Klein Yvan: Points de vue

Dans l’évolution du phénomène de „la photographie créative“, chaque photographe revendique la spécificité de sa pratique dans le domaine de l’art contemporain. Cette identité créatrice apparaît totalement assumée par le photographe Yvan Klein que nous avons rencontré à l’occasion de la Triennale de la photographie luxembourgeoise contemporaine.

Yvan Klein: un photographe au regard satirique.
photo: Christian Mosar

Au début de son parcours de création, Yvan Klein a pratiqué la photographie comme moyen d’investigation du territoire personnel. Dans ce sens, la série des Herbes „photographiées au ras du sol, agrandies de façon extrême (…)“ a été très représentative de ses états d’âme. Il s’agissait d’un travail commencé dans le cadre de ces études auprès de l’ENSAV de la Cambre, à Bruxelles, formation qu’il a achevée en 1992.

A l’occasion de sa participation à la mission photographique „Paysages: Lieux et Non-Lieux“, commandité en 1995 par le Ministère de la Culture-Centre national de l’audiovisuel, il s’est essayé à la photographie de paysage. Il a choisi d’interpréter ce thème de façon très personnelle, en présentant des images d’arbres. Ce sujet lui a permis de „faire un travail sur l’équilibre des forces“.

La photographie d’architecture représente aussi une étape très intéressante dans son parcours artistique. C’est dans la série d’images produites en 1998, à l’occasion de l’exposition „Architecture & Photographie“, à la Galerie Clairefontaine de Luxembourg, que l’artiste pousse plus loin les qualités expressives de la photographie. La perspective conventionnelle, les lois de l’optique, et même l’équilibre des couleurs, sont rejetées. Ses images de bâtiments s’éloignent de la réalité objective, elles touchent plutôt à l’illusoire dans un jeu très subtil entre l’architecture réelle et les maquettes d’immeubles …

A présent l’artiste, qui vit et travaille entre Luxembourg et Bruxelles, partage son activité professionnelle entre la photographie pratiquée de façon créative et l’enseignement. Depuis la rentrée 2001, il participe à un programme de formation „d’opérateur médias“ au Lycée Technique des Arts et Métiers à Luxembourg, en donnant des cours sur le traitement numérique des images.

Yvan Klein est présent actuellement à la Triennale de la Photographie luxembourgeoise avec une série de douze photographies. Au moyen des grands tirages très colorés, montrés dans une séquence alternée, composée des fragments d’une foule et des éléments kitsch, ce travail nous décrit l’univers artificiel de la „Schueberfouer“. On est frappé par le côté satirique de son regard, surtout si on le met en parallèle avec celui des images réalisées au Japon, exposées récemment dans les mêmes espaces de la BCEE.

Il explique qu’en effet le séjour au Japon, en 1999, dans le cadre du projet „European Eyes on Japan“ (commandité par l’organisme „EU-Japan Fest Commitée“), a été pour lui l’occasion de développer une nouvelle façon de travailler sur les espaces des grandes villes et sur la foule. Ces images approchent de manière très directe la dichotomie „modernité – tradition“, qui caractérise le Japon contemporain. Son regard s’est arrêté, par exemple, sur les détails naturels des jardins traditionnels pour passer ensuite aux éléments artificiels: des fleurs en plastique et des autres objets aux couleurs criardes, en vente dans l’un des multiples centres commerciaux …

A la recherche d’un patrimoine culturel japonais dérivant des siècles de raffinement, il a retrouvé ces aspects „soit transformés en musées, soit retirés dans des lieux inaccessibles pour un étranger, (…) soit idéalisés à tel point qu’ils semblaient irréels et anachroniques face aux acquis de la vie moderne.“ Ses points de vue nous offrent constamment des correspondances de formes et de couleurs dans un jeu d’associations d’idées, qui est mis en évidence par la présentation de tirages sur le modèle des diptyques.

On retrouve dans le dernier travail d’Yvan Klein sur la Schueberfouer la même recherche aux niveaux des formes et des couleurs qui caractérise les images prises au Japon. Toutefois, étant transposée dans un contexte culturel complètement différent, cette recherche assume une nouvelle signification. L’artiste choisit de montrer le décalage entre l’abondance des objets matériels à la portée de toutes les poches et la pauvreté des plaisirs simples …

Le cadrage des personnages dans les photographies est plus serré pour exclure la tête et les pieds. Le photographe explique cette composition de l’image avec la volonté de rendre encore plus clairement l’anonymat d’une foule urbaine, finalement perçue comme solitaire.

Sandra Maria Petrillo

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La Triennale de la photographie luxembourgeoise a lieu du 26 novembre 2001 au 6 janvier 2002, à la Galerie d’Art Contemporain „Am Tunnel“ de la BCEE.


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