Venus: Savoir servir une musique assez „spĂ©“

von | 04.04.2003

Ils viennent de sortir un album tout simplement grandiose. Interview avec Marc Huyghens et Pierre Jacqmin, respectivement chanteur-guitariste et bassiste du groupe belge „Venus“. BientĂ´t en concert Ă  la Kulturfabrik.

woxx: Entre vos deux albums studio, le premier „Welcome to the Modern Dance Hall“ et le nouvel „Vertigone“, il s’est passĂ© beaucoup de temps. Pourquoi?

Marc Huyghens: Et bien, on a tournĂ© quand mĂŞme environ un an. Et puis quand on a arrĂŞtĂ© de tourner on a dĂ©cidĂ© de faire un break de six mois, parce que ça faisait pratiquement depuis 1997 qu’on n’arrĂŞtait pas. Tout le monde avait besoin de prendre un peu de recul. Ensuite, on a fait environ trois mois de prises pour „Vertigone“. Et lĂ , il y a des choses auxquelles on ne s’attendait pas, qui sont survenues, c’est-Ă -dire que le batteur et le scĂ©nographe sont partis. Il nous fallait donc trouver un nouveau batteur …

Votre contre-bassiste aussi est parti …

MH: Oui, mais ça remonte dĂ©jĂ  Ă  fin 99. Pierre est lĂ  depuis quatre ans. Et puis aussi, „Sonica Factory“, qui Ă©tait le label italien sur lequel on avait signĂ©, a fait faillite.

Vous travaillez aussi avec un nouveau scénographe maintenant.

MH: Oui, mais disons que la diffĂ©rence c’est que c’est quelqu’un Ă  qui l’on a fait appel, mais qui ne fait pas partie du groupe. Patric (Carpentier), avant, faisait vraiment partie du groupe. Maintenant, „Venus“, c’est quatre personnes.

Le travail avec un scénographe vous apporte quoi?

Pierre Jacqmin: La musique est une chose, certainement la plus importante, mais quand on va sur scène le cĂ´tĂ© visuel est aussi important. Musicalement on travaille surtout sur des ambiances et certains univers et le fait de faire un autre travail sur les lumières que celui, classique, avec des spots qui vont dans tous les sens, des fumigènes, des stroboscopes, etc. permet vraiment de crĂ©er des univers visuels, comme ça se fait au théâtre, par exemple. On trouve cela plus intĂ©ressant et voilĂ  pourquoi on a Ă©tĂ© chercher quelqu’un qui s’appelle Fred Vanesse, qui vient du théâtre. C’est sa première expĂ©rience de crĂ©ation des lumières pour un spectacle de musique.

Les nouveaux musiciens ont-ils apportĂ© des changements Ă  „Venus“?

MH: (après un long moment de rĂ©flexion) Comme le dĂ©part du batteur s’est fait dans une situation, disons assez conflictuelle, Jean-Marc (Butty) apporte certainement dĂ©jĂ  un peu de calme par rapport Ă  ça. Artistiquement, je pense que c’est fondamentalement quelqu’un qui sait servir un morceau. Ça peut paraĂ®tre normal de savoir faire ça pour un musicien, mais ce n’est pas aussi normal que ça, ni facile Ă  trouver chez des musiciens, de savoir s’effacer au profit de la musique.

Vous parlez d’une situation conflictuelle … Vous voulez en dire plus?

MH: Non, pas vraiment. C’est encore quelque chose de très fragile. On a quand mĂŞme vĂ©cu cinq ans „ensemble“ et comme ça s’est très mal terminĂ©, je pense que ça n’a aucun intĂ©rĂŞt d’en parler ici.

Parlons donc de votre nouvelle maison de disque. Signer avec un gros label comme „EMI“, qu’est ce que cela reprĂ©sente pour vous?

PJ: C’est une opportunitĂ© magnifique parce que cela reprĂ©sente des moyens qu’on n’a pas avec un label indĂ©pendant. Je parle de moyens matĂ©riels et humains, des gens très expĂ©rimentĂ©s … Il y a un cĂ´tĂ© comme ça, qui fait un peu peur … La caricature des „majors“ qui mettent la main mise sur le groupe. Ce qui n’est pas du tout le cas. On travaille en fait avec des gens que l’on connaissait dĂ©jĂ  avant, parce qu’ils avaient une licence de distribution pour l’album prĂ©cĂ©dent. Ce sont vraiment des gens très motivĂ©s, qui travaillent bien et qui ont un respect total pour notre crĂ©ation. Donc, artistiquement, on garde toute la libertĂ© qu’on aurait chez un indĂ©pendant, avec des moyens en plus.

