Une centaine de réfugié·es syrien·nes ont manifesté leur mécontentement ce mercredi devant la Direction de l’immigration. Iels dénoncent les retards pris lors du traitement de leurs demandes d’asile et l’incertitude prolongée qui en résulte.

« One, two, three, four – no delays any more! » Après une manifestation en février de cette année, le collectif des réfugié·es syrien·nes Soriia Lina s’est à nouveau rassemblé devant la Direction de l’immigration. Leur revendication : le respect des délais pour le traitement des demandes d’asile et de regroupement familial. (Copyright : Soriia Lina)
La frustration monte. Pour cer- tain·es réfugié·es, cela fait des années qu’iels attendent une réponse à leur demande d’asile. Tandis que l’affaire de corruption présumée au sein de la Direction de l’immigration suscite le scandale (woxx 1897, « Corruption à la Direction de l’immigration : mémoire sélective »), ce mercredi 29 juillet, près de 130 personnes, la majorité des demandeur·euses d’asile, se sont rassemblées pancartes en main devant la Direction de l’immigration pour exprimer leur colère.
Clamant des slogans comme « One, two, three, four – no delays any more! », le collectif des réfugié·es syrien·nes Soriia Lina, qui avait déjà organisé une manifestation en février, a réclamé l’accélération des procédures. Pour cause : la Direction a du retard dans maints dossiers de demandes d’asile et de regroupement familial. Bien que le gouvernement ait déclaré vouloir réduire la durée de traitement des demandes, les délais ne cessent de s’allonger. Alors que le traitement devait se faire en six mois, la durée peut être allongée à un maximum de 21 mois. « Malgré ces délais prévus par la loi, de nombreux demandeurs d’asile indiquent avoir attendu plus de 30 mois – soit plus de 900 jours – sans obtenir de décision en première instance », a rapporté le collectif Soriia Lina ce mercredi. Pourtant, le nombre de demandes introduites, lui, est en baisse. De janvier à juin 2026, moins de 700 personnes ont introduit une demande d’asile auprès de la Direction de l’immigration, contre près de 900 personnes pour la même période en 2025.
Il en va de même pour les demandes de regroupement familial, un droit que le ministre veut restreindre davantage (woxx 1879, « Politique d’asile : encore un durcissement). Ici aussi, les temps d’attente dépassent largement les délais fixés par la loi : alors que celle-ci prévoit un traitement en neuf mois, les procédures duraient, en avril 2026, 34 mois en moyenne, soit plus de trois fois la durée indiquée. Une attente qui oblige « conjoints et enfants à rester séparés d’un continent à l’autre bien au-delà de la date à laquelle ils espéraient être réunis », fustige Soriia Lina.
Des vies suspendues dans l’incertitude
« L’objectif de cette manifestation pacifique n’est pas d’exiger l’acceptation automatique des demandes d’asile ou des titres de séjour », a déclaré le collectif des réfugié·es syrien·nes, soutenu sur place par des représentant·es d’ONG comme Passerell. « Il s’agit plutôt de réclamer des décisions rendues dans des délais raisonnables, la transparence, l’égalité de traitement devant la loi et la prise en compte des retards qui ont plongé des centaines de personnes dans une incertitude prolongée. »
Alors que toute demande d’asile et de regroupement familial doit être examinée en profondeur, les ONG alertent sur les conséquences des délais qui s’allongent pour une durée indéterminée, ceux-ci pouvant entraîner des troubles de santé mentale, voire physique. La vie reste en suspens pour les personnes concernées, dénonce à son tour Soriia Lina : « Il ne s’agit pas simplement de retards administratifs. Ces années [nous] empêchent de planifier leur avenir en toute sérénité, de poursuivre leurs études, de se construire une carrière ou de s’intégrer pleinement dans la société luxembourgeoise. »
Suite à la chute du régime de Bachar Al-Assad, le ministère des Affaires intérieures avait suspendu l’examen des demandes des personnes réfugiées syriennes en décembre 2024. Ce n’est qu’en été 2025 que la Direction de l’immigration a repris progressivement les procédures dans ces dossiers. Parmi les nouvelles demandes qui sont entrées depuis janvier 2026, les Syrien·nes restent parmi les nationalités les plus représentées des demandeur·euses d’asile. Selon Léon Gloden, « l’ambition est d’avoir terminé le traitement des demandes de protection internationale introduites par des ressortissants syriens à l’automne 2026, sous condition que la situation politique et sécuritaire en Syrie ne connaisse pas de changements majeurs d’ici la date indiquée », avait noté le ministre dans une réponse au député des verts Meris Šehović.

