Le rĂ©cent dĂ©bat autour du transfert de la salle de concerts « Den Atelier » dans l’ancien abattoir de Hollerich repose la question de l’accès Ă la culture des jeunes au Luxembourg et dans sa capitale.

L’ancien abattoir de Hollerich a bien changé de vie : c’est devenu un eldorado du skate et du graffiti.
Les diffĂ©rends autour d’un transfert de « Den Atelier » Ă l’ancien abattoir de Hollerich ne datent pas d’aujourd’hui. En dĂ©cembre 2007 – le cerf bleu venait juste de nous quitter pour de bon – une polĂ©mique autour de ce probable dĂ©placement avait dĂ©jĂ Ă©clatĂ©e. Les enjeux Ă©taient plus ou moins les mĂŞmes : « Den Atelier » devrait dĂ©placer ses locaux dans l’ancien abattoir et actuel Skate Park et l’opposition socialiste au conseil communal de la capitale s’y opposait. A leur avis, il manquait un plan d’ensemble Ă ce projet. A l’Ă©poque, Christophe Schiltz – alors membre de la commission de jeunesse de la ville et prĂ©sident des « Stater Jongsozialisten » – ne voulait pas d’un simple transfert, mais propageait plutĂ´t l’idĂ©e d’un centre culturel complet avec salles de rĂ©pĂ©tition et bistrot Ă l’appui.
Qu’est-ce qui a changĂ© depuis ? « Rien », dĂ©plore le mĂŞme Schiltz, qui est entretemps prĂ©sident des socialistes de la capitale. Et de poursuivre : « C’est justement cela que nous dĂ©plorons tellement, le conseil des Ă©chevins n’a rien fait ces trois dernières annĂ©es. Nous avons appris la nouvelle, comme tout le monde, Ă travers le communiquĂ© de `Den Atelier‘ repris dans la presse ».
La seule chose dont Schiltz est sĂ»r est de ne pas ĂŞtre pris au sĂ©rieux par l’Ă©quipe bleue-verte autour de Paul Helminger. En effet, Ă une question posĂ©e en avril 2008, par le conseiller socialiste Marc Angel au sujet de ce probable transfert, Helminger avait surtout essayĂ© de gagner du temps. En d’autres mots, il calmait le jeu en prĂ©textant des problèmes de circulation qui seraient encore Ă rĂ©gler dans le contexte du rĂ©amènagement de la porte d’Hollerich et que le moment venu, la question et le nouveau concept de l’ancien abattoir seraient discutĂ©s avec toutes les personnes concernĂ©es.
Juste que cette promesse est restĂ©e lettre morte et la situation reste la mĂŞme : d’un cĂ´tĂ©, la ville et « Den Atelier » qui refusent de discuter d’un Ă©ventuel centre culturel et qui veulent faire passer de force leur concept commercial. Et de l’autre, les socialistes qui exigent une alternative. Le talon d’Achille des opposants se trouve justement dans l’alternative. En 2007, Schiltz Ă©voquait une structure gĂ©rĂ©e par une asbl Ă crĂ©er qui serait peut-ĂŞtre mĂŞme cofinancĂ©e par l’Etat et la commune. En 2010, les plans alternatifs des socialistes n’ont pas progressĂ©s non plus : « En premier lieu, il faut finaliser un projet », explique Schiltz, « Et puis, il faut clarifier la question du financement de celui-ci. Ce n’est qu’après que nous pourrons voir concrètement qui ou quoi pourra s’installer Ă l’ancien abattoir ».
Pourtant, Schiltz ne s’oppose pas diamètralement aux plans de dĂ©placement du « Den Atelier ». « Je n’ai rien contre cette salle, j’aime mĂŞme bien y aller rĂ©gulièrement pour assister Ă des concerts. Et puis, je comprends leur situation : les locaux actuels sont vraiment trop petits et il leur faut une ou deux nouvelles salles. Mais cela ne fonctionnera pas sans dialogue dĂ©mocratique autour de ce projet, qui pourrait bien devenir un des rares lieux de crĂ©ation pour les jeunes sur le territoire de la capitale. Car, c’est cela qui nous manque ici. Toutes les institutions qui permettent aux jeunes de crĂ©er se trouvent dans le Sud du pays, tandis que la capitale n’offre pas grand-chose Ă ses jeunes pour se distraire ou devenir actifs ».
