HAMADOUN TANDINA: Au pays des cloche-pieds

von | 10.03.2006

Hamadoun Tandina est une „star“ au Mali, son pays natal. Pourtant il vit en France depuis 1987, et se fera entendre au Luxembourg le weekend prochain.

Chercheur en mots et donneur de contes: Hamadoun Tandina est un spectacle Ă  lui-mĂŞme

L’entrĂ©e du cafĂ© vis-Ă -vis de l’hideux mixer gĂ©ant autrement connu sous le nom de Ministère des Finances Ă  Paris-Bercy, n’est pas faite pour un Peulh. Elle convient plutĂ´t Ă  des Français bien moins Ă©lancĂ©s que ce peuple fier
de la savane africaine. Le sexagĂ©naire qui n’en a vraiment pas l’air, doit baisser la tĂŞte pour pĂ©nĂ©trer l’enceinte de ce cafĂ© anodin aux Ă©crans gĂ©ants et serveuses sous-payĂ©es et grincheuses. Mais dès qu’il est assis face Ă  vous, l’atmosphère bĂ©cĂ©bĂ©gĂ© semble avoir disparue. On a du mal Ă  suivre ses gestes tant sa façon de s’exprimer est vivante, et son langage souvent mĂ©taphorique dĂ©fraie toutes les particularitĂ©s et aplatit toute diffĂ©rence entre prĂ©tendues civilisations.

Hamadoun Tandina est nĂ© au Mali, Ă  Tombouctou plus exactement, „au carrefour des cultures africaines“, comme il le dit. LĂ -bas, il est une sorte de super star. Fin 2005, lors d’un festival Ă  SĂ©gou, au Mali il a dĂ©clamĂ© ses poĂ©sies devant un stade contenant plus de 60.000 personnes. Tandina a profitĂ© de cette occasion pour appeler son peuple Ă  la „raison“, c’est-Ă -dire d’en finir avec le nĂ©potisme et la corruption qui gangrènent son pays. Car, sur l’Ă©tat actuel de l’Afrique – le continent dont il chante la beautĂ© et les charmes dans ses spectacles – il ne se fait guère d’illusions. „C’est normal qu’après le dĂ©part de l’homme blanc, nous soyions tombĂ©s dans cette dĂ©suĂ©tude. La dĂ©mocratie, la vraie, prend du temps. Le temps peut faire les choses, pas nous,“ raconte-t-il sans vrai pessimisme. Et de constater qu’en France aussi il a fallu dĂ©capiter des rois pour en arriver lĂ . Encore que la France n’est pas le summum de la dĂ©mocratie, „et avec Sarko ça ne va pas s’arranger“.

Poète-analyste

Tandina est un homme en mouvement, mĂŞme si seulement son père Ă©tait un nomade arabo-berbère et sa mère une peulh. Quand il dĂ©crit sa vision de la politique, il dit des choses comme „J’aime ĂŞtre dirigĂ©. Je ne suis pas quelqu’un qui dirige, mais un spectateur qui analyse.“ Un spectateur, certes, mais ceux-lĂ  aussi peuvent dĂ©ranger. Lorsqu’il Ă©tait encore instituteur au Mali, on lui avait cherchĂ© des ennuis. Un enseignant-poète n’Ă©tait pas bien vu Ă  l’Ă©poque. C’est pourquoi il abandonna sa première passion, pour un enseignement plus large, celui du peuple.

Il alla dans les villages, Ă  la rencontre des gens pour leur dire ses poèmes. Il Ă©tait hĂ©bergĂ© et bien traitĂ© par les villageois, auxquels il contait ses histoires en jouant de la calebasse ou du tam-tam. Et puis les trajets de Hamadoun Tandina ont Ă©voluĂ©s par cercles concentriques. D’abord le Mali, puis l’Afrique du Nord et finalement la France, l’ancienne mère-patrie tyrannique des temps coloniaux.

Il dĂ©barque Ă  Paris en 1987, Ă  l’invitation d’un partenariat entre le dĂ©partement d’Ille et Vilaine et la rĂ©gion de Mopti au Mali. Il y restera attachĂ©, au point de s’y installer Ă  vie. Depuis, il a le statut d’intermittent du spectacle et en vit très bien. „J’avais mĂŞme pas besoin de faire la grève, car mon carnet est toujours bien rempli. Si j’y ai participĂ©, c’Ă©tait par solidaritĂ©“. Ses activitĂ©s sont prises en charge par une association de conteurs situĂ©e en banlieue parisiennne. „Paris, c’est une sorte de grand plat de l’Afrique francophone. Il y a tous les contacts dont j’ai besoin. Je ne pourrais pas vivre ailleurs en France et continuer mon mĂ©tier“, dit Tandina.

