Hammes Ernie: Au-delĂ  du top do

von | 26.07.2002

TournĂ©e mondiale avec l’orchestre de Maynard Ferguson, tournĂ©e des festivals d’Ă©tĂ© avec le bigband de Carla Bley: le trompettiste luxembourgeois Ernie Hammes vient d’entrer dans la cour des grands du jazz.

TROMPETTE ET RENOMMEE

Comment aborder une rencontre-interview avec un compère musical que l’on a senti arriver et qui maintenant salue gentiment de bien loin, de bien haut? S’y lancer avec comme catalyseur une bouteille d’un bon cru fait perdre en objectivitĂ©, sans doute, mais gagner en intimitĂ©… Surtout que l’Ă©picurisme d’Ernie Hammes ne se limite pas Ă  son amour pour le jazz et pour la trompette. „Dès que j’ai une soirĂ©e de libre lors des tournĂ©es, je pars Ă  la recherche d’un bon restaurant. Malheureusement, cela n’intĂ©resse guère les autres musiciens du groupe, tous des AmĂ©ricains; seul le manager partage mes goĂ»ts pour la bonne chère“. Question de culture, et peut-ĂŞtre aussi d’argent. „La rĂ©munĂ©ration est suffisante, mais je suis payĂ© beaucoup moins qu’au Luxembourg en tant que trompettiste au sein de la musique militaire. Je ne me suis pas lancĂ© dans cette aventure par esprit de lucre, mais pour glaner de l’expĂ©rience et pour essayer de nouer des contacts qui me permettront de voir encore plus loin.“

Le grand saut

La première rencontre entre Ernie Hammes et Maynard Ferguson, tous les deux trompettistes, eut lieu en 1995. Lors du concert de Maynard Ă  la „Zeltstad“, Ernie fut autorisĂ© Ă  enjamber la scène oĂą il s’est permis de placer quelques notes suraiguĂ«s, au grand Ă©tonnement de celui qui est considĂ©rĂ© comme un des spĂ©cialistes de ces sons stratosphĂ©riques qu’affectionnent tant les trompettistes. Quelques annĂ©es plus tard, la finesse Ă©tant venue complĂ©ter la puissance du jeu d’Ernie, Maynard Ferguson s’est souvenu de lui et lui a proposĂ© de rejoindre son orchestre. Mais avant de pouvoir parcourir le globe avec „l’un des derniers monuments vivants du jazz“, comme il qualifie lui-mĂŞme son patron, Ernie a dĂ» obtenir l’autorisation d’un congĂ© sans traitement et subir les tracasseries des autoritĂ©s amĂ©ricaines qui, suite aux incidents du 11 septembre, voient des menaces partout, de sorte que mĂŞme les soldats de leurs alliĂ©s deviennent des terroristes potentiels.

DĂ©but janvier 2002, il a enfin pu goĂ»ter Ă  la vraie vie d’artiste nomade, avec tout de suite une sĂ©rie de concerts aux Etats-Unis et en Australie. „C’est formidable de pouvoir se concentrer exclusivement sur la musique, alors que toute la logistique autour des concerts – les dĂ©tails techniques, les voyages, les rĂ©servations d’hĂ´tels – est organisĂ©e de manière impressionnante et sans faille. Mais les tournĂ©es sont assez Ă©prouvantes. La plupart des trajets s’effectuent de nuit en un bus spĂ©cialement amĂ©nagĂ©, avec couchettes, coin de cuisine, etc. Heureusement, l’entente au sein du groupe est bonne, collĂ©giale et professionnelle, de sorte que l’on parvient Ă  garder une certaine intimitĂ© malgrĂ© la proximitĂ© assez pesante. En fait, je m’entends le mieux avec Maynard. De plus en plus souvent, après les concerts, on entame les nuits en bus en partageant une bouteille de vin. Maynard est comme un grand-père sympathique, il nous prĂ©pare mĂŞme le cafĂ© le matin.“

