Pauly Claude: Input in petto

von | 19.10.2001

Musicien, cameraman, crĂ©ateur publicitaire, parolier – Claude Pauly a plus d’une corde Ă  son arc. Nous lui avons rendu visite Ă  la fin de l’Ă©tĂ©.

Claude Pauly
Photo: Christian Mosar

SCENE LUXO

Dans les profondeurs de l’herbe devant la maison une paire de baskets reçoit comme chez d’autres un nain de jardin. Une averse d’Ă©tĂ© vient de tomber et l’herbe haute est humide. Le musicien ouvre la porte avec un crâne en main – une impression danoise? A l’intĂ©rieur, d’autres figures en argile ont toutes les formes, toutes les tailles, figurent en bref des rĂ©flexions plastiques qui combattraient le mal de tĂŞte. Dessins et modelages pour formuler des souhaits insensĂ©s. Claude Pauly fourre ses doigts dans sa poche, palpant son crâne – il dira que la musique doit ĂŞtre agrĂ©able Ă  la tĂŞte comme aux hanches.

Le rez-de-chaussĂ©e de sa maison est rempli de meubles d’occupants silencieux, voire inexistants; lui habite au premier, oĂą serpente un petit fumet de bâton d’encens. Des tons exotiques, des bleus, des rouges, des verts, des jaunes, des posters hindous et des divinitĂ©s contorsionnĂ©es au dessus du radiateur. C’est il y a 21 ans – Ă  la sortie d'“Apocalypse Now“ – que Claude Pauly a dĂ©cidĂ© de se consacrer Ă  la musique.

Claude Pauly: Il faut un courage titanesque pour se bouger le cul au Luxembourg, car que l’on fasse un travail crĂ©atif ou non, c’est tout Ă  fait indiffĂ©rent. Il n’y a pas d’inputs.

Qu’est-ce que c’est?

C’est un terme technique „mettre dedans“, entrĂ©es de donnĂ©es dans un système informatique, de signal dans un dispositif Ă©lectronique. Une nourriture qui pousserait Ă  travailler. Ce qui me plaĂ®t ici, c’est le paysage!

Vous ne vivez pas de vos compositions, respectivement arrangements ou des concerts?

Non, ma principale source de revenus est RTL oĂą je suis cameraman free lance. J’ai fait des jingles de radio ou des lancements publicitaires, par exemple pour Auchan. Ou l’habillage d’antenne d’Eldoradio. J’ai eu un premier prix du „National Summer Guitar Contest“ organisĂ© par le magazine spĂ©cialisĂ© „Soundcheck“ Ă  Fribourg en Allemagne. J’ai fait un CD Ă  Bruxelles aux studios CaraĂŻbes. Tous ces Ă©vĂ©nements musicaux, après ma formation au London Guitar Institute, ne me font pas vivre.

Pensez-vous que certains artistes ou certaines catĂ©gories d’artistes rĂ©ussissent mieux que d’autres Ă  subvenir Ă  leurs besoins ?

C’est impossible. 99 pour cent sont enseignants ou ont d’autres sources de revenus. Peut-ĂŞtre que certains peintres, qui vendront une ou deux toiles par an, ou certains acteurs y parviennent. Pour ce qui est des acteurs, auxquels il arrive de travailler dix heures par jour ou qui n’ont pas de vacances, ils sont quand mĂŞme dĂ©pendants de théâtres subventionnĂ©s.

Un musicien qui produit un CD pour se faire connaître, doit trouver un acheteur, un diffuseur et de préférence au-delà de la frontière.

Vous ĂŞtes pourtant rĂ©gulièrement sur scène …

Oui, j’aime beaucoup ça! Je me suis parallèlement produit avec des formations de jazz fusion, funk, rĂ©digĂ© une mĂ©thode „Thinking Guitar“ ou proposĂ© des confĂ©rences telle „Musik und Psyche“ avec le musicologue Georges Urwald, participĂ© Ă  Lola Blau, Taboola Rasa …

Quelle base commune avez-vous avec des musiciens de tout bord et d’âges diffĂ©rents?

Peut ĂŞtre des choix Ă©motionnels ou des antennes, des sensibilitĂ©s dĂ©veloppĂ©es en commun. Une vue des choses que l’on cherche derrière les apparences. La musique est un moyen pour transposer ce qui n’Ă©tait que des idĂ©es acadĂ©miques, des pistes Ă  dĂ©velopper. Mais le point intĂ©ressant rĂ©side dans l’opĂ©ration elle-mĂŞme.

Vous écrivez des chansons, interprétées par Sascha Ley. Pourquoi sont-elles toujours en anglais?

J’ai eu une phase d’Ă©criture de chansons, oĂą cela me faisait du bien de tourner autour de la musique diffĂ©remment. L’anglais me paraĂ®t la langue la plus mĂ©lodieuse et la plus concise aussi. Une formation telle „Claude Pauly Quartett“, ou „Garlicks“ ou, depuis peu, mon trio „Spire Trio“ (avec Sascha Ley et Marc Demuth), bref tout ce qui me touche avec des personnes qui s’investissent, j’espère en faire bon usage. J’ai parfois des regrets, dans des moments de crise, de ne pas avoir une formation plus poussĂ©e.

Et puis, Londres, quand j’ai Ă©tĂ© m’y inscrire, j’avais dĂ©jĂ  24 ans. Cela m’a rendu plus rĂ©aliste, j’ai Ă©tĂ© confrontĂ© sans cesse Ă  des Ă©vĂ©nements Ă©nergisants.

Etes-vous très narcissique?

Non, pas plus qu’un autre artiste.

Qu’est-ce qui vous touche le plus, qu’est-ce qui vous motive Ă  ĂŞtre crĂ©atif ?

A transmettre ce que je ressens.

N’ĂŞtes-vous pas très romantique?

Il y a une grande intensitĂ© Ă©motionnelle, mais romantique …? Je vais vous donner un morceau Ă  Ă©couter, que je ressens comme sombre …

Comment voyez-vous votre évolution ?

L’âge est dans la tĂŞte, j’ai concrètement Ă©tudiĂ© le jazz Ă  31 ans. Ces derniers temps, je sais mieux formuler ce qui me vitalise le plus – donc je veux garder constamment le lien avec la crĂ©ation. Et avoir autour de moi des gens qui sentent les choses comme moi.

Les images et la musique se rassemblent de plus en plus, pourriez-vous imaginer de mettre la caméra au service de la musique?

L’idĂ©al serait de combiner un rĂ©sultat attendu avec un acte crĂ©atif. Parfois vous Ă©crivez quelque chose qui ne vous plaĂ®t pas.

Dans ce cas, il faut le garder, prendre distance et puis reconsidĂ©rer la chose. D’kacht een Ă«mmer mat Waasser, mee vill a gudd, c’est ce qui importe.

Interview réalisée

Claude Pauly se produira avec le „Spire Trio“, le vendredi 26 octobre, au CafĂ© UBU, Esch-sur-Alzette.Claude Pauly: „La musique est un moyen pour transposer ce qui n’Ă©tait que des idĂ©es acadĂ©miques, des pistes Ă  dĂ©velopper.“

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