POLITIQUE CULTURELLE: Don Guychotte

von | 09.07.2010

Ah ! Les voies du dieu de la communication sont impénétrables. Pourquoi donc suffit-il qu’un écrivain connu enfonce des portes ouvertes pour que le Luxembourg redécouvre la crise dans le secteur culturel ?

En écrivant sa – désormais fameuse – lettre ouverte à Octavie Modert, qui peut très bien être perçue à la fois comme attaque personnelle contre la ministre et comme une critique systématique de la politique culturelle sous la férule conservatrice, Guy Rewenig aurait dû se douter de deux choses :

Premièrement qu’Octavie Modert, en tant que filleule politique de Jean-Claude Juncker – lui-même filleul politique d’un certain Helmut Kohl – aurait recours à la même politique que ce dernier. En d’autres mots, elle allait étouffer ses propos en les ignorant tout simplement. Ce dont elle a fait une impressionnante démonstration lors de la remise du prix Servais, ce lundi. Et deuxièmement, en évoquant dans sa lettre l’affaire qui oppose sa maison d’édition « ultimomondo » au ministère de la culture, il s’est rendu attaquable, puisque chaque opposant peut lui présupposer des intérêts économiques. Or, même si cela était partiellement vrai, le fond de l’affaire est ailleurs.

La critique que Guy Rewenig formule à l’égard de la (non-)politique culturelle à la luxembourgeoise est totalement justifiée, mais pas nouvelle. Qu’Octavie Modert est totalement incompétente, que ses fameux discours forcent l’auditoire à des risées hytériques pour éviter de s’épancher en pleurs devant le massacre linguistique qui se profile – cela s’écrit dans presque tous les organes de presse, à l’exception notoire des produits issus des rotatives bénites de Saint-Paul, toujours à la botte de leur maître. Que le ministère est entre les mains de fonctionnaires arrogants qui ne comprennent pas grand chose à leur métier, n’est pas un scoop non plus. Et que la politique culturelle des ministres CSV n’est pas vraiment progressive et s’apparente plutôt à une navigation à vue, nous l’avons écrit de maintes fois dans ces mêmes colonnes.

Et pourtant, il aura fallu une lettre ouverte pour mettre le petit monde culturel luxembourgeois sens dessus dessous. Que nous enseigne ce phénomène ? Une piste serait de se dire que le monde culturel – flexible comme il est – s’est fait depuis longtemps à l’idée que la ministre ne fait que du slapstick et que ses fonctionnaires décident à leur guise des orientations de l’arrosoir subventionnel. Ainsi, deux catégories d’acteurs culturels sont crées : ceux qui se trouvent sous l’arrosoir et ceux qui sont à sec. Ceux qui se distancient de Rewenig et ceux qui l’acclament.

En d’autres mots : l’espoir de Guy Rewenig qu’une politique culturelle menée par un autre parti serait meilleure est bien naïf. Car les moeurs de ces ministres et de leurs employé-e-s ont entaché le système entier qui a appris à survivre avec cette donne. Cela ne veut dire aucunément que toutes les initiatives culturelles en seraient à lécher les bottes à la vigneronne Modert. Finalement, certaines des productions luxembourgeoises les plus réussies échappent – sciemment – à l’influence étatique. Et le ministère est parfaitement au courant de cela, ce qui explique aussi sa politique de récupération systématique d’initiatives venues de l’extérieur – un autre méfait dénoncé à juste titre par Rewenig.

Le fait est que le ministère a totalement perdu le contact avec la scène créative – et encore serait-il intéressant de savoir si de tels contacts ont réellement existés dans le temps. Cela est dû à l’incompétence et à l’arrogance de ses fonctionnaires et au laisser-faire des responsables politiques – qui ne s’intéressent à la culture qu’en tant que facteur économique et touristique.

Ce qu’il nous faudrait, ce n’est pas seulement une ou un nouveau ministre d’une autre couleur et culture politique, mais un changement total dans les moeurs culturelles – impliquant tous les acteurs, à tous les niveaux. Car, une autre politique culturelle est possible, on n’a qu’à voir l’Islande : auteur-e-s et musicien-ne-s mondialement connu-e-s et promu-e-s par leur ministère, excellentes infrastructures ouvertes à tout le monde et? 200.000 habitant-e-s en moins que le Luxembourg.

 

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