
(© LISIERE)
C’est en sortant des sources thermales, lors de son périple au nord de l’Amérique, que Florent Toniello a une idée, « il est vrai, un peu folle » : raconter ce voyage en sonnets. Des sonnets pas très orthodoxes, comme le poète le reconnaît lui-même, mais authentiques. Les quatrains et tercets recueillis dans « Sonné d’Amérique » contiennent ces instants que l’on ne veut pas oublier, partagés avec des ami·es cher·ères, un hommage à Pierre Joris, celui qui est parti trop tôt, des références cinématographiques qu’évoquent les paysages américains ou encore des réflexions sur l’histoire des États-Unis. Le tout à travers des mots inattendus en poésie, dont plusieurs, of course, dans la langue de Shakespeare. Dans ce monde où tout va toujours plus vite, où « l’attention flanche, hop ! en un soupir », Florent Toniello prend le temps de savourer les desserts, la musique, les moments de déconnexion. D’abord un peu sonné, il observe, s’attarde, s’émerveille aussi, tout en gardant un œil critique sur le tourisme de masse et la société de consommation. Car il faut bien du temps pour vivre et retranscrire les endroits grandioses, les grands noms, les chefs-d’œuvre, les larges foules et les gratte-ciels immenses… Et si l’Amérique est souvent synonyme de démesure, le sonnet, lui, impose ses quatorze vers : une contrainte bienvenue pour ralentir, regarder et fixer sur la page ce qui, autrement, ne serait peut-être déjà plus qu’un souvenir.

