Au dĂ©but du 20e siècle, les amateurs de cinĂ©ma et de crĂ©ation commençaient Ă se rĂ©unir dans des clubs d’amateurs. A l’ère digitale, ces structures sont toujours existantes comme le prouve le festival Unica dans l’Ancien CinĂ©ma de Vianden.
Qui ne s’en souvient pas ? Les anciens films de famille ou des essais cinĂ©matographiques mi-sĂ©rieux, mi-anecdotiques qu’on regardait avec toute la famille – et pas toujours de plein grĂ© – avec les vieux projecteurs brouillants et une qualitĂ© sonore Ă peine discernable. En se dĂ©mocratisant, en devenant un outil de masse, l’industrie du cinĂ©ma a mis dans les mains de tout le monde la possibilitĂ© de tourner des films – jadis rĂ©servĂ©e aux cinĂ©astes professionnels. Ainsi naissaient partout dans le monde des clubs d’amateurs de cinĂ©ma, qui se basaient sur le modèle d’autres associations du genre. En plus de se montrer mutuellement les films qu’on avait rĂ©alisĂ©s et de pratiquer des compĂ©titions entre amateurs, ces clubs Ă©taient – et sont toujours – un espace social d’entraide au niveau des astuces comme sur celui du matĂ©riel.
Le Luxembourg n’a pas non plus Ă©chappĂ© Ă la tendance. Il y avait avant 1952 trois grandes associations de cinĂ©-amateurs : le « CinĂ© Amateurs Luxembourg », l’« Amateurs CinĂ©astes Esch/Alzette » et le « CinĂ©-Amateurs Roeserbann ». En 1952, ils fondent la « FĂ©dĂ©ration Grand-Ducale des CinĂ©astes Amateurs » (FGDCA), qui les regroupe tous. En tant que fĂ©dĂ©ration nationale, ils adhèrent aussitĂ´t Ă l’Unica, la fĂ©dĂ©ration mondiale du cinĂ©ma non-professionnel qui regroupe 33 pays au monde. Il faut ajouter aussi qu’en 1950, un congrès et un concours Unica s’Ă©taient tenus Ă Mondorf-les-Bains, le Luxembourg Ă©tant reprĂ©sentĂ© par l’Ă©phĂ©mère association des « CinĂ©astes Amateurs du Luxembourg » (Cal). Depuis, deux autres congrès Unica se sont tenus au Luxembourg en 1969 et en 2002, et le prochain rendez-vous des cinĂ©astes-amateurs au grand-duchĂ© est prĂ©vu pour 2011. Mais comment se fait-il que le Luxembourg soit si reprĂ©sentĂ© dans cet organisme international qui fait aussi partie de l’Unesco ? Surtout que depuis 2009, l’Unica est aussi passĂ©e sous prĂ©sidence luxembourgeoise – en la personne de Georges Fondeur, longtemps prĂ©sident de la FGDCA.
« C’est peut-ĂŞtre dĂ» Ă notre inoffensivitĂ© », estime Louis Schmitz, l’actuel prĂ©sident de la FGDCA. Et de continuer : « Si une grande nation a la prĂ©sidence, les rĂ©prĂ©sentants de celle-ci ont toujours tendance Ă apposer leur marque culturelle. Mais la majoritĂ© des fĂ©dĂ©rations membres prĂ©fère la neutralitĂ© de l’Unica. En ce sens, le Luxembourg est un garant d’objectivitĂ© ». Pour une fois que la non-ingĂ©rence profite?
Quant aux autres pays membres, il faut remarquer que la liste ne ressemble pas tout Ă fait Ă ce que l’on pouvait imaginer : « Parmi les Etats membres de l’Unica, on trouve des fĂ©dĂ©rations provenant d’Iran, de la Tunisie ou encore du Tchad et de la CorĂ©e du Sud. Par contre, les Etats-Unis ne sont plus membres depuis plusieurs annĂ©es. Mais cela fluctue beaucoup. Presqu’au mĂŞme moment oĂą les Etats-Unis se sont mis aux abonnĂ©s absents, nous avons pu gagner l’Argentine ». Le cinĂ©ma amateur serait-il en train de constituer un axe du mal ?
En tout cas, il n’est guère difficile de devenir membre de l’Unica : il suffit d’ĂŞtre une fĂ©dĂ©ration et de payer les quelques 75 euros de frais par an. « Ce n’est pas la mer Ă boire », prĂ©cise Schmitz, « MĂŞme si nous avons dĂ©jĂ eu le cas de la fĂ©dĂ©ration gĂ©orgienne qui se trouvait dans l’impossibilitĂ© de payer. C’est le ministère de la culture gĂ©orgien qui est intervenu pour payer la somme ».
Non-professionnels de tous les pays : Unissez-vous !
