HISTOIRE: „Attaquer davantage“

von | 22.06.2007

L’histoire luxembourgeoise est particulièrement jeune – du point de vue scientifique. Sonja Kmec, de l’universitĂ© de Luxembourg explique pourquoi certaines vĂ©ritĂ©s peinent Ă  ĂŞtre vues.

DĂ©tecte des manquements dans notre façon de voir l’histoire: Sonja Kmec.
(photo:uni.lu)

woxx: De quelle façon t’es-tu investie dans le projet „Histoire, mĂ©moire et identitĂ©s“ de l’universitĂ© du Luxembourg?

Sonia Kmec: En fait, il s’agit d’un projet dĂ©jĂ  accompli. Nous avons commencĂ© il y trois ans, au moment oĂą j’Ă©tais encore en train de terminer mon doctorat qui traitait de l’histoire des femmes au 17e siècle. On m’a demandĂ© ensuite de rejoindre l’Ă©quipe autour du professeur Margue. MĂŞme si le sujet de mon mĂ©moire ne collait pas absolument avec le groupe de travail, on m’a demandĂ© en tant qu’experte de l’Ă©poque moderne – donc du 15e au 18e siècle. Il s’agissait de voir comment des Ă©vĂ©nements datant de cette pĂ©riode dans une perspective luxembourgeoise interagissent toujours avec notre façon de voir l’histoire. Comment l’octave ou encore le „KlĂ«ppelkrich“ sont encore des choses qui influencent notre mĂ©moire collective. Cela m’a interessĂ©e et j’ai rejoint l’Ă©quipe autour de Michel Margue, ensemble avec Pit PĂ©portĂ© qui s’occupe du Moyen-âge et BenoĂ®t Majerus qui traite l’Ă©poque contemporaine.

Es-tu satisfaite de votre dernière publication, le livre Lieux de mémoire au Luxembourg. Usages du passé et construction nationale?

Le livre que nous venons de publier est effectivement un produit destinĂ© au grandpublic. MĂŞme si l’arrière-fond a Ă©tĂ© constituĂ© Ă  partir de recherches scientifiques, ce n’est pas une publication scientifique en soi. Il s’agit plutĂ´t de donner un aperçu de notre travail. NĂ©anmoins, il y aura une autre publication Ă  ce sujet, plus proche du travail de l’historien Ă  proprement parler.

Quand ça?

La parution est prĂ©vue au courant de l’annĂ©e prochaine. Il faut ajouter que le cadre sera diffĂ©rent: un autre Ă©diteur, et les articles seront tous rĂ©digĂ©s en langue anglaise, car le livre sera destinĂ© Ă  un public de chercheurs. En plus, les auteur-e-s ne seront que les membres du groupe de travail, alors que pour le livre d’avant on Ă©tait Ă  40.

N’Ă©tait-ce pas difficile d’aboutir Ă  un rĂ©sultat homogène dans ce cadre?

On ne peut pas apprĂ©cier le travail de 40 personnes diffĂ©rentes de la mĂŞme façon. C’est pourquoi je pense que certaines interventions sont sĂ»rement beaucoup plus rĂ©ussies que d’autres. Mais vu dans sa totalitĂ©, je pense nous avons gagnĂ© notre pari.

Le Luxembourg est-il aussi partial que d’autres pays, en ce qui concerne la façon officielle de voir et surtout de reprĂ©senter l’histoire?

Dans d’autres pays – en France par exemple – on trouvera beaucoup plus de gens qui s’occupent de ces thèmes dans un cadre universitaire et ces personnes produisent de fait une plus grande diversitĂ© de points de vue. MĂŞme si l’Etat français est aussi très sĂ©lectif par rapport aux thèmes traitĂ©s. Tout ce qui touche au colonialisme, par exemple, est plus dĂ©licat que certains aspects plus glorieux. Mais il reste qu’en France il y a toujours plus de gens qui travaillent Ă  gagner une vue plus critique de l’histoire que chez nous.

Cela veut-il dire que la recherche historique au Luxembourg connaît avant tout deux problèmes: le manque de moyens humains et le fait que beaucoup de lieux de mémoire soient exploités de façon politique?

Oui, absolument. C’est Ă©vident qu’au 19e siècle, l’Ă©criture de l’histoire a largement contribuĂ© Ă  la construction nationale. Ce n’est qu’au dĂ©but du 20e siècle que les premières critiques se font remarquer au sujet de cette façon d’utiliser l’histoire Ă  des fins politiques. Et puis au cours des annĂ©es 60 et 70, des gens comme Gilbert Trausch entre autres se sont efforcĂ©s Ă  gratter la surface de certains mythes nationaux – cela notamment dans ses travaux sur le KlĂ«ppelkrich. Mais il reste toujours des voix au Luxembourg qui disent que nous n’allons pas assez loin et qu’on devrait s’attaquer davantage Ă  la version officielle de l’histoire.

Les gens qui se chargent de la recherche historique au Luxembourg sont-ils assez divers pour répondre à toutes ces exigences?

Je pense que la diversitĂ© est lĂ . Ces derniers temps beaucoup de gens de milieux très diffĂ©rents affluent vers l’universitĂ© et n’ont en commun que leur passion pour l’histoire.

