Cette fois, en finir avec la démocratie

Parfois, des fictions peuvent vous glacer le sang – surtout si elles sont basées sur des faits réels. Ce qui fonctionne dans le registre du roman policier et du thriller devrait fonctionner davantage avec un livre éminemment politique. Susan George, la présidente d’honneur d’Attac France, s’essaie déjà pour la deuxième fois à cette formule avec « Cette fois, en finir avec la démocratie. Le rapport Lugano II ». La fiction dans ce livre ne fait office que de cadre, les chiffres et les faits relatés sont tous réels et référencés par d’abondantes notes de bas de page. Dans une villa luxueuse avec vue imprenable sur le lac de Lugano en Suisse, une poignée d’intellectuels triés sur le volet est réunie par les plus riches des riches. Profitant d’un anonymat absolu, ces grands penseurs peuvent s’exprimer sans retenue sur des sujets brûlants et donner à leurs mandants des instructions précises sur comment survivre à la crise financière tout en en profitant pour devenir encore plus riches qu’avant.
Et les intellectuels ne sont pas en reste : reprenant une partie de leurs prédictions parues dans le premier rapport Lugano (qui date de 2003), ils constatent qu’ils ont eu raison sur pas mal de points et que là où ils se sont trompés, ce n’était jamais au dépens de leurs mandants. Ainsi, ils démontrent chiffres à l’appui que malgré – ou plutôt à cause de – la crise, le nombre de riches et d‘hyper-riches s’est multiplié. Et cela grâce à plusieurs facteurs : des institutions internationales comme le FMI, qui sont tellement acquises à la cause néolibérale qu’elles se défendent même de penser à des solutions alternatives et forcent d’autres organismes comme la Réserve fédérale américaine ou encore la Commission européenne à ne pas exécuter des politiques financières qui vont à l’encontre de l’intérêt des riches. Des riches qui, grâce à des lois d’exception, peuvent toujours mieux se cacher derrière des multinationales sans visage et qui peuvent compter sur les mouvements de base comme le Tea Party aux Etats-Unis pour ne pas souffrir de la pression fiscale qui devrait – si le monde économique avait encore un tantinet de bon sens – s’abattre sur eux.
Mais Susan George va plus loin dans ses conseils pour les ultra-riches : pour fortifier leur position, ils ont besoin de faire disparaître certaines fictions auxquelles le peuple est attaché, comme les droits de l’homme – un héritage des Lumières. A la place, elle propose d’instaurer définitivement le modèle élitiste néolibéral qui ne donne plus qu’un seul droit : celui de rêver de la richesse des autres. Pour y arriver, elle propose d’amplifier les tensions qui existent entre moins riches et carrément pauvres, pour qu’ils se détournent de la classe des ultra-riches. Ceci en leur inculquant des petites jalousies sociales et surtout en laissant entrer des idées d’extrême droite dans le mainstream politique aux dépens de la démocratie. Pour résumer, on peut dire que la vue d’ensemble qu’offre « Cette fois, en finir avec la démocratie » est un vrai cauchemar – malheureusement bien réel.


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