PUNK: Révolution professionnelle

Depuis une bonne vingtaine d’années le Luxembourg dispose d’une minuscule scène punk. Cette scène qui fût d’abord très engagée politiquement, est en train de connaître la relève d’une nouvelle génération.

Le public lors d’un concert organisé par Ashcan Records. Le mouvement punk est devenu plus populaire, mais aussi moins radical. (photo: Ashcan Records)

Pour commencer, un peu d’histoire. C’est vers le début, milieu des années 80 que naît la scène punk luxembourgeoise – avec ce petit retard habituel que le pays semble accuser dans toutes les mouvances culturelles. Communément, tout le monde tombe d’accord pour dire que le berceau de ce mouvement fût la Kulturfabrik à Esch-Alzette – alors un ancien abattoir squatté – le terrain d’expérimentation pour des groupes comme les Rotzbouwen, Toxkäpp, Subway Arts, Wounded Knee et autres.

Justement: pourquoi une nostalgie de la scène punk? Elle existe toujours bel et bien, en regardant un peu les affiches ou en lisant les agendas, on doit se rendre à l’évidence que les concerts de punk fusent même un peu partout dans le pays. Et cela non seulement depuis que la Kufa programme aussi des soirées salsa. Peut-être parce que ce n’est plus la même chose. Les premiers groupes de la mouvance punk et hardcore luxembourgeoise se définissaient avant tout par leur engagement politique radical. Toujours activement opposés au système, au capitalisme en général et presque entièrement végétalienne, cette petite communauté a dû se battre pour conquérir sa place dans une société qui à l’époque ne connaissait les allures des punk rockers que des magazines étrangers.

Et c’est peut-être aussi une approche possible des changements qui se sont produits depuis. Qui choquer quand même le troisième âge ne recule plus devant une crête iroquoise? Cette absence d'“ennemis“ concrets a eu ses conséquences inévitables sur la façon dont la scène se conçoit elle-même.

Aussi simple qu’efficace

Paul Matzet n’a pas tout à fait l’air d’un activiste punk. Avec son sweat shirt à capuche et son visage très jeune, il a plutôt l’air d’un jeune bachelier un peu largué. S’il est vrai qu’il est sur le point de passer son bac, il est aussi à l’origine du dernier-né des labels punk du Luxembourg: Ashcan Records. Il y a un an et demi, lui et un pote ont fondé cette structure qui édite des CD et organise des concerts. Dans l’organisation interne, Paul est en charge de l’édition des albums et compilations. D’ailleurs, ils viennent de sortir une intitulée „Music for the Living“, qui regroupe des groupes luxembourgeois, comme The Disliked – qui sont très proches du label – mais aussi des groupes d’Allemagne et de Grande-Bretagne. Si on lui demande pourquoi il leur a fallu monter un label, vu que depuis quelques années des structures existent, comme le label Winged Skull par exemple, il argumente qu’ils avaient voulu faire quelque chose dans le pur genre punk et ska. Et que les autres labels luxembourgeois, même s’ils ont aussi des groupes punk dans leurs étables, sont plutôt intéressés à la diversité maximale qu’à la promotion d’un seul style de musique.

Ce qui promet d’un côté une programmation constante, mais exclue aussi les surprises. Car en écoutant leur dernière compilation, on constate assez vite qu’il est difficile de faire la différence entre les groupes. La production est très professionnelle, donc homogène, mais on peut décéler en même temps un manque d’invention de cette musique, qui tarde ou qui même refuse à se renouveler. „Mais c’est ça l’essence du punk,“ explique Paul Matzet, „une musique aussi simple qu’efficace, que tout le monde peut jouer, et dont tout le monde peut se réjouir.“

Il n’y a plus de Sex Pistols

Alors, les punks du 21e siècle, une légion collective de lutte contre la société? Pas tout à fait, car derrière cette homogénéisation se cache aussi autre chose. Etant donné que les grandes luttes pour l’accceptance sociétale ne relèvent plus que de poses plus ou moins pénibles, le punk de la post-moderne joue le jeu, et veut lui aussi sa part du gâteau. On parle d’expansion. „Jusqu’ici, les concerts que nous avons organisés se passaient tous dans des petits cafés et n’étaient que moyennement visités. Pour le futur, nous envisageons moins de concerts, mais des plus grand,“ argumente-t-il. Par exemple dans la Rockhal, où en janvier ils avaient organisé un festival ska-punk à succès. „En tout cas, nous avons retenu la date pour l’année à venir“.

Même son de cloche concernant les collaborations avec l’étranger, si l’ancienne scène de la Kufa n’était pas tout à fait nombriliste, elle ne s’est pas étendue de la même façon et à la même vitesse. Les CD de Ashcan Records sont distribués en Allemagne par exemple, via un mail order (Fond of Life) et „leurs“ groupes sont assez fréquemment en tournée à l’étranger. On peut donc y voir surtout une professionnalisation de la scène, plutôt tournée vers une expansion maximale que motivée par un engagement conséquent et politique. Le responsable d’Ashcan s’explique „Je ne pense quand même pas que les groupes d’aujourd’hui soient complètement dénués de sens politique. Il n’y a plus de Sex Pistols bien-sûr, mais un message passe toujours.“ Et d’ajouter que le „Asi-Punk“ classique ne les intéresse guère. D’ailleurs Paul Matzet affirme que jusqu’ici ils n’ont jamais fait de perte financière avec leurs CD’s et leurs concerts, sans toutefois être à la recherche de profits, ce qui serait, même de nos jours, trop loin de tout. Mais ils ne rechignent pas à s’afficher avec des sponsors commerciaux, ce qui autrefois aurait été considéré comme un acte de haute trahison.

L’engagement concret des débuts a donc fait place à une attitude plus ou moins diffuse, mais beaucoup plus diffusée. Dans ce sens, un des buts affichés des Ashcan – sortir le nord du pays du no man’s land musical – n’étonne guère.

Loin de vouloir prétendre que le punk est mort au Luxembourg comme ailleurs, on devra peut-être se faire à l’idée que de nos jours, alors que la symbolique des gestes révolutionnaires s’érode, disperser un maximum des idées – même diffuses – de rébellion est probablement le moyen le plus efficace pour continuer à résister.

www.ashcanrecords.com


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