JOURNÉE MONDIALE DE LA LUTTE CONTRE LE SIDA: Art et prévention

Pour les 25 ans de la « HIV-Berodung » et les 20 ans de « Stop Aids Now », les deux associations se sont mises ensemble avec le CNA pour un événement spécial – qui sera autant fête qu’acte de prévention.

Portrait au collodion de l’exposition « Pictures for Life ». (Photo: Joël Nepper)

Les flaneurs attentifs l’auront remarqué : dans les rues, les affiches rappelant que le virus du sida a tout sauf disparu et que le dépistage reste la meilleure des préventions ont commencé à réapparaître. Dans notre mémoire collective, le sida est en quelque sorte un revenant. Après avoir été omniprésent dans les campagnes de prévention au cours des années 1990, il avait un peu disparu par après. Sans doute les meilleurs traitements trouvés depuis – les fameuses trithérapies qui permettent à la personne infectée de vivre une vie plus ou moins « normale » et qui cantonnent le virus et l’empêchent ainsi de détruire le corps du patient – y sont-ils pour quelque chose. Aussi, la dédiabolisation et une meilleure information sur les risques du virus et sur les modes de contamination possibles ont joué un rôle dans la « normalisation » du virus. En d’autres mots, alors que pendant les années 1980, lors de la première médiatisation du virus, les voix qui le voyaient comme une sorte de « cancer des gays » ou un « fléau de Dieu » destiné à punir les dévergondés sexuels de tous bords étaient légion. Ces arguments ne sont utilisés que par quelques illuminés dans les civilisations occidentales – à l’exception notable du Vatican bien sûr, qui continue à nier la réalité et sa responsabilité dans la catastrophe que ses prêches continuent de faire évoluer sur le continent africain.

Pas question de stabilisation au Luxembourg

Car voilà, pendant la dernière décennie, le virus du sida a surtout été associé au Tiers Monde, alors qu’en vérité il n’a pas cessé de se répandre aussi dans nos contrées – malgré les campagnes, les distributeurs de capotes, les programmes d’échange de seringues propres. Au Luxembourg aussi, le rapport de travail du comité de surveillance du sida de 2012,recense une augmentation constante des infections au virus potentiellement mortel : 83 nouveaux cas, par rapport à 73 en 2011. Le comité commente : « La courbe épidémique est donc toujours nettement ascendante, pas question de stabilisation au Luxembourg. »

Même si les experts disent aussi que ces chiffres alarmants peuvent être partiellement dus au fait que le dépistage est promu à plus grande échelle – plus on dépiste, plus on découvre – la lutte contre le virus est loin d’être gagnée. Et le fait que pour 2013 on ne compte, jusqu’à aujourd’hui, qu’un seul cas de mort du sida (déclaré officiellement), par rapport à sept en 2012, n’est pas non plus un signe qu’il faut baisser les bras.

Il faut donc faire revenir le sujet de cette lutte dans la conscience des gens, et pour cela il ne suffit pas d’y penser pendant un seul jour officiel, ce dimanche premier décembre. Il faut que la problématique refasse surface dans le quotidien de notre société et c’est sur ce point que sont intervenus le CNA et les associations.

Premièrement, ils ont organisé une journée spéciale au CNA. Intitulée « The Day that will change your view on HIV/AIDS », elle propose entre autres des ateliers créatifs et des concerts. En plus de cela, il y a aussi une vente aux enchères d’artistes – Christian Aschman, Gerson Bettencourt, Justine Blau, Eric Chenal, Sébastien Cuvelier, Marie-France Dublé, Thierry Frisch, Romain Girtgen, François Goffin, Véronique Kolber, Myriam Kraemer, Andrés Lejona, Michel Medinger, Olivier Minaire, Christophe Olinger, Armand Quetsch, Pasha Rafiy, Louisa Marie Summer, Jeanine Unsen, Julia Vogelweith, Roger Wagner et Mike Zenari – qui tous reverseront une grande partie de leurs bénéfices aux associations.

Mais au-delà de ces projets de bienfaisance, le CNA a passé une commande un peu hors du commun au jeune photographe Joël Nepper. Et c’est surtout ce projet qui peut vraiment changer notre façon de voir le sida. Non plus comme un fléau de Dieu, mais comme un élément de notre quotidien. En d’autres mots, le sida, ce n’est pas seulement l’Afrique, mais ça peut aussi être votre voisin. Au fond de sa boutique « Le Boudoir » sur l’avenue Pasteur du Limpertsberg, où il a son studio, Joël Nepper s’explique : « J’étais un peu étonné que le CNA me passe cette commande, car je n’ai pas beaucoup exposé au Luxembourg ». Mais dès qu’il a su sur quoi il devrait travailler, il a été séduit. Même si les sessions de travail n’ont pas été faciles. Cela est aussi bien dû à la technique qu’il utilise, le collodion, qu’au sujet même. Quant au collodion, dont il est le seul à maîtriser et utiliser la technique au grand-duché, les plus proches à l’étranger se trouvant à Nancy et dans les Vosges, c’est une technique un peu spéciale et ancienne. On y travaille sans film, mais avec une plaque de verre recouverte d’une substance argentique. Il n’y a pas de déclic non plus, car le temps d’exposition est de sept secondes – sept secondes pendant lesquelles le sujet ne doit pas bouger du tout, car sinon l’image se brouille. En résultent des portraits aussi bien fantomatiques – puisqu’ils sont imprimés sur une plaque de verre transparente – qu’authentiques. De plus, les visages semblent bouger dès qu’on change de perspective, ce qui leur donne aussi une impression de vie un peu inquiétante sur les bords. Mais peut-être était-ce justement l’effet escompté.

Changer le regard sur le virus

Quant au workshop, Joël Nepper en a tiré une expérience plutôt réjouissante, malgré la lourdeur du sujet : « C’était un terrain absolument nouveau pour moi, vu que je n’ai jamais travaillé sur un tel sujet auparavant. Mais ça s’est très bien passé. J’accueillais les gens ici dans mon studio, un par un, jamais ensemble. Au début, je leur expliquais comment fonctionnait mon appareil, ce qu’ils devraient faire et ce que j’attendais d’eux. Je n’ai jamais demandé à l’un d’eux s’il était vraiment porteur du sida ou non. Ce n’est qu’une personne qui m’a dit que c’était son conjoint en effet qui était malade et pas lui. Et il n’y avait qu’une personne, un peu réticente au début, qui ne voulait pas qu’on reconnaisse son visage. Mais finalement, elle a fini par accepter de se faire portraiter tout de même. »

Quant à la présentation de son travail au CNA, il sera surtout sobre. Les plaques de ce verre seront montées sur des cadres noirs avec des informations sur la personne portraitée, c’est tout. Même si cette série de portraits ne constitue pas une sorte d’outing collectif – comparable avec le célèbre « manifeste des 343 salopes » pour la légalisation de l’interruption volontaire de grossesse en France – montrer que ces gens, courageux, qui ont tous d’une manière ou d’une autre un rapport avec le virus, vivent parmi nous, pourrait vraiment faire changer la façon dont on perçoit cette maladie – qui pour la plupart de nous reste un tabou.

Plus d’infos : www.cna.lu, www.sida.lu


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