BH: Et puis, on est chez EMI, mais comme il y a eu restructuration, il y a maintenant „Capitol“, „Virgin“, „Delabel“ et on est chez „Delabel“. Et c’est vraiment des gens qui connaissent particulièrement bien des artistes un peu moins mĂ©diatisĂ©s, comme Arno et … Qui encore? Enfin, je veux dire que c’est des personnes qui sont plus passionnĂ©es par des musiques plus „spĂ©“, comme ils disent, c’est-Ă -dire des musiques un peu plus spĂ©ciales, plus „underground“, ou dans ce genre-lĂ .

Sur „Vertigone“, il me semble y avoir de gros efforts dans les arrangements des diffĂ©rents morceaux. Par exemple, presque chaque titre introduit un nouvel instrument. Comment se font ces choix?

PJ: En fait, on a travaillĂ© sur les compositions et les arrangements au fur et Ă  mesure qu’on enregistrait les morceaux. On n’a pas fait ce travail en amont, pour après se dire, voilĂ  comment on va l’enregistrer. On avait donc des morceaux tout nus, et au fur et Ă  mesure qu’on avançait dans le travail sur chaque morceau, on s’est dit: ‚Ah, lĂ -dedans on entendrait bien tel ou tel instrument.‘ On ne s’est pas limitĂ© Ă  dire: ‚Ah mais nous on sait juste jouer guitare, basse et batterie.‘ On a ainsi fait participer d’autres gens pour, encore une fois, servir la musique. Ce n’est pas parce qu’on ne sait pas jouer d’un instrument que ce n’est pas notre musique et ce n’est pas parce qu’un instrument est interprĂ©tĂ© par d’autres gens que la musique finale ne resterait pas notre univers. C’est mĂŞme plutĂ´t agrĂ©able de faire participer d’autres gens Ă  notre univers.

Chaque morceau sur „Vertigone“ transmet aussi une atmosphère diffĂ©rente. Comment l’univers de „Venus“ reste-t-il intact dans une telle approche?

MH: DĂ©jĂ  parce que ce sont les mĂŞmes personnes qui font toutes ces chansons. Et puis aussi parce qu’on a travaillĂ© sur tous les morceaux en mĂŞme temps. On n’a pas enchaĂ® nĂ© les morceaux, mais on passait de l’un Ă  l’autre. En mĂŞme temps, c’est très agrĂ©able de pouvoir se laisser aller Ă  essayer des choses. Mais tu as l’air de dire que l’album n’aurait pas d’unitĂ©.

Non, non. Chaque morceau est vraiment une chanson de „Venus“ mais, quand mĂŞme, les arrangements changent beaucoup d’un morceau Ă  l’autre. Il y a par exemple un morceau avec un choeur, un autre avec un mellotron …

MH: A ce niveau il n’y a pas de limites, du moment qu’on ne s’en impose pas nous-mĂŞmes.

PJ: Souvent, quand on arrange on se dit: ‚Je fais partie d’un quatuor. Je fais partie d’un big-band.‘ Ou je ne sais quoi. Nous, on prĂ©fère se donner la possibilitĂ© de se dire: ‚Tel morceau, qu’est-ce que ça demande? De quoi a-t-il vraiment besoin?‘ C’est comme ça que finalement on sert le mieux la musique.

Mais par après, en concert, il faut quand mĂŞme trouver d’autres moyens pour faire passer les univers que vous avez créés en studio grâce Ă  des instruments qui ne seront sans doute plus prĂ©sents sur scène.

MH: On ne s’est pas posĂ© la question pendant qu’on enregistrait. Une fois l’album terminĂ©, alors qu’on s’est dit que maintenant on va rejouer sur scène, on s’est mis Ă  rĂ©arranger les morceaux. Et parfois, le nouvel arrangement n’a plus rien Ă  voir avec ce qui se trouve sur l’album. Mais c’est un effet de surprise aussi, pour les gens qui viennent nous voir et qui connaissent l’album.

Maintenant que „Venus“ semble s’Ă©tablir comme valeur sĂ»re de la pop belge, la vie d’artiste en Belgique est-elle devenue plus facile?

MH: Pour payer son loyer?

Par exemple.

MH: Non. C’est la mĂŞme chose qu’avant.

PJ: Pour moi aussi ce n’est pas devenu plus facile.

MH: La seule chose qui va sans doute changer, c’est qu’on n’aura plus de gros problèmes pour faire un troisième album. Mais Ă  part ça …

Interview réalisée par Germain Kerschen

Avant leur concert, le 10 mai prochain Ă  la Kulturfabrik, le woxx vous proposera une critique exhaustive de l’album „Vertigone“ avec Ă©galement d’autres extraits de l’interview avec „Venus“.

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