Mais qu’est-ce que le cinĂ©ma amateur aujourd’hui ? « D’abord, nous prĂ©fĂ©rons qu’on parle de cinĂ©ma d’auteur, le terme amateur ayant Ă©tĂ© jugĂ© trop pĂ©joratif, tout comme la mention de cinĂ©aste non-professionnel. MĂŞme si, pour pouvoir participer Ă un concours Unica, le film prĂ©sentĂ© ne doit pas avoir Ă©tĂ© exploitĂ© commercialement auparavant. Après le concours, toutefois, toutes les possibilitĂ©s sont ouvertes », raconte Louis Schmitz. Les genres de films d’auteur montrĂ©s aux concours sont très variĂ©s et en principe chaque contribution est acceptĂ©e. Ainsi au concours de l’Unica 2009, on trouve aussi bien des films de fiction, des essais cinĂ©matographiques ou encore des documentaires. Quid des films de vacances ? Car c’est bien la première chose qui passe par la tĂŞte Ă la seule mention de club de cinĂ©-amateurs : les bons vieux films sur le montage desquels le grand-père a planchĂ© des soirĂ©es entières, les trucages primitifs mais charmants pour les titres des films ou encore les passages interminables sur des poignĂ©es de mains avant un embarquement ou tout simplement les repas familiaux filmĂ©s de l’entrĂ©e au dessert. Et bien, on peut se rassurer : mĂŞme Ă l’Ă©poque oĂą il suffit quasiment d’un tĂ©lĂ©phone portable pour tourner un film, cette discipline existe toujours. « Pourtant, nous avons instaurĂ© un concours Ă part pour ces films et limitĂ© la durĂ©e des contributions Ă dix minutes. Sinon, ce serait un peu difficile Ă tenir », admet Louis Schmitz. Il y a mĂŞme un concours des meilleurs films « Rees a Vakanz », la dernière Ă©dition s’Ă©tant tenue en novembre 2009 au cinĂ©ma Scala de Wiltz.
Pourtant, mĂŞme si elle existe toujours, la FGDCA connaĂ®t quelques problèmes avec la nouvelle gĂ©nĂ©ration Ă laquelle il faudra passer le flambeau : « En effet, la majoritĂ© des adhĂ©rents a dĂ©passĂ© l’âge de la retraite. Pourtant, nous essayons toujours d’intĂ©resser la jeunesse Ă nos activitĂ©s. C’est pourquoi nous avons collaborĂ© avec le service national de la jeunesse (SNJ), dans le cadre d’un stage de jeunes Ă Eisenborn, dont le but Ă©tait de faire tourner des films aux jeunes qu’ils peuvent montrer en concours par après. Ce projet est mĂŞme soutenu par la section jeunesse du ministère de la famille et nous aide beaucoup Ă nous faire connaĂ®tre auprès des jeunes », raconte Louis Schmitz. Par ailleurs, cette collaboration a dĂ©jĂ portĂ© ses fruits : deux films de jeunes feront partie de la sĂ©lection luxembourgeoise pour l’Unica 2010, qui se tiendra en aoĂ»t dans la ville d’Einsiedeln en Suisse.
Celles et ceux qui dĂ©sirent avoir un avant-goĂ»t de ce que peut produire le cinĂ©ma d’auteur de nos jours, peuvent noter le 3 juin dans leurs agendas. Une tranche du palmarès du concours Unica de 2009 y sera prĂ©sentĂ©e Ă l’Ancien CinĂ©ma de Vianden. Car chaque annĂ©e, chaque fĂ©dĂ©ration reçoit un DVD avec les films primĂ©s qu’ils peuvent diffuser dans des salles Ă leur convenance. Le choix de la FGDCA s’est posĂ© sur l’Ancien CinĂ©ma de Vianden, surtout pour sa convivialitĂ© mais aussi parce que les nĂ©gocations avec une grande chaĂ®ne de cinĂ©mas luxembourgeoise n’ont pas abouti – le prix demandĂ© Ă©tant trop Ă©lĂ©vĂ© pour une asbl de surcroĂ®t non-conventionnĂ©e avec le ministère de la culture.
Finalement, il est assez intĂ©ressant de voir comment des structures que beaucoup jugeaient obsolètes continuent Ă exister et mĂŞme Ă passer le flambeau aux gĂ©nĂ©rations Ă venir. Car il serait tout de mĂŞme bien dommage qu’une telle tradition disparaisse sans laisser de traces. Surtout que, grâce Ă son « amateurisme », ce cinĂ©ma alternatif dans le sens premier du terme, a encore de beaux jours devant lui et la dĂ©mocratisation des moyens de production cinĂ©matographiques n’y est sĂ»rement pas pour rien.
Plus d’infos :
www.fgdca.lu
www.anciencinema.lu
www.unica-web.com

