Kauffmann Nadine: J’ai tout pris en main

von | 15.02.2002

Nadine Kauffmann, jeune prof de saxophone, savoure le plaisir de jouer et celui d’enseigner. Mais elle voudrait aller plus loin et est tentĂ©e par une carrière de soliste.

Nadine Kauffmann, une saxophoniste passionnée qui sait franchir des obstacles avec une volonté incroyable.
Photo: Christian Mosar

SAXOPHONE CLASSIQUE

Nadine Kauffmann joue du saxophone avec une vĂ©locitĂ© et un entrain inouĂŻs au Luxembourg. Amplement nantie de diplĂ´mes glanĂ©s Ă  Luxembourg, Enschede, Bruxelles et Strasbourg, elle a tout naturellement dĂ©crochĂ© le poste de professeur au Conservatoire d’Esch-sur-Alzette. Mais elle ne veut pas s’arrĂŞter lĂ .

Parallèlement Ă  son activitĂ© dans l’enseignement musical, Nadine Kauffmann mène aussi une carrière de concertiste. Elle participe Ă  plusieurs formations de musique de chambre, et les orchestres nationaux et internationaux l’invitent de plus en plus souvent comme soliste. C’est qu’elle fait l’unanimitĂ©, comme on a pu le voir encore rĂ©cemment, lorsqu’elle subjugua un parterre de 500 personnes du milieu musical avec une prestation en solo fulgurante dans laquelle elle tira tous les registres Ă©motionnels possibles.

Repousser les limites

Tout a commencĂ© dans sa prime jeunesse, un peu par hasard: on lui avait, dans la fanfare locale, mis un saxo soprano entre les mains parce que c’Ă©tait de sa taille. L’affection pour l’instrument ainsi que pour la musique classique ont alors germĂ© spontanĂ©ment. „Il n’y avait pas de musiciens professionnels dans ma famille. Je ne sais pas vraiment comment est nĂ©e ma passion pour la musique classique. J’aime cela. C’est beau.“ Elle n’en est pas pour autant fermĂ©e Ă  d’autres genres. „J’affectionne la musique contemporaine, pour les espaces de libertĂ© qu’elle offre. J’aime bien dĂ©fricher des terrains inconnus et repousser les limites techniques du saxophone.“ Le jazz? „J’adore. J’ai pris des cours, mais je n’ai pas le temps de m’y plonger Ă  fond. Mon ami essaie actuellement de s’implanter dans la scène du jazz Ă  Bruxelles. Moi, je ne me sens pas vraiment comme une musicienne de jazz. Je suis peut-ĂŞtre trop organisĂ©e pour cette musique. Mais j’adore improviser, jouer librement, sans que ce soit forcĂ©ment du jazz.“ Et la musique pop? Elle esquisse un sourire. „Adolescente, j’ai trouvĂ© cela trop stupide. Maintenant, je suis moins impermĂ©able Ă  cette musique. J’aime bien Sting, Anastasia, Madonna, …“

La tranquille assurance d’ĂŞtre bien casĂ©e, Ă  25 ans, dans les structures douillettes d’une institution musicale n’a pas tari ses ambitions. „J’espère que tout ne fait que commencer. Je veux et je dois progresser. Tant d’enseignants que je cĂ´toie ne pratiquent plus vraiment leur instrument et ne se produisent plus en concert. Beaucoup d’eux n’ont jouĂ© qu’un seul grand concert il y a de cela des annĂ©es et continuent de rĂŞver toute leur vie de cet Ă©vĂ©nement passĂ©. Au Luxembourg, les bons salaires et la garantie d’emploi aidant, la facilitĂ© s’installe rapidement et on doit alors cacher ses faiblesses derrière ses diplĂ´mes et ses titres.“

D’un naturel appliquĂ© et gĂ©nĂ©reux, Nadine Kauffmann voudrait cependant changer lĂ©gèrement d’attitude. Depuis quelques mois, sa vie a radicalement changĂ©. Un accident de la route avait failli briser sa carrière Ă  peine entamĂ©e. Gravement blessĂ©e aux mains, plusieurs doigts fracturĂ©s, elle a dĂ» subir des opĂ©rations multiples dont la dernière ne remonte qu’au dĂ©but du mois de fĂ©vrier. Elle s’en est sortie grâce Ă  une volontĂ© de rééducation Ă©norme avec l’aide des spĂ©cialistes de l’hĂ´pital Jeanne d’Arc de Toul. „Cet accident m’a appris Ă  Ă©valuer l’importance des choses. Auparavant, j’avais trop d’activitĂ©s accessoires: organisations de stages, cours supplĂ©mentaires, jurys, travaux de secrĂ©tariat pour des associations et j’en passe. C’est drĂ´le, alors que je voulais aider tout le monde, j’ai perdu plein d’amis faute de temps privĂ©. Maintenant, je dĂ©couvre l’Ă©goĂŻsme, et la facultĂ© de pouvoir canaliser les Ă©nergies. Et puis, j’ai appris Ă  connaĂ®tre mes vrais amis qui m’ont soutenue lors de cette pĂ©riode de doute terrible. Mes Ă©lèves surtout m’ont redonnĂ© du courage“.

Canaliser les énergies

Nadine est enseignante par passion, et non seulement par nĂ©cessitĂ© Ă©conomique comme tant d’autres artistes. „Peut-ĂŞtre que j’y Ă©tais prĂ©destinĂ©e, puisque mon père Ă©tait instituteur. J’aime sincèrement mes Ă©lèves. Non, je ne voudrais pas laisser tomber l’enseignement, mĂŞme en cas de succès en tant que soliste. Mais avec mon instrument, une carrière exclusive de soliste n’est guère envisageable, cela est plutĂ´t rĂ©servĂ© aux violonistes et aux pianistes.“ Et pourtant, elle a un grand projet en chantier. En janvier, elle a enregistrĂ© Ă  Riga les grands classiques de la littĂ©rature pour saxophone, Glazounov, Ibert et Villa-Lobos, avec le Latvian Philharmonic Chamber Orchestra, sous la direction du chef d’orchestre luxembourgeois Carlo Jans. „J’ai tout pris en main, je voulais avoir le contrĂ´le total de la production: choix de l’orchestre, du rĂ©pertoire, des photos, du livret, etc … Je ne fais pas ce disque pour gagner de l’argent, mais pour avoir une sĂ©rieuse carte de visite sur la scène internationale. Il vaut mieux se lancer immĂ©diatement dans un grand truc que de balbutier un peu par-ci, un peu par-lĂ .“ Ce CD sortira dans quelques mois au Luxembourg chez Artevents, en attendant peut-ĂŞtre une distribution internationale.“ S’y ajoutent divers projets de musique de chambre ainsi que des collaborations futures avec d’autres musiciens, dont le pianiste David Ianni. „Je suis toujours Ă  la recherche de contacts avec les meilleurs musiciens, mais les gens motivĂ©s et intĂ©ressants sont trop rares au Luxembourg. David, lui, est pourtant de cette trempe. J’ai hâte qu’on commence Ă  travailler ensemble.“

Jitz Jeitz

Nadine Kauffmann se produira ensemble avec l’Orchestre „Les Solistes EuropĂ©ens Ă  Luxembourg“, le lundi, 25 fĂ©vrier 2002, Ă  20 heures au Conservatoire de la Ville de Luxembourg. Au programme, le concerto pour saxophone et cordes d’Alexander Glazounov, opus 109.

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