D’ailleurs son attrait pour la langue française est quelque peu incongru. Si elle reste la langue du colonisateur, elle est aussi celle qui permet, selon lui, l’existence d’un Etat malien. „C’est la seule langue qui nous unit pour l’instant. Et elle nous relie Ă  tant d’autres peuples africains. Sans elle on ne se comprendrait plus,“ constate-t-il. Loin de se faire le chantre de la francophonie et de toutes les thĂ©ories racistes et coloniales qui y sont attachĂ©es il admet qu’il aime cette langue au point oĂą la plupart de ses spectacles sont en français. „Ce qui n’empĂŞche pas les maliens de chercher en ce moment une langue au Mali qui ne serait ni le français, ni une crĂ©ation nouvelle, mais celle parlĂ©e par la majoritĂ© de la population“, dit-il. Car il faut bien voir qu’Hamadoun Tandina n’est pas quelqu’un Ă  admettre ce que certains „penseurs“ de droite veulent appeler „les aspects positifs du colonialisme“. „C’est impossible, tout simplement il ne peut y avoir eu quelque chose de positif lĂ -dedans. MĂŞme si avant l’arrivĂ©e des Français la situation en Afrique Ă©tait celle d’une guerre civile constante, leur emprise sur nous ne nous a pas sauvĂ©e de quoi que ce soit. C’est Ă  nous, et au temps de changer la situation“, explique-t-il.

Deux recherches

Une autre particularitĂ© qui distingue Hamadoun Tandina de ses collègues français ou africains, c’est qu’on ne trouve aucun livre de lui. Alors qu’avec son dĂ©grĂ© de reconnaissance il pourrait bien s’offrir quelques Ă©ditions. Pourquoi alors ne pas sortir un petit livre pour la postĂ©ritĂ©? Il rĂ©torque: „Tant que je serai en vie, aucun livre de moi ne paraĂ®tra. Je n’ai aucune envie de me faire exploiter. De plus, on connaĂ®trait dĂ©jĂ  mes spectacles avant mon arrivĂ©e. Non, ce sera Ă  mes enfants que je lĂ©guerai les droits sur mes contes. Ils pourront en vivre s’ils le veulent.“ Et d’expliquer sa façon de vivre son art: Tandina est invitĂ© quelque part, en France par exemple, il s’ouvre comme une huĂ®tre pendant son spectacle, se donne Ă  coeur ouvert, se referme après le spectacle, encaisse et repart. C’est ainsi qu’il a menĂ© sa vie jusqu’ici et il est bien parti pour en faire plus.

Comment a-t-il donc vĂ©cu son immigration en France? „Si tu vas chez un peuple qui ne danse que sur un pied, alors tu fais le cloche-pied“, cite-t-il en rĂ©ponse. C’est un vieil adage africain. Il s‘ y trouve bien. Il est mĂŞme en train de se faire ou refaire français, car il est nĂ© français et avait perdu cette nationalitĂ© au grĂ© de l’Histoire. „Mais c’est principalement pour m’Ă©viter les ennuis Ă  la douane. Pour ma part, je me considère un citoyen du monde, qui a quelque chose Ă  partager avec tous les ĂŞtres de cette planète.“ Pour Hamadoun Tandina, la diffĂ©rence entre les Africains et les EuropĂ©ens se rĂ©duirait Ă  ça: „En Afrique, comme en Europe il y a des chercheurs, les uns cherchent de la nourriture tandis que les autres recherchent dans la technologie ou dans les sciences.“ Ça a le mĂ©rite d’ĂŞtre clair.

Lui, ce qu’il cherche c’est surtout du monde nouveau, de la dĂ©couverte. „Je suis emportĂ© par une grande curiositĂ© du monde. Je suis prĂŞt Ă  tout dĂ©couvrir. Ce n’est pas seulement l’Afrique que je chante dans mes contes et poèmes, mais le monde entier. Enfin, les parties que j’en connais“, rĂ©sume-t-il.

Dat kéint Iech och interesséieren

KULTUR AM ALLGEMENGEN

Assises sectorielles du chant choral: Junge Chorsänger*innen gesucht

Die „Assises sectorielles du chant choral“ vom vergangenen Samstag offenbarten, wo den Chören hierzulande der Schuh drĂĽckt. Es mangelt an Sichtbarkeit, pädagogischem Know-how und vor allem an Nachwuchs.   Wie bei Rundtischgesprächen ĂĽblich, boten die „Assises sectorielles du chant choral“ vergangenen Samstag einen Morgen voller leiser...

KULTUR AM ALLGEMENGEN

Dag vun der Lëtzebuerger Sprooch: Luxemburgisch im Fokus

Die Luxemburger Sprache soll ab diesem Jahr jeden 26. September gefeiert und gefördert werden – und zwar mit Kulturevents, Aktivitäten und Diskussionsrunden. Das Programm der Erstauflage des „Dag vun der Lëtzebuerger Sprooch“ wurde am Montag bei einer Pressekonferenz vorgestellt. „Sprache ist der Schlüssel zur Welt“, sagte bereits Wilhelm von...

KULTUR AM ALLGEMENGEN

Staffelfinale „And Just Like That”: Vergessene Vorläufer

Allzu schwer fällt er nicht, der Abschied von der Serie „And Just Like That“ – sie hat den Charme des Anfangs eingebüßt. Interessanter ist ein Blick auf die Ursprünge: Mit Mary McCarthys Buch „The Group“ fing alles an. Und einfach so ist alles vorbei: Mit dem Staffelfinale des „Sex and the City“-Sequel „And Just Like That“ schließt das...