La biographie d’Ernie regorge de grands noms du jazz, auxquels vient de s’ajouter celui de Carla Bley, ce qui fera encore grimper sa cote d’un cran dans la hiĂ©rarchie jazzique. InterprĂ©ter la musique hors normes de Carla Bley, est-ce un dĂ©fi supplĂ©mentaire? „En principe, je n’aime pas trop le jazz expĂ©rimental. Je me vois plutĂ´t comme un musicien de jazz mainstream, proche du public. Mais je n’ai pas d’a priori envers la musique de Carla. Evidemment, je suis curieux. On m’a engagĂ© pour ce que je sais faire avec une trompette, et je ferai mon job le mieux possible. Et cela me permettra peut-ĂŞtre aussi de nouer de nouveaux contacts.“ MĂŞme en congĂ© sans traitement, Ernie garde la discipline militaire, et c’est peut-ĂŞtre ce trait de caractère qui l’aide Ă  se fondre dans les structures hiĂ©rarchisĂ©es de ces gros ensembles.

Ernie & Erna

A la fin de cet Ă©tĂ©, il rejoindra de nouveau l’orchestre de Maynard Ferguson. „Il faut jouer beaucoup, parce qu’on n’est payĂ© que si on est en tournĂ©e. Lors des pauses, je n’ai pas de revenu, et je suis obligĂ© de retourner chaque fois au Luxembourg, ce qui coĂ»te Ă©videmment beaucoup. J’ai reçu un subside du ministère de la Culture, mais je suis un peu déçu, car il s’agit plutĂ´t d’une aumĂ´ne. Peut-ĂŞtre que je n’ai pas bien prĂ©sentĂ© ma situation, mais je ne me sens pas vraiment aidĂ© de ce cĂ´tĂ©-lĂ . Quand j’entends qu’il faut vendre l’image de notre pays dans le monde, ça me fait doucement rigoler. A chacun de nos concerts, je suis prĂ©sentĂ© comme Ă©tant luxembourgeois. Je suis le premier europĂ©en Ă  ĂŞtre admis dans cet orchestre, mais au sein des institutions culturelles luxembourgeoises, cela ne semble intĂ©resser personne.“

En janvier 2003, Ernie devra en principe rĂ©intĂ©grer la musique militaire, son congĂ© sans traitement n’Ă©tant pas renouvelable. Le statut du fonctionnaire est inflexible sur ce point, et l’administration et ses contrĂ´leurs pointilleux veillent au grain Ă  l’application des textes lĂ©gislatifs! FrustrĂ© de reprendre le service national? „Pas vraiment. Mon travail me permet de faire du jazz parallèlement. J’ai envie de jouer davantage avec mon quintette, mais il me faudrait un manager, ou un contrat de disques qui m’aideraient Ă  bâtir une carrière en Europe. Mais dans ce milieu, on ne sait jamais quelle opportunitĂ© peut se prĂ©senter Ă  l’improviste.“

Et enseigner le jazz? „Cela m’intĂ©resserait aussi, mais pas de la manière rigide qu’on pratique dans nos Ă©coles. Ici, on bloque les concertistes par une grille horaire inflexible. Aux Etats-Unis, ce n’est pas pareil. On se rĂ©jouit des enseignants qui connaissent la vie musicale active. Si les enseignants partent en tournĂ©e pendant quelques semaines, les cours seront repris plus tard d’une manière ou d’une autre. Lors de mes Ă©tudes, j’ai passĂ© des week-ends entiers avec mon prof Lew Soloff, et j’y ai appris davantage que lors des leçons hebdomadaires standardisĂ©es. En tout cas, je ne resterai pas avec Maynard. L’expĂ©rience est formidable, mais on ne peut pas bâtir une vie avec ces cachets maigres et prĂ©caires.“ Comme quoi, le jazz ne nourrit toujours pas son homme, mĂŞme Ă  ce niveau-lĂ . Encore moins s’il est Ă©picurien.

Jitz Jeitz

Dans le cadre du festival de Wiltz, Ernie Hammes se produira lors d’un concert de musique classique le dimanche 28 juillet, Ă  17 heures en l’Ă©glise dĂ©canale de Wiltz, ensemble avec Carlo Hommel (orgues) et Paul Mootz (percussion).

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