Venus: Savoir servir une musique assez „spé“

Ils viennent de sortir un album tout simplement grandiose. Interview avec Marc Huyghens et Pierre Jacqmin, respectivement chanteur-guitariste et bassiste du groupe belge „Venus“. Bientôt en concert à la Kulturfabrik.

woxx: Entre vos deux albums studio, le premier „Welcome to the Modern Dance Hall“ et le nouvel „Vertigone“, il s’est passé beaucoup de temps. Pourquoi?

Marc Huyghens: Et bien, on a tourné quand même environ un an. Et puis quand on a arrêté de tourner on a décidé de faire un break de six mois, parce que ça faisait pratiquement depuis 1997 qu’on n’arrêtait pas. Tout le monde avait besoin de prendre un peu de recul. Ensuite, on a fait environ trois mois de prises pour „Vertigone“. Et là, il y a des choses auxquelles on ne s’attendait pas, qui sont survenues, c’est-à-dire que le batteur et le scénographe sont partis. Il nous fallait donc trouver un nouveau batteur …

Votre contre-bassiste aussi est parti …

MH: Oui, mais ça remonte déjà à fin 99. Pierre est là depuis quatre ans. Et puis aussi, „Sonica Factory“, qui était le label italien sur lequel on avait signé, a fait faillite.

Vous travaillez aussi avec un nouveau scénographe maintenant.

MH: Oui, mais disons que la différence c’est que c’est quelqu’un à qui l’on a fait appel, mais qui ne fait pas partie du groupe. Patric (Carpentier), avant, faisait vraiment partie du groupe. Maintenant, „Venus“, c’est quatre personnes.

Le travail avec un scénographe vous apporte quoi?

Pierre Jacqmin: La musique est une chose, certainement la plus importante, mais quand on va sur scène le côté visuel est aussi important. Musicalement on travaille surtout sur des ambiances et certains univers et le fait de faire un autre travail sur les lumières que celui, classique, avec des spots qui vont dans tous les sens, des fumigènes, des stroboscopes, etc. permet vraiment de créer des univers visuels, comme ça se fait au théâtre, par exemple. On trouve cela plus intéressant et voilà pourquoi on a été chercher quelqu’un qui s’appelle Fred Vanesse, qui vient du théâtre. C’est sa première expérience de création des lumières pour un spectacle de musique.

Les nouveaux musiciens ont-ils apporté des changements à „Venus“?

MH: (après un long moment de réflexion) Comme le départ du batteur s’est fait dans une situation, disons assez conflictuelle, Jean-Marc (Butty) apporte certainement déjà un peu de calme par rapport à ça. Artistiquement, je pense que c’est fondamentalement quelqu’un qui sait servir un morceau. Ça peut paraître normal de savoir faire ça pour un musicien, mais ce n’est pas aussi normal que ça, ni facile à trouver chez des musiciens, de savoir s’effacer au profit de la musique.

Vous parlez d’une situation conflictuelle … Vous voulez en dire plus?

MH: Non, pas vraiment. C’est encore quelque chose de très fragile. On a quand même vécu cinq ans „ensemble“ et comme ça s’est très mal terminé, je pense que ça n’a aucun intérêt d’en parler ici.

Parlons donc de votre nouvelle maison de disque. Signer avec un gros label comme „EMI“, qu’est ce que cela représente pour vous?

PJ: C’est une opportunité magnifique parce que cela représente des moyens qu’on n’a pas avec un label indépendant. Je parle de moyens matériels et humains, des gens très expérimentés … Il y a un côté comme ça, qui fait un peu peur … La caricature des „majors“ qui mettent la main mise sur le groupe. Ce qui n’est pas du tout le cas. On travaille en fait avec des gens que l’on connaissait déjà avant, parce qu’ils avaient une licence de distribution pour l’album précédent. Ce sont vraiment des gens très motivés, qui travaillent bien et qui ont un respect total pour notre création. Donc, artistiquement, on garde toute la liberté qu’on aurait chez un indépendant, avec des moyens en plus.

