THEATRE: Mammouth-Man

von | 13.06.2008

Avec « Mammuthus Exilis Â», l’ex-journaliste et dĂ©sormais programmateur théâtral de la Kulturfabrik, JĂ©rĂ´me Netgen, a crĂ©e une pièce (auto-)ironique sur l’immobilisme intellectuel.

L’auteur, ses lunettes et son entourage naturel…

C’est un type hors d’âge, ce Netgen. CachĂ© derrière ses lunettes de soleil et les ronds de fumĂ©e qui Ă©manent de sa cigarette, on pourrait penser que ce type au t-shirt slacker – qui cache mal un petit tatouage – et en jean serait de la gĂ©nĂ©ration des twenty-somethings au climax de leur quarter-life-crisis. Mais les cheveux grisonnants, qui apparaissent ça et lĂ  au niveau des tempes et juste au-dessus des oreilles trahissent un homme qui n’a rien Ă  voir avec ces crĂ©atures qui peuplent les terrasses des cafĂ©s en Ă©tĂ©, clope au bec et mains sur le clavier de leur MacBook dans une pose comme s’ils Ă©taient en train de rĂ©volutionner le monde.

« En fait je dĂ©teste ces gens Â», remarque-t-il, comme pour confirmer cette petite pensĂ©e. « C’Ă©tait pendant un sĂ©jour en Islande, oĂą je me suis retrouvĂ© dans un de ces cafĂ©s avec plein de jeunes intellos qui faisaient l’important, que je me suis rendu compte que je n’avais rien Ă  voir avec ces gens-lĂ  Â», dit-il en reprenant une gorgĂ©e de Super Bock, dans le petit cafĂ© portugais qui longe la Kulturfabrik, et qui – juste pour info – n’a ni terrasse, ni rĂ©seau sans fil. Netgen se considère lui-mĂŞme comme appartenant Ă  une « gĂ©nĂ©ration perdue Â» : trop jeune pour revendiquer mai 68 ou les annĂ©es 70 rebelles mais trop vieux pour appartenir Ă  la gĂ©nĂ©ration internet. C’est le groupe de celles et ceux qui ont vĂ©cu leur adolescence pendant les annĂ©es 80, dĂ©cade perdue entre les « bons vieux jours Â» et la folie positiviste des annĂ©es 90. DĂ©cade qui ne voyait pas venir la fin de la guerre froide et qui se complaisait dans de visions du futur qui aujourd’hui en feraient rire plus d’un. Un peu comme les personnages de sa pièce : « Ils vivent dans un milieu intello, qui se complait dans la nostalgie ou se projette sans cesse dans un futur hypothĂ©tique Â», les dĂ©crit Netgen. « En agissant de la sorte, ils oublient malheureusement le prĂ©sent et courent le danger de s’isoler totalement du monde. Â»

Dans la pièce, un couple, Bib et Viv, vit dans son appartement dans le Sud du pays. Lui est un intello dĂ©sabusĂ© qui ne voit que le mal au monde dont il souhaite qu’il aille au diable. Elle, une employĂ©e d’une boĂ®te de pub, qui partage le mĂŞme phlegme, mais essaie d’y Ă©chapper en caressant le projet d’aller vivre Ă  la campagne. S’y ajoutent encore Alvisse, le meilleur pote de Bib, et le seul Ă  vraiment comprendre le couple, ainsi que Julie, jeune Ă©tudiante en cinĂ©matographie qui veut tourner un court-mĂ©trage expĂ©rimental sur ce couple d’isolĂ©s. Ce qui explique aussi le titre de la pièce « Mammuthus exilis Â» : les mammouths exilĂ©s existaient vraiment. Ce fĂ»t une espèce Ă  part, qui a rĂ©ussi Ă  tromper l’impitoyable sort de l’Ă©volution, en s’exilant sur une Ă®le, devant les cĂ´tes californiennes. LĂ -bas, leurs ennemis naturels – qui dĂ©cimaient totalement l’espèce des mammouths sur la terre ferme – ne pouvaient les atteindre. Par contre, ils avaient aussi un nouvel environnement auquel s’adapter, et par consĂ©quence ils rĂ©trĂ©cissaient pour finalement n’ĂŞtre pas plus imposants que des veaux. Jolie petite mĂ©taphore du Luxembourg en quelque sorte, et aussi – comme l’auteur le rĂ©vèle au dĂ©tour d’un sourire suggestif – une part d’autobiographie.

