DESIGN: Index décadent

Parfois, la réalité donne la meilleure image de l’état d’une société. Ainsi, mardi après-midi dans la ville de Luxembourg, des contestataires agitaient drapeaux et pancartes devant la Chambre des députés, en espérant interpeller le secrétaire général des Nations unies, Ban-Ki Moon et d’attirer son attention sur le fait que le Camp Liberty en Irak est toujours sous contrôle de l’armée américaine. Une manif qui passa inaperçue des grands médias et ne rencontra pas vraiment d’écho chez les députés, ni chez le principal intéressé lui-même. Au même moment, à quelques centaines de mètres sur la place d’Armes, des petits troupeaux de touristes pérégrinaient entre les sculptures en acier de l’exposition « Index: Award ». Une exposition qui n’a rien à voir avec la patate chaude politique typiquement luxembourgeoise, sujet de sempiternelles querelles entre patronat et syndicats d’ailleurs. Non, « Index: Award » est une exposition qui se concentre essentiellement sur le design, destiné à améliorer nos vies, à ce qu’il paraît.

Et effectivement, dans les cubes nichés à l’intérieur des sculptures d’acier – vraiment anodines – le spectateur ou le flâneur peut voir des inventions récentes dont le but semble être de lier esthétique et utilité pratique. Pourtant, on voit très mal le lien entre un appareil destiné à empêcher les conducteurs de véhicules à tomber dans le sommeil derrière leur volant, un autre qui pourrait aider les patients atteints de cancer de la peau de se traiter chez eux à domicile, une boîte à chaussures qui fait également sac d’achats et une méthode d’apprentissage pour enfants du tiers-monde. Est-ce « Beau comme la rencontre fortuite, sur une table d`opération, d`une machine à coudre et d`un parapluie », pour répondre à la célèbre maxime d’Isidore Ducasse, alias le comte de Lautréamont ? Il est permis d’en douter, puisqu’ici, point de surréalisme mais que du très – voire trop – sérieux.

En tout cas, on peut entrevoir dans cette exposition qu’à défaut de réalisme, la ville de Luxembourg ne manque au moins pas d’optimisme. Et cela dans plusieurs domaines : primo, croire dans le progrès éternel et croire qu’il se trouve dans les belles choses est d’une belle naïvété. Et puis, un tel mélange de genres différents témoigne d’une insouciance non seulement par rapport à la cohésion interne d’une telle exposition, mais aussi par rapport au monde dans lequel on vit. En d’autres mots : c’est une belle preuve de décadence.

Sur la place d’Armes, jusqu’au 13 mai.


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