PEINTURE: L’Amérique vivante

En entrant dans la petite galerie Nordine Zidoun, situé dans un des coins de la petite place de Strasbourg dans la capitale, on est frappé par la violence du grand tableau qui accueille le visiteur. On dirait qu’une rencontre entre Jérôme Bosch et Andy Warhol avait eu lieu dans un endroit sans temps ni espace et que ce tableau est un produit de cette rencontre. L’oeuvre, baptisée « Circoncision » par son auteur Jin Meyerson, n’est pas seulement énorme par ses dimensions et ses couleurs criardes, mais aussi par sa thématique. Autour du bébé qui est sur le point de perdre son prépuce, s’amoncelle une spirale de gens, faisant de l’enfant le point calme au milieu d’une tornade humaine. En dessous de lui se trouvent encore des silhouettes humaines, mais plus petites car entassées dans le récipient dans lequel le bébé va être circoncis. Mais le détail le plus poignant ce sont des flammes en dessous du bébé qui se meuvent et semblent ouvrir une porte vers l’enfer. On le voit, la nouvelle peinture américaine a retrouvé son chemin vers le contenu sans pourtant abandonner les recherches formelles. La peinture de Jin Meyerson – d’origine coréenne mais élevé aux Etats-Unis – réunit toute une panoplie de techniques différentes développées durant ces dernières décennies : de l’acrylique, à la bombe de peinture en passant par le traitement informatique. Sa préférence pour les grands formats et les grands thèmes le met aussi bien en parallèle avec ses concitoyens américains qu’elle rappelle les peintres de la nouvelle école de Leipzig, notamment les oeuvres de Neo Rauch.

Le prochain artiste s’appelle Jeff Sonhouse et son art n’est pas moins coloré, criant et politique que celui de son compatriote Meyerson – juste qu’il y rajoute encore une petite touche d’ironie. Ses tableaux montrent tous des hommes noirs, totalement stéréotypés. A tel point que ce n’est que par leur chevelure qu’on devine leur couleur de peau, car celle-ci disparaît derrière des motifs décoratifs. Mais pour bien montrer le paradoxe qu’il peint, Sonhouse a choisi d’intégrer des vrais éléments dans ces tableaux : les cheveux sont faits d’allumettes et les manchettes de charbons, fixés au tableau. Apparemment, selon les dires de la galériste, l’artiste a pris l’habitude d’allumer ses tableaux lors des vernissages – inventant sur le chemin une nouvelle forme d’action painting. Pourtant, il ne semble pas encore être passé par le grand-duché, puisque ses oeuvres y sont toujours virginales.

Le troisième artiste de ce group show est Luis Gispert. Son dada est plutôt le photo-réalisme. Les deux tableaux exposés montrent tous les deux des cockpits l’un d’un avion de chasse qui s’approche d’une skyline américaine et l’autre – accroché au mur opposé – celui d’un camion devant un paysage désert. Si son approche est sûrement la moins originale des trois, on relèvera pourtant le haut niveau esthétique de ses travaux.

En tout cas, un détour par la galerie Zidoun n’est pas du temps perdu.

Luis Gispert, Jin Meyerson et Jeff Sonhouse, jusqu’au 14 novembre à la galerie Nordine Zidoun.


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