IMMIGRATION: Toute la misère du monde

Alors que le colonel Kadhafi est sur le point de noyer définitivement l’insurrection dans le sang, l’Europe et le Luxembourg paniquent devant le tsunami de réfugiés potentiel – alors qu’en fait ce n’est qu’une conséquence de leur politique.

Ce début 2011 doit être une période géniale pour les amateurs d’apocalypse, les mystiques de comptoir et autres fans de théories de conspiration. Tandis que le monde arabe est – partiellement encore – à feu et à sang, le Japon sombre dans un scénario proche de celui de la fin du monde. En même temps, l’Europe, cette grande hésitante, prend peur. Moins des rejets nucléaires nippons qui pourraient retomber sur elle, mais des flots de réfugiés qui pourraient bientôt inonder les côtes européennes. Ajoutez-y la montée de l’extrême-droite et du racisme dans beaucoup – trop – de pays de l’Union, vous obtenez la sauce nauséabonde dans laquelle on est en train de baigner.

Et au Luxembourg ? Avec son retard habituel, le grand-duché se rend compte qu’il se trouve bien obligé de se pencher sur cette nouvelle problématique. Ainsi le Collectif réfugiés Luxembourg (LFR) vient de publier une lettre ouverte aux autorités luxembourgeoises et européennes concernant la situation en Libye. Elle y rappelle notamment « que les exactions ciblent spécifiquement l’importante communauté étrangère présente en Libye, dont un grand nombre de réfugiés et de demandeurs d’asile ». On aurait pu y ajouter que si la Libye compte autant d’étrangers, c’est grâce à la politique européenne qui a préféré s’arranger avec le boucher Kadhafi pour qu’il retienne les vagues d’immigrants de l’Afrique sub-saharienne que de changer sa politique de la « forteresse Europe ». Or, il semble que cette « coopération » amicale soit compromise? En tout cas depuis que de plus en plus de dirigeants traitent Kadhafi comme un pestiféré.

Or que fait l’Europe ? Au lieu de se préoccuper du sort des gens en Libye, elle se demande comment retenir ces flux migratoires, comme s’en est plainte l’Asti dans un communiqué récent (voir page 5). D’ailleurs, il est intéressant de noter qu’une grande idée – surtout propagée par la France – dont on n’entend plus parler depuis le début des insurrections : celle d’une « Union pour la Méditérannée ». Mais il est vrai aussi qu’il était plus tentant de discuter en catimini avec des autocrates acquis aux voeux européens que d’écouter les revendications des nouvelles démocraties naissantes, qui pourraient compromettre les plans que l’Europe avait pour cette région du monde.

Et au Luxembourg, la bagarre de savoir qui va prendre en charge ces nouveaux migrants – si par chance ils arrivaient jusqu’à nous – vient juste de commencer. Dans le contexte d’un afflux accru d’immigrés de l’est de l’Europe, en majorité serbes, la ministre de la famille et de l’intégration avait tenté d’envoyer la balle dans le camp des communes, alléguant que celles-ci ne s’engageraient pas assez dans l’accueil des réfugiés. Dan Kersch, bourgmestre de Mondercange et président du Syvicol, réfute ces accusations : ce ne serait pas par manque de bonne volonté que les communes ne se plient pas au voeu de la ministre, mais par manque de moyens tout simplement. Et de mettre en cause la faillite des structures centralisées de l’Etat. S’il a raison sur ce point, puisqu’on emprisonne toujours les sans-papiers au grand-duché et que le centre de rétention n’a toujours pas ouvert ses portes, cela ne veut pas dire que sa démarche aidera beaucoup les personnes ayant besoin d’aide et que le Luxembourg – rappelons-le – est obligé d’assister en tant que pays membre de l’Union européenne et en tant que signataire de la convention de Genève. En clair, au lieu de se renvoyer la baballe, on ferait mieux de trouver des solutions pour savoir comment notre pays pourrait accueillir dignement un maximum de gens dans le besoin. Car, certes le Luxembourg, comme la France, n’a pas vocation à « accueillir toute la misère du monde ». Mais la phrase célèbre prononcée par Michel Rocard en 1990 ne s’arrête pas là, la deuxième partie dit clairement qu’il « doit savoir fidèlement en prendre sa part ». Alors, qu’est-ce qu’on attend ?


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