisme, le respect imposé ou non pour des signes d’appartenance religieuse et puis une question qui occupera sûrement le Luxembourg à l’avenir : les Luxembourgeois toléreraient-ils un centre culturel islamique pourvu d’un minaret dans leur voisinage ? Pour chacun des points, l’opinion de personnes publiques qui s’opposent sur ces questions a été pré-enregistrée et peut-être écoutée. On y trouve les usual suspects comme Jacques Wirion (qui d’ailleurs animera quelques débats et conférences dans le sillon de l’exposition) ou encore Jean-Louis Zeyen, le coordinateur des catéchètes et même François Biltgen qui a délaissé le rôle de ministre du travail, pour endosser l’habit du ministre des cultes.

Mais la grande surprise est réservée pour la fin : le moment où le visiteur se fait calculer son profil religieux par l’ordinateur. Etonnements garantis, car même dans l’âme la plus noire se cache parfois un tantinet de religiosité. « Je pense que l’exposition a été conçue pour les croyants, car ce sont leur pratiques qui sont illustrées ici. Mais elle apporte autant aux athéistes, car en fin de compte ce qu’on veut faire passer, c’est un message de tolérance et de respect envers toutes les croyances. Nous voulons au mieux que notre travail invite toutes les personnes à réfléchir sur leur emplacement dans la société », juge Jungblut.

En tout cas, elle ne passera pas inaperçue dans ce début 21e siècle où le spirituel est en train de gagner du terrain.

Plus d’infos : www.mhvl.lu


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