BH: Et puis, on est chez EMI, mais comme il y a eu restructuration, il y a maintenant „Capitol“, „Virgin“, „Delabel“ et on est chez „Delabel“. Et c’est vraiment des gens qui connaissent particulièrement bien des artistes un peu moins médiatisés, comme Arno et … Qui encore? Enfin, je veux dire que c’est des personnes qui sont plus passionnées par des musiques plus „spé“, comme ils disent, c’est-à-dire des musiques un peu plus spéciales, plus „underground“, ou dans ce genre-là.

Sur „Vertigone“, il me semble y avoir de gros efforts dans les arrangements des différents morceaux. Par exemple, presque chaque titre introduit un nouvel instrument. Comment se font ces choix?

PJ: En fait, on a travaillé sur les compositions et les arrangements au fur et à mesure qu’on enregistrait les morceaux. On n’a pas fait ce travail en amont, pour après se dire, voilà comment on va l’enregistrer. On avait donc des morceaux tout nus, et au fur et à mesure qu’on avançait dans le travail sur chaque morceau, on s’est dit: ‚Ah, là-dedans on entendrait bien tel ou tel instrument.‘ On ne s’est pas limité à dire: ‚Ah mais nous on sait juste jouer guitare, basse et batterie.‘ On a ainsi fait participer d’autres gens pour, encore une fois, servir la musique. Ce n’est pas parce qu’on ne sait pas jouer d’un instrument que ce n’est pas notre musique et ce n’est pas parce qu’un instrument est interprété par d’autres gens que la musique finale ne resterait pas notre univers. C’est même plutôt agréable de faire participer d’autres gens à notre univers.

Chaque morceau sur „Vertigone“ transmet aussi une atmosphère différente. Comment l’univers de „Venus“ reste-t-il intact dans une telle approche?

MH: Déjà parce que ce sont les mêmes personnes qui font toutes ces chansons. Et puis aussi parce qu’on a travaillé sur tous les morceaux en même temps. On n’a pas enchaî né les morceaux, mais on passait de l’un à l’autre. En même temps, c’est très agréable de pouvoir se laisser aller à essayer des choses. Mais tu as l’air de dire que l’album n’aurait pas d’unité.

Non, non. Chaque morceau est vraiment une chanson de „Venus“ mais, quand même, les arrangements changent beaucoup d’un morceau à l’autre. Il y a par exemple un morceau avec un choeur, un autre avec un mellotron …

MH: A ce niveau il n’y a pas de limites, du moment qu’on ne s’en impose pas nous-mêmes.

PJ: Souvent, quand on arrange on se dit: ‚Je fais partie d’un quatuor. Je fais partie d’un big-band.‘ Ou je ne sais quoi. Nous, on préfère se donner la possibilité de se dire: ‚Tel morceau, qu’est-ce que ça demande? De quoi a-t-il vraiment besoin?‘ C’est comme ça que finalement on sert le mieux la musique.

Mais par après, en concert, il faut quand même trouver d’autres moyens pour faire passer les univers que vous avez créés en studio grâce à des instruments qui ne seront sans doute plus présents sur scène.

MH: On ne s’est pas posé la question pendant qu’on enregistrait. Une fois l’album terminé, alors qu’on s’est dit que maintenant on va rejouer sur scène, on s’est mis à réarranger les morceaux. Et parfois, le nouvel arrangement n’a plus rien à voir avec ce qui se trouve sur l’album. Mais c’est un effet de surprise aussi, pour les gens qui viennent nous voir et qui connaissent l’album.

Maintenant que „Venus“ semble s’établir comme valeur sûre de la pop belge, la vie d’artiste en Belgique est-elle devenue plus facile?

MH: Pour payer son loyer?

Par exemple.

MH: Non. C’est la même chose qu’avant.

PJ: Pour moi aussi ce n’est pas devenu plus facile.

MH: La seule chose qui va sans doute changer, c’est qu’on n’aura plus de gros problèmes pour faire un troisième album. Mais à part ça …

Interview réalisée par Germain Kerschen

Avant leur concert, le 10 mai prochain à la Kulturfabrik, le woxx vous proposera une critique exhaustive de l’album „Vertigone“ avec également d’autres extraits de l’interview avec „Venus“.


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