EXPOSITION DE GROUPE: Décadence

L’exposition des peintures de Martina Fischer et des sculptures d’Edouard Hervé démontre que parfois, mélanger les styles et les artistes n’est pas la meilleure idée.

Ce n’est certainement pas une grande, mais tout de même une petite déception que cette nouvelle exposition à la galerie Covart. Une galerie qui avait habitué ses visiteurs à des découvertes hors du commun, comme celle de l’artiste graffiti Kool Koor par exemple. Mais la nouvelle exposition ne fonctionne pas vraiment. D’abord les peintures de l’artiste allemande, originaire du lac de Constance, Martina Fischer. Ses toiles froides et géométriques n’ont pas assez de force pour convaincre. Certes, elle mêle habilement l’abstrait et le figuratif ; pourtant, les compositions qu’elle propose donnent une impression de déjà-vu. A l’ère numérique, inventer des formes géométriques, même en trois dimensions, n’est pas vraiment de l’art – du design tout au plus.

Et encore, cela dépend des goûts. Car l’impression que laissent les peintures de Martina Fischer est plutôt celle d’un kitsch, certes assumé par l’artiste, mais cela reste du kitsch. Franchement, cela rappelle certaines tapisseries de mauvais goût en vogue dans les années 1980. Ou des artistes locaux qui ne remplissent leurs toiles qu’en guise de passe-temps.

Et cela est malheureusement vrai aussi pour les sculptures d’Edouard Hervé. Des compositions abstraites comme il les façonne, on en a déjà vu et on en verra encore. On se demande ce qui a poussé l’artiste à se concentrer sur une voie où depuis longtemps tout a été dit et tout a déjà été fait. Il manque d’audace et de pertinence, surtout dans un monde où l’art contemporain devrait répondre aux interrogations du moment. Mais Hervé semble se prévaloir de sa tour d’ivoire et nous proposer ses méditations de pierre. Et certes, le texte accompagnant l’exposition a beau nous raconter comment les bronzes de l’artiste évoquent « la mer et l’infini », elles pourraient aussi bien symboliser des microbes, des virus, peut-être même des calligraphies en trois dimensions d’une écriture mésopotamienne disparue il y a des millénaires. En bref : cela pourrait être tout et n’importe quoi en même temps, car les sculptures en soi n’ont pas assez de force évocatrice pour que l’âme du spectateur se libère vraiment.

En ce sens, il est regrettable que cette exposition essaie de conjuguer deux artistes dont les oeuvres ne fonctionnent pas ensemble. La seule chose qu’ils partagent est ce manque de contexte, de lien avec le monde du dehors et de pertinence artistique. Et cela, dans un monde contemporain en crise permanente et soumis à des bouleversements incessants, c’est tout simplement décadent dans le premier sens du terme : celui de tomber. Et dans ce cas précis, cela veut aussi dire tomber hors du cadre de la réalité.

A la galerie Covart, jusqu’au 27 avril.


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