De plus, c’est crĂ©dible. JĂ©rĂ´me Netgen a Ă©tĂ© pendant des annĂ©es le rĂ©dacteur culturel du Tageblatt, une sorte de fonctionnaire intellectuel Ă  la merci de la culture Ă©vĂ©nementielle, comme le sont tous les rĂ©dacteurs de cette branche. Ce qui lui a aussi permis de connaĂ®tre parfaitement les rouages du business culturel dans le microcosme luxembourgeois. Qu’il prenne avec humour les absurditĂ©s que produit une telle scène repliĂ©e sur elle-mĂŞme est tout Ă  fait Ă  son honneur. D’autre part, pleurer ne sert Ă  rien. Mais peut-ĂŞtre est-ce aussi pourquoi il ne fait pas grand cas de sa personne. Difficile de le dire, d’une part on sent chez Netgen la tension de celui qui montre pour la première fois une oeuvre au public et met donc en jeu sa propre personne, de l’autre il semble tout Ă  fait dĂ©tachĂ© de ce business, comme quelqu’un qui a fait la paix avec un vieil adversaire. « En tout cas, je ne cours pas derrière les interviews Â», se contente-t-il de remarquer, en riant un peu derrière ses lunettes de soleil.

Nous sommes tous des mammouths exilés

Quant Ă  la pièce, « Mammuthus exilis Â» est loin d’ĂŞtre une comĂ©die dans le genre « KamĂ©idistĂ©ck Â» dont le public luxembourgeois est tellement friand, mĂŞme pas du cabaret. « Je crois qu’Anne Simon est en train d’en faire une pièce drĂ´le, mais ce n’est pas seulement pour rire Â», dĂ©crit-il le travail de « sa Â» metteuse en scène.

Et l’intĂ©ressĂ©e de rĂ©pondre « C’est une tragicomĂ©die, comme le sont toutes les bonnes pièces. C’est un travail très intĂ©ressant que de mettre en scène une pièce luxembourgeoise d’un certain niveau. De plus, je jouis d’une libertĂ© entière pour mon travail, on a mĂŞme pu fignoler un peu les textes. Â» Simon apprĂ©cie la bonne collaboration en Ă©quipe, et le fait de pouvoir mettre en oeuvre toute son expĂ©rience acquise au cours des dernières annĂ©es. « En tant que responsable du théâtre d’enfants et d’adolescents du TNL, j’ai pu pratiquer mon mĂ©tier avec plus de flexibilitĂ© par rapport aux codes rigides qui normalement dĂ©finissent la mise en sène. Â»

Le casting de la pièce est Ă©galement bien choisi. Qui d’autre peut se targuer d’avoir un conseiller communal de DĂ©i Lenk – Marc Baum en l’occurrence, fondateur de la troupe ILL qui co-produit la pièce – pour jouer un intello de gauche dĂ©sabusĂ© et alcoolique ? Les autres rĂ´les aussi sont bien reparties entre Jean-François Wolff – rĂ©cemment au grand Ă©cran dans « JCVD Â» (voir critique cinĂ©ma dans la partie agenda) -, Mireille Wagner qui vient de retrouver enfin les planches de la scène et la jeune Rosalie Maes, fille de Jean-Paul, qui n’en est tout de mĂŞme pas Ă  sa première performance. Avec cette Ă©quipe dans le dos, la première pièce de JĂ©rĂ´me Netgen est entre de bonnes mains.

Mais que veut-il dire par sa pièce ? « C’est la question Ă  un million d’euros ? Â», renchĂ©rit-il, « en fait il n’y a pas de vraie morale dans ma pièce, elle consiste plutĂ´t en un survol en perspective d’oiseau de la situation de ces personnes. Quoiqu’Ă  la fin, ils ont quelques illusions de moins Â». Un peu comme l’auteur aussi, mais lui du moins sait qu’il est un mammouth, ça aide.

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