ARCELORMITTAL: Les deux visages de Lakshmi

Entre cure d’image, résultats en berne et désengagements stratégiques, le géant de l’acier semble tanguer – s’il n’est pas tout simplement en train de se casser la figure.

Quand des députés conservateurs se mettent à poser des questions qui pourraient être issus du parti déi Lénk au gouvernement, on sent que quelque chose va mal. Pourtant, cela a été le cas ce mercredi, quand le jeune député CSV Serge Wilmes a posé une question parlementaire au ministre de l’économie, le socialiste Etienne Schneider. Il cherche à comprendre pourquoi l’Etat n’a pas tenté de prendre le contrôle de Paul Wurth, alors qu’il a fait face cette semaine à deux désengagements : celui d’Arcelormittal qui a vendu ses 48 pour cent d’actions et le fonds Luxempart qui a vendu 11 pour cent. Sachant qu’il détient – par la SNCI et la BCEE entre autres – 40,8 pour cent de Paul Wurth, l’Etat ne semble donc pas intéressé à prendre les rênes au conseil d’administration de ce groupe tout de même hautement stratégique. Ainsi, le nouveau patron à bord du vaisseau Paul Wurth est le groupe SMS. Un groupe qui appartient à une holding allemande du même nom et qui est spécialisée entre autres dans la construction d’usines et de machines pour l’industrie sidérurgique.

Certes, les deux firmes sont très proches, apparemment même dans leur culture d’entreprise, comme s’est empressé de clarifier le communiqué de presse de Paul Wurth. Mais tout de même dans ses temps de crise, l’Etat luxembourgeois aurait pu être un peu plus protectionniste et empêcher d’emblée avec Paul Wurth ce qui est en train de se passer au niveau d’Arcelormittal. Car le groupe, en se séparant de ses actions Paul Wurth et en même temps de celles qu’il détenait dans le capital d’Enovos – qui ont été rachetées par l’assureur Axa – fait exactement ce que les pessimistes avaient prévu dès 2006 : il se désengage de ses promesses de s’installer durablement au Luxembourg et en Europe, non seulement en fermant des sites un par un, qu’il avait promis de rendre pérennes, mais aussi en vendant tout ce qui maintenant lui paraît « non stratégique ». Certes, il y a aussi des côtés positifs à ce mouvement boursier, car la mainmise d’Arcelormittal sur les industries partenaires de la sidérurgie n’est plus d’actualité.

Pourtant, les résultats du premier semestre 2012 qui viennent d’être publiés cette semaine laissent entrevoir une autre lecture de ce geste, celui d’une entreprise qui a besoin d’argent – et vite. Non pas pour combler ses ouvriers et employés de sites pérennisés ou du moins de plans sociaux – qui restent à la charge de l’Etat – mais pour garantir son rythme de croissance et cela surtout à son propre actionnariat. Qui, il y a quelques mois encore, s’est fait verser des somptueux boni lors de l’assemblée générale. Alors que son entreprise n’est pas au top et que les perspectives restent sombres quant à une reprise de la demande en Europe et au vu des pertes enregistrées par Arcelormittal, le patron Lakshmi Mittal continue à tresser sa propre légende qu’il inculque à tout son personnel de bord : tout va bien, on monte toujours et on ne regarde surtout pas les dégâts restés derrière nous. Comment expliquer autrement le fait que Lakshmi Mittal himself soit porteur de la flamme olympique – qui porte aussi son lot de valeurs éthiques ? Que les syndicats belges s’en soient offusqués n’est que compréhensible.

Le symbole de la démesure : l’Orbit Tower pour les JO de Londres, construit en partie avec de l’acier Arcelormittal.


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