RETRAITES: On reprend les mêmes?

Comme on pouvait s’y attendre, la réponse des ministres Asselborn et Di Bartolomeo sur la présence de producteurs de bombes à sous-munitions dans le fonds de compensation (FDC) a été lapidaire.

« (?) il ne peut en aucun cas être reproché au FDC d’avoir agi en connaissance de cause » – voilà comment les ministres de la santé et des affaires étrangères protègent les responsables du FDC de toute conséquence juridique de leurs actes. D’ailleurs la mention « en connaissance de cause » apparaît très souvent dans le texte de leur réponse à la question parlementaire posée par le député André Hoffmann (déi Lénk). Et pour cause : c’est elle seule qui peut innocenter le conseil d’administration du FDC et les responsables politiques, donc les deux ministres (voir aussi woxx 1073).

De plus, ils tentent de minimiser la faute en indiquant que les firmes incriminées ne représentaient que de 0,23 pour cent du total du compartiment de la Sicav gérant les « actions monde indexés », ce qui revient à la somme de 137.545 euros. Au vu des sommes énormes investies par le FDC dans la Sicav, cela peut effectivement paraître ridicule, mais comme le rappelle André Hoffmann dans le numéro actuel de la circulaire goosch.lu de cette semaine, c’est une affaire de principe et non de sommes investies.

En fin de compte, ce type d’argument rend les ministres plus ridicules qu’autre chose, puisqu’ils tentent de faire comprendre que ce qui s’est passé est certes hors-la-loi, mais reste tout de même dans l’humainement acceptable. D’autant plus qu’en ce moment une nouvelle campagne contre les bombes à sous-munitions (Basm) est affichée un peu partout dans le pays, pointant du doigt les pays comme les Etats-Unis ou Israël qui refusent toujours de signer voire de ratifier la convention d’Oslo.

Et le duo Asselborn-Di Bartolomeo de se féliciter que « le Luxembourg a été l’un des premiers pays à s’engager à interdire non seulement des armes à sous-munitions (?) mais aussi leur financement. (?) Le Luxembourg espère que son exemple va inspirer bon nombre de pays ». De beaux mots, mais il faudrait bien respecter sa propre législation.

Les ministres corrigent pourtant déi Lénk sur une des firmes présentes dans la Sicav, qui ne produit pas de Basm, mais refusent de voir le mal dont ils seraient responsables. « L’absence de critères concrets définissant un producteur de sous-munitions rend impossible la mise sur pied d’un répertoire de fabricants à l’image de ce que font certaines ONG ». Comprenez : ils ne savent pas eux-mêmes identifier un fournisseur de Basm, car comme le rappelle leur réponse ce « ne sont pas des compagnies qui produisent exclusivement des armes à sous-munitions, mais des firmes avec des portefeuilles très variés ». C’est absolument vrai : Lockheed Martin par exemple, une des firmes produisant des Basm, fabrique aussi des avions de combat, des missiles, flingues et radars en veux-tu, en voilà?

Mais passons. Dans le courrier ministériel se trouve aussi un petit mea culpa de la part des officiels puisqu’ils s’engagent à continuer « d’opérer en totale transparence et à améliorer les moyens pour prévenir les risques extra-financiers en imposant des restrictions d’investissements sur les sociétés agissant dans des domaines d’activité prohibés par la loi ». Et de promettre une « liste noire ». Certes, éloigner les firmes incriminées et promettre en plus de faire attention à l’avenir, cela sonne bien. Encore faudrait-il que ce soit crédible. Puisque, comme l’a rappelé André Hoffmann lors de la dernière conférence de presse à ce sujet : « La transparence, on nous l’avait déjà promise en 2009, lors d’une réunion entre la FDC et la commission parlementaire. Or, il apparaît maintenant que la FDC est tellement transparente qu’elle n’arrive même pas à voir quelles actions elle achète. »

Faut-il ajouter qu’Asselborn et Di Bartolomeo ont opposé un « niet » aux propositions de déi Lénk quant à revenir sur le financement des retraites par la spéculation, et d’investir cet argent dans le logement social ?


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