Liewen a Léieren : De l’histoire d’une mère à la mobilisation collective

von | 29.10.2026

Partie d’un conflit autour des devoirs de sa fille, Aurore Rössler a progressivement élargi son combat aux difficultés qu’elle dit observer dans le système scolaire luxembourgeois. Avec son association « Liewen a léieren », elle veut recueillir les expériences des familles et faire émerger des pistes d’amélioration.

Portrait d’une femme souriante aux cheveux blonds et aux yeux bleus, photographiée en buste. Elle porte un haut rose.

« Le cas de ma fille, c’était une goutte d’eau à côté de ce que je découvrais. » Aurore Rössler, fondatrice de l’association Liewen a Léieren (Photo : DR)

Tout commence en novembre 2025, alors qu’Aurore Rössler s’inquiète du stress chronique que provoque la surcharge de travail scolaire chez sa fille. À ses yeux, les directives du ministère de l’Éducation nationale destinées à encadrer les devoirs ne sont pas suffisamment respectées. Cela aurait pu se limiter à un conflit entre elle et l’établissement de son enfant, mais elle se demande si d’autres familles rencontrent les mêmes difficultés. Pour le savoir, elle crée le groupe Facebook « Liewen a léieren », et, rapidement, les témoignages débordent la question des devoirs : inclusion scolaire, troubles des apprentissages, harcèlement ou encore orientation… Les expériences partagées dessinent un tableau plus vaste, et, après quelques semaines, la mère de famille estime que les problèmes signalés sont suffisamment récurrents pour parler de difficultés « transversales », qui ne peuvent être réduites à des conflits individuels.

Pour défendre les droits de sa fille, Aurore Rössler multiplie alors les démarches auprès des institutions. Elle cherche à comprendre qui est responsable, quelles procédures peuvent être engagées et comment obtenir des réponses. Ce parcours nourrit aussi ses interrogations sur le système scolaire, dans lequel les responsabilités sont réparties entre différents niveaux, du personnel enseignant aux directions et aux services du ministère. Pour les parents, cette organisation peut se transformer en un jeu de renvois entre interlocuteur·rices. « Les parents deviennent les orchestrateurs du parcours de leur enfant », déplore Aurore Rössler. Les procédures de recours sont, selon elle, trop longues au vu des conséquences pour les enfants concerné·es. En janvier 2026, elle transmet aux Nations unies un dossier dans lequel elle rassemble son propre cas et des témoignages reçus par l’intermédiaire du groupe. Pour des raisons procédurales, sa démarche n’aboutit pas, rapporte-t-elle. Mais elle espère que cette initiative attirera l’attention sur des problèmes qu’elle estime structurels.

Structurer la mobilisation

Entre-temps, les sollicitations se multiplient. Certaines familles sont désemparées et lui transmettent les dossiers complets de leur enfant : documents médicaux, échanges avec les services sociaux, décisions judiciaires. Aurore Rössler dit avoir alors pris conscience de l’ampleur de la situation, de la détresse de certaines familles et de leur manque de confiance envers les institutions. « Le cas de ma fille, c’était une goutte d’eau à côté de ce que je découvrais », raconte-t-elle. Face à l’afflux des requêtes, un groupe Facebook ne suffit plus : l’association Liewen a léieren est fondée en juin 2026. Aurore Rössler, qui a travaillé au sein de l’éducation nationale et passé quinze ans dans le secteur de la petite enfance, veut non seulement faire entendre la voix des parents, mais aussi celle des professionnel·les qui gravitent autour des enfants. Son association a pour ambition de « regarder le parcours de l’enfant dans son ensemble, au-delà des compétences et des périmètres de chacun ». Elle souhaite aussi échanger avec d’autres organisations, notamment dans les domaines de l’inclusion et du handicap, plutôt que de remplacer les structures déjà en place.

Le projet central de Liewen a léieren est désormais la mise en place d’un observatoire citoyen. L’objectif est de recueillir de manière anonyme les expériences des personnes concernées, puis de les analyser afin d’identifier des tendances. Les témoignages pourraient ensuite servir à des avocat·es, des enseignant·es, des chercheur·euses ou des organisations travaillant sur les mêmes questions. Aurore Rössler souhaite aussi documenter les propositions d’amélioration adressées aux institutions et les réponses qui leur sont apportées. Une suggestion rejetée aujourd’hui pourrait, selon elle, contribuer à résoudre un autre problème demain. Le projet répond aussi à ce qu’elle considère comme un manque de dialogue avec le ministère de l’Éducation nationale. Elle dit avoir demandé à plusieurs reprises la création d’un canal officiel permettant de travailler sur des améliorations concrètes, sans obtenir l’ouverture qu’elle espérait.

Des réponses concrètes aux besoins du terrain

En parallèle de l’observatoire citoyen, la jeune association cherche à produire des outils pratiques. Le premier dossier mis en ligne porte sur le parcours diagnostique des enfants à l’étranger, une voie choisie par les familles pour des raisons linguistiques, lorsque les délais luxembourgeois leur paraissent trop longs ou encore lorsqu’elles cherchent une évaluation spécialisée. Magali Netrval, vice-présidente de l’association Dyspraxie.lu, connaît les difficultés liées à l’identification des troubles neurodéveloppementaux. Son fils, né en 2008 à Londres, a attendu huit ans avant d’obtenir un diagnostic clair de dyspraxie. Installée au Luxembourg depuis 2017, elle choisit de faire appel à la spécialiste de confiance qui avait posé le diagnostic en Angleterre. Son fils étant scolarisé dans une école européenne, le diagnostic établi à l’étranger a pu être pris en compte dans son parcours. Pour les familles dont les enfants fréquentent l’enseignement public luxembourgeois, la situation peut être différente, et certaines se voient orientées vers un centre de compétences pour une nouvelle évaluation, malgré un bilan déjà réalisé à l’étranger.

Ainsi, si Aurore Rössler a publié ce guide pratique, c’est parce que le problème ne s’arrête pas au temps nécessaire pour identifier un trouble. Les parents doivent également comprendre comment faire entrer le diagnostic dans le parcours médical et scolaire luxembourgeois, et quelles démarches entreprendre pour obtenir un accompagnement adapté. L’association travaille également avec une représentante de « Dalza », une application luxembourgeoise pour les parents d’enfants ayant des besoins supplémentaires, autour d’un outil numérique destiné à faciliter le suivi de l’enfant dans la durée. L’idée est de rassembler des informations sur ses forces, ses besoins, ses diagnostics et les aménagements mis en place, afin d’améliorer la continuité entre les différents domaines de son accompagnement. Les parents pourraient décider quelles informations partager et avec qui. « Les responsabilités sont fragmentées, les informations aussi. Il est logique que les parents ne s’y retrouvent pas », observe la militante.

Ces initiatives constituent des premières réponses, et il reste à savoir si elles contribueront réellement à améliorer la continuité de l’accompagnement une fois le diagnostic posé. En attendant, Aurore Rössler poursuit les préparatifs de ses projets. Elle doit encore revoir certains éléments et finaliser un dossier avant de pouvoir introduire officiellement sa demande de financement. « Comme toute bonne aventure, celle de Liewen a léieren réserve régulièrement son lot de surprises ! », sourit-elle.

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