SYRIE: Les oubliés

Ces dernières semaines, l’attitude occidentale face au régime de Bachar al-Assad a enfin révélé son vrai visage : une farce. Et tandis que les grands médias cogitent sur le tango interventionniste, la population civile – au nom de laquelle ils prétendent agir – est laissée seule.

A-t-il gazé des innocents ou non ? Telle est la question simpliste derrière laquelle se cache une réalité mille fois plus complexe. Car dépeindre Bachar al-Assad comme un dictateur qui aurait son pays – ou du moins la partie encore occupée par ses troupes – sous contrôle est un leurre. Comme l’ont apparemment révélé les services de renseignement allemands, c’était l’armée qui pendant des semaines aurait réitéré sans cesse les demandes d’utiliser des armes chimiques. Ce ne serait donc pas le dictateur syrien qui aurait décidé de ce coup dans un bunker à Damas.

Car Assad, arrivé au pouvoir accidentellement, son frère désigné comme successeur étant décédé dans un accident, est le membre d’un clan avant d’être un despote. Cela le distingue d’autres qui ont su faire le vide autour d’eux, comme Saddam Hussein ou Muammar Kadhafi. Et cela rend la situation encore plus compliquée : car si Bachar est le visage du régime meurtrier, on ne peut pas vraiment être sûr qu’il soit seul à tirer les ficelles. D’autant plus qu’il a une raison de ne pas abandonner, et pas la moindre. Le fait que lui et son clan appartiennent à la minorité alaouite explique – mais n’excuse en aucun cas – son attitude intransigeante. S’il laissait tomber le pouvoir, les conséquences pour tous les alaouites seraient incalculables. En cas de poursuite de la guerre civile après la chute du régime Assad, lors d’une course au pouvoir plus que probable, rien ne serait exclu, même pas un génocide.

Et tandis que le patchwork ethnico-religieux qu’est la Syrie s’est embrasé depuis des années et qu’entre-temps on ne sait plus vraiment qui combat qui et que le poison islamiste s’est inoculé dans ces combats, c’est surtout la population civile qui trinque. Et elle s’en fout de savoir si la « solution russe » fonctionnera ou non. A défaut d’armes chimiques, le régime Assad dispose encore d’assez d’armes conventionnelles pour prolonger cette guerre de quelques années. Et cela aussi grâce aux – fallait-il le rappeler ? – livraisons d’armes des Russes. Les deux millions de réfugiés syriens le savent très bien, comme ils savent aussi qu’il faudrait un miracle pour sortir un tant soit peu indemne de ce bourbier. Et un de leurs espoirs serait sûrement de quitter leurs camps miséreux pour un exil dans un pays plus civilisé.

Il est à craindre que les heureux élus soient sélectionnés selon un critère qui, dans le pays d’où ils viennent, décide de la vie ou de la mort : la religion.

Une demande qui semble avoir été entendue jusqu’au Luxembourg, où le 28 août, le ministre de l’Immigration Nicolas Schmit a utilisé son compte Twitter pour faire part de son indignation face au massacre et de sa proposition d’accueillir 60 réfugiés syriens… en court-circuitant le gouvernement (encore) en place, mais cette période pré-électorale peut faire oublier temporairement l’ordre des démarches à suivre.

En tout cas, ce beau geste risque de raviver les vieux démons dans les villes et villages choisis par l’Olai et le ministère pour accueillir les heureux élus. D’autant plus qu’il est possible qu’ils soient sélectionnés selon un critère qui, dans le pays d’où ils viennent, décide de la vie ou de la mort : la religion, chrétienne de préférence pour ne pas effrayer les « honnêtes » Luxembourgeois. Le problème est qu’en agissant ainsi, on joue le même jeu que ceux qui tuent leur prochain à cause de sa religion. En ne sauvant que des chrétiens, le ministère entrerait dans la logique des belligérants syriens – et cela, malgré la noblesse du geste, serait bien déplorable.


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