Ce qui est dĂ©finitivement vrai : alors que la plupart des salles de rĂ©pĂ©tition pour jeunes se trouvent dans le Sud – notamment Ă Esch-sur-Alzette avec la Rockhal et la Kulturfabrik – Luxembourg-Ville n’a jamais vraiment fait l’expĂ©rience de telles structures alors que dans les prospectus elle se veut ouverte, dynamique et crĂ©ative. Il est donc Ă craindre que ces messages s’adressent plutĂ´t aux banques et aux investisseurs qu’aux jeunes. Car c’est ce qui transparaĂ®t entre les lignes dans la rĂ©ponse de Paul Helminger aux injonctions des socialistes. Il y parle d’une « clientèle jeune » dont les besoins seraient parfaitement pris en compte par le concept actuel, celui de transfĂ©rer « Den Atelier » tel quel Ă la porte d’Hollerich.
Les salles de répétition sont au Sud
La diffĂ©rence entre les deux parties s’articule aussi sur le niveau anthropologique. Pour la ville et ses responsables politiques, un jeune est un consommateur comme un autre, pour les socialistes, il est un citoyen qui a le droit de s’exprimer dans des structures amenagĂ©es par la main publique.
D’un autre cĂ´tĂ©, une telle apprĂ©ciation de la « clientèle jeune » ne devrait pas surprendre venant d’une mairie libĂ©rale. C’est pourquoi Schiltz en veut avant tout aux partenaires des libĂ©raux, les Verts. « A chaque fois qu’ils le peuvent, les Verts mettent en avant leur morale et leurs principes. Mais quand ils tiennent les rĂŞnes de la politique en main, ils avalent couleuvre sur couleuvre », constate-t-il. Et il est vrai que les Verts ont, dans ce dossier, fait montre d’un silence assourdissant. Quant aux rumeurs qui courent Ă propos du degrĂ© de parentĂ© entre une Ă©chevine verte et un des patrons de « Den Atelier », Schiltz prĂ©fère ne pas s’exprimer. « La seule chose que je peux dire dans ce contexte est que les Verts feraient mieux de jouer la transparence pour Ă©viter qu’un soupçon s’installe ». A cette attitude dĂ©plorable du conseil Ă©chevinal s’ajoute la mauvaise nouvelle qui vient de frapper les CarrĂ© Rotondes (woxx 1081), dont le futur sur l’ancien site de 2007 est tout sauf assurĂ©. Dans ce dossier aussi, Schiltz demande une intervention communale : « Ce serait dans l’intĂ©rĂŞt de la ville de Luxembourg de prĂ©financer le projet des Rotondes. Il faut des structures pour les jeunes et jusqu’Ă prĂ©sent, ce sont les CarrĂ© Rotondes qui assurent cela au niveau de Luxembourg-Ville ».
Le problème du futur des centres pour jeunes se rĂ©sumerait-il Ă des diffĂ©rends entre Ă©diles communaux ? Si la rĂ©ponse n’est pas totalement affirmative, il faut tout de mĂŞme se poser quelques questions sur le fait que les communes, selon leur composition, peuvent faire la pluie et le beau temps dans les centres culturels. Alors que ceux-ci, en tant que projets de dĂ©veloppement durable, ont besoin avant tout d’une chose : la stabilitĂ©. Rappelons juste dans ce contexte qu’en 2006, ce furent les Ă©lus socialistes et les Verts eschois et surtout la bourgmestre Lydia Mutsch qui pourrissaient la vie Ă la Kulturfabrik – Ă propos de la convention paritaire que l’Etat voulait Ă©lever, Ă la demande de la Kulturfabrik, mais que la commune refusait. Dans ce sens : peu importent les sensibilitĂ©s politiques, la politique culturelle est un enjeu Ă la fois en-dessous et au-delĂ de ses exigences.
En ouvrant un peu le grand angle, on pourra retenir que ce qu’il manque avant tout au grand-duchĂ© – et nous ne cesserons de le rĂ©pĂ©ter assez souvent – c’est une politique culturelle d’ensemble menĂ©e de façon transparente. Et que tant qu’elle restera entre les mains de personnes qui ne voient dans la culture qu’un moyen de promotion Ă©lectorale, aucun dossier n’avancera vraiment.