Est-ce que la collaboration entre les musĂ©es et l’universitĂ© est satisfaisante? Ou comment expliquer autrement le fait que dans l’exposition sur l’histoire de Mansfeld – qui vient de se terminer – il n’y ait pratiquement pas de mention de la fille de ce dernier, qui Ă©tait nĂ©e hors mariage?

Je crois qu’il y a effectivement un manque de collaboration au niveau national. Ce qui est assez curieux, vu le fait que derrière cette exposition un travail Ă©norme a Ă©tĂ© accompli, notamment en misant sur des collaborations internationales, qui, elles, semblent bien fonctionner. Dans le cas prĂ©cis de l'“oubli“ de la fille de Mansfeld, je ne comprends pas comment une chose pareille a pu arriver. C’Ă©tait très Ă©vident, surtout que la personne est enterrĂ©e Ă  quelques mètres du musĂ©e dans la crypte de l’Ă©glise protestante.

Etait-ce une faute ou bien de la mauvaise volonté de la part des curateurs?

Je ne crois pas que c’Ă©tait de la mauvaise volontĂ©, mais on n’a tout simplement pas nĂ©gligĂ© cette direction. C’est quelque chose que je trouve dĂ©plorable en gĂ©nĂ©ral, que l’histoire des femmes soit toujours vue comme quelque chose Ă  part et d’une moindre importance que par exemple l’histoire militaire ou diplomatique. Un fait qui est Ă  l’origine de beaucoup d’oublis, pas seulement celui-ci.

L’histoire des femmes au Luxembourg se limiterait donc Ă  la „GĂ«lle Fra“, la Sainte-Vierge et Charlotte?

Oui, mais mĂŞme en ces cas prĂ©cis, on ne voit pas la femme mais l’icĂ´ne. Alors que – par exemple – l’histoire de la „GĂ«lle Fra“ est extrĂŞmement importante dans la construction de l’identitĂ© luxembourgeoise après la guerre. Et il serait passionant de la voir sous l’aspect des „gender studies“.

Y aura-t-il la possibilitĂ© de continuer sur ces traces ou est-ce que le dĂ©partement d’histoire de l’universitĂ© souffre trop de la prĂ©dominance des sciences Ă©conomiques et juridiques qui rapportent beaucoup plus d’argent?

Je crois que le danger a Ă©tĂ© Ă©cartĂ© de façon plus ou moins dĂ©finitive. MĂŞme si on ne sait jamais ce qui arrivera, car l’universitĂ© – ici comme ailleurs – est soumise Ă  de fortes pressions utilitaristes. Mais en ces derniers temps, nous avons assez de ressources pour organiser des masters et les projets que les Ă©tudiant-e-s proposent sont assez intĂ©ressants pour nous assurer un avenir.

_____________________
Sonja Kmec
NĂ©e en 1976, elle a fait ses Ă©tudes d’histoire au Luxembourg, en France et en Grande-Bretagne. RentrĂ©e dans son pays natal, elle occupe un poste de collaboratrice scientifique Ă  l’universitĂ© du Luxembourg, notamment dans projet de recherche „Histoire, mĂ©moire et identitĂ©s. Etude du rĂ´le des lieux de mĂ©moire dans la constitution des identitĂ©s collectives luxembourgeoises“. Elle est spĂ©cialiste de l’Ă©poque moderne et s’intĂ©resse particulièrement Ă  l’histoire des femmes.

Dat kéint Iech och interesséieren

KULTUR AM ALLGEMENGEN

Assises sectorielles du chant choral: Junge Chorsänger*innen gesucht

Die „Assises sectorielles du chant choral“ vom vergangenen Samstag offenbarten, wo den Chören hierzulande der Schuh drĂĽckt. Es mangelt an Sichtbarkeit, pädagogischem Know-how und vor allem an Nachwuchs.   Wie bei Rundtischgesprächen ĂĽblich, boten die „Assises sectorielles du chant choral“ vergangenen Samstag einen Morgen voller leiser...

KULTUR AM ALLGEMENGEN

Dag vun der Lëtzebuerger Sprooch: Luxemburgisch im Fokus

Die Luxemburger Sprache soll ab diesem Jahr jeden 26. September gefeiert und gefördert werden – und zwar mit Kulturevents, Aktivitäten und Diskussionsrunden. Das Programm der Erstauflage des „Dag vun der Lëtzebuerger Sprooch“ wurde am Montag bei einer Pressekonferenz vorgestellt. „Sprache ist der Schlüssel zur Welt“, sagte bereits Wilhelm von...

KULTUR AM ALLGEMENGEN

Staffelfinale „And Just Like That”: Vergessene Vorläufer

Allzu schwer fällt er nicht, der Abschied von der Serie „And Just Like That“ – sie hat den Charme des Anfangs eingebüßt. Interessanter ist ein Blick auf die Ursprünge: Mit Mary McCarthys Buch „The Group“ fing alles an. Und einfach so ist alles vorbei: Mit dem Staffelfinale des „Sex and the City“-Sequel „And Just Like That“ schließt das...