SYNDICATS: Le martyre

Le syndicat chrétien se dit martyrisé par l’OGBL. Il oublie toutefois de mentionner ses propres péchés et se voile la face devant un processus inéluctable.

Il est coutume d’appeler de ses voeux un automne « rouge » ou « chaud » dans l’espoir d’assister ou de participer à des luttes sociales massives qui feraient reculer gouvernement et grand patronat. Mais sur le front syndical luxembourgeois, en ce début d’année 2013, il vaudrait mieux parler d’hiver « glacial », même si jusqu’à présent, les températures sibériennes nous ont été épargnées. Ainsi donc, le syndicat chrétien LCGB n’est pas content et son président l’a fait savoir cette semaine à l’ensemble du pays. Depuis trop longtemps, il se tairait devant le martyre que lui ferait subir l’OGBL, plus grand et plus fort que lui. Tout cela en prévision des élections sociales qui se dérouleront dans quelques mois, le 13 novembre de cette année. De surcroît, la stratégie de l’OGBL serait de forcer la création d’un syndicat unique. Et devant le refus d’unification du LCGB, l’OGBL se serait mis en tête de le rendre superflu en le marginalisant.

Cela ne serait d’ailleurs pas étonnant. On peut évidemment déplorer les conflits intersyndicaux alors que le grand patronat, crise aidant, se sent en position de force comme jamais auparavant et le fait savoir aussi bien dans ses paroles que dans ses actes. Mais dans un tel contexte, si la collaboration et la solidarité entre syndicats seraient de mise, il ne faut pas pour autant perdre de vue que leur combativité est toute aussi précieuse. L’OGBL est certes critiquable en maints points. Toutefois, le LCGB ne devrait pas fermer les yeux devant ses propres manquements. Le président de l’OGBL, Jean-Claude Reding, n’aurait estimé le nombre d’adhérents du LCGB qu’à 36.000 (contre 60.000 pour l’OGBL). Dury lui rétorqua cette semaine qu’il en compte en réalité 39.000. Soit. A 3.000 membres près, il n’y a pas de quoi fouetter un chat. Mais il y d’autres chiffres, tout aussi réels : les résultats des dernières élections sociales. En 2008, l’OGBL rafla la majorité absolue des sièges à la Chambre des salariés avec 36 sièges sur 60, contre seulement 16 pour le LCGB. La défaite était cuisante. Le scénario était similaire concernant l’élection des délégations de personnel, même si le décompte, en raison de la multitude de listes « indépendantes », était bien plus complexe et plus approximatif. Mais dans le scénario le plus favorable pour le LCGB, il n’était devancé « que » de plus ou moins 800 délégués.

Il y a plusieurs raisons pour lesquelles le LCGB perd du terrain. L’une d’entre elles repose dans la mutation des syndicats en organismes développant de plus en plus de « services » aux membres. L’OGBL étant en effet la plus grande des centrales, l’adhérent peu politisé mais pragmatique choisira le syndicat le plus visible et disposant des meilleurs leviers d’action. Mais il y a aussi la question des prises de position. Ce que Dury a confirmé lors de sa diatribe : l’OGBL s’est opposé de manière plus claire au gouvernement et aux organisations patronales lors de la manipulation de l’index. Il a mené la fronde contre la réforme des retraites, alors que le LCGB, en plus de se tenir à l’écart et de s’isoler complètement, a tenu des positions plus timorées. Finalement, les déclarations de Dury, l’année passée, laissant supposer qu’il voudrait monter le secteur privé contre la fonction publique, ont semé le trouble même parmi ses troupes. Sans parler évidemment du triste chapitre concernant ProActif ainsi que le comportement des députés CSV issus du syndicat chrétien (Spautz, Kaes, Weber). Les atermoiements de ce syndicat, conçu historiquement afin de diviser la classe ouvrière, ne changeront pas grand-chose à son déclin. Dans une logique de long terme, l’OGBL n’a pas tort d’accélérer un processus inéluctable. Il lui restera toutefois une tâche bien plus importante dans les années à venir : organiser la lutte du salariat, une lutte qui doit aller au-delà des manifestations. Une bataille sans répit que le patronat a déjà bien entamée.


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