PEINTURES: Collection transylvaine

Le musée Brukenthal de Sibiu-Hermannstadt en Transylvanie est unique sous plusieurs points de vue : premier musée public de l’Europe du Sud-Est de l’histoire, il réunit des chefs d’oeuvres de diverses époques, des peintures, des gravures, mais aussi des livres, des médailles, des timbres ainsi que des minéraux. Ce qui rend la collection Brukenthal d’autant plus intéressante, c’est le fait que les oeuvres ne sont plus présentées pêle-mêle comme dans un cabinet de curiosités, mais qu’elles soient regroupées par pays et par écoles de peintures, marquant ainsi les premiers pas de la muséologie moderne.

Certes, les tableaux présentés à la Villa Vauban ne représentent pas l’entière collection de l’ancien gouverneur de la Transylvanie auprès de l’impératrice Marie-Thérèse de Habsbourg, qui vécut de 1721 à 1803 et qui légua sa collection au musée portant son nom. En donnant au passage aussi sa demeure, un magnifique palais baroque au coeur de la ville de Sibiu-Hermannstadt, la capitale de la communauté germanophone des « Siebenbürger Sachsen » roumains, dont il était le porte-parole auprès de la cour. Et le fait que la ville de Luxembourg a choisi Sibiu-Hermannstadt comme ville partenaire en 2007, lorsqu’elle était capitale européenne de la culture, a certainement aidé à cette coopération.

Pour ce qu’il en est des tableaux exposés, le spectateur reste un peu sur sa faim, surtout dans les premières salles de l’exposition. Les chefs d’oeuvre se font attendre, et c’est surtout dans la dernière salle qui présente le célèbre « Massacre des Innocents » de Brueghel le Jeune – en fait une copie de l’oeuvre originale de son père, mais non moins précieuse et belle pour autant -, que l’exposition devient intéressante. Ce tableau cruel, qui reprend le massacre des enfants qui précédait, selon la Bible, la naissance du Christ, le transpose aux Pays-Bas, au moment de la Conquista espagnole, puisqu’il dépeint des soldats ibériques, aidés par des sbires mercenaires wallons, en train de tuer tous les enfants d’un village hollandais paisible et enneigé. Il prend ainsi en même temps une dimension historique et politique tout en restant dans le langage biblique. C’est certainement la pièce maîtresse de l’exposition, non seulement parce qu’elle est la plus connue, mais aussi parce qu’elle impressionne par son originalité.

Un autre moment fort se trouve dans la section italienne de la collection – qui se subdivise encore en une partie hollandaise et une allemande – avec le « Ecce Homo » de Titien ; la simplicité et l’humilité de cette représentation du Christ issue du 16e siècle est étonnante. Son visage est rendu de façon ordinaire pour permettre au spectateur de s’identifier à lui et à ses souffrances. Egalement dans cette section, un petit tableau de Véronèse « Tête d’un garçon » qui reprend le réalisme et la simplicité des traits à la mode à cette époque et contraste beaucoup avec le maniérisme flamand qui suit dans les autres salles.

En tout, c’est une belle exposition, puisqu’elle ne se concentre pas uniquement sur les oeuvres exposées, mais qu’elle raconte en même temps l’histoire du collectionneur, de son époque et de sa patrie souvent méconnue. Et surtout, elle peut livrer quelques anecdotes savoureuses. Ainsi, même à l’époque de Brukenthal on n’était pas à l’abri des falsifications : beaucoup de tableaux qui ont été vendus au gouverneur de Transylvanie comme étant des originaux de Dürer, de Cranach ou d’autres grands maîtres se sont avérés être des faux. Comme quoi, rien ne se crée et rien ne se perd.

Brueghel, Cranach, Titien, Van Eyck, à la Villa Vauban, jusqu’au 14